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Chine : la veuve du dissident Liu Xiaobo arrive à Berlin

Mercredi 11 juillet 2018
Chine : la veuve du dissident Liu Xiaobo arrive à Berlin
Liu Xia, la veuve du dissident chinois Liu Xiaobo, à son arrivée à Berlin, le 10 juillet 2018 - Jörg Carstensen (dpa/AFP)

La veuve du dissident chinois Liu Xiaobo est arrivée mardi à Berlin, retrouvant la liberté huit ans après l'attribution à son mari du prix Nobel de la paix, qui lui a valu de vivre depuis en résidence surveillée.

L'avion à bord duquel se trouvait Liu Xia, qui n'a jamais été condamnée pour aucun motif, a atterri peu avant 15H00 GMT à l'aéroport berlinois de Tegel, presque un an jour pour jour après la mort de Liu Xiaobo, le 13 juillet 2017, peu après sa sortie de prison.

Cette femme de 57 ans s'est ensuite engouffrée dans une fourgonnette qui l'attendait sur le tarmac, sans faire de déclarations, selon des journalistes de l'AFP sur place.

Parmi les personnes venues lui souhaiter la bienvenue à l'aéroport, figuraient l'écrivain chinois en exil Liao Yiwu et la lauréate du prix Nobel de littérature 2009, l'Allemande Herta Müller, selon la même source.

La poétesse aux cheveux ras, qui avait fait brièvement escale à Helsinki, souhaitait se rendre depuis plusieurs années dans la capitale allemande afin d'y retrouver des proches.

La porte-parole du département d'Etat américain, Heather Nauert, a salué dans un tweet la permission donnée par Pékin à Liu Xia de quitter le pays et "exhorté la Chine de libérer tous les prisonniers d'opinion et de respecter les droits de l'homme et les libertés fondamentales de tous".

Peu après, un tribunal chinois annonçait la condamnation à 13 ans de prison d'un vétéran de la dissidence, Qin Yongmin, 64 ans, arrêté en 2005 pour rassemblement illégal. M. Qin a déjà passé 22 ans de sa vie en prison ou en camps de travail, notamment pour avoir tenté en 1998 de déposer les statuts d'un "Parti démocrate chinois".

Pékin avait confirmé le départ de Chine de Mme Liu, précisant qu'elle allait en Allemagne pour y suivre "un traitement médical". Selon des proches, elle souffre d'une grave dépression.

Son mari Liu Xiaobo, figure des manifestations de Tiananmen pour la démocratie, avait été condamné en 2009 à 11 ans de prison pour "subversion" pour avoir cosigné un appel en faveur d'élections libres en Chine.

Le régime communiste avait très mal pris l'octroi du prix Nobel de la paix à Liu Xiaobo l'année suivante et rejeté les appels des pays occidentaux à sa libération, y compris lorsque le dissident s'était vu diagnostiquer un cancer du foie en 2017.

Hospitalisé mais empêché de quitter la Chine pour être soigné à l'étranger, Liu Xiaobo est décédé le 13 juillet 2017 à l'âge de 61 ans dans un hôpital chinois, quelques semaines après avoir été placé en liberté conditionnelle pour raisons de santé. Il avait 61 ans.

- Faux espoirs -

Mme Liu restait depuis lors sous très étroite surveillance. Les autorités chinoises assuraient qu'elle était libre de ses mouvements, mais journalistes et diplomates étrangers étaient refoulés quand ils tentaient de s'approcher de son domicile pékinois.

Après un an de faux espoirs d'une libération prochaine, Liu Xia a finalement obtenu un passeport la semaine dernière, a déclaré à l'AFP un de ses proches qui a requis l'anonymat.

"J'espère que Liu Xia pourra trouver la paix et la santé en Allemagne", a déclaré le haut commissaire aux droits de l'homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, qui avait qualifié sa situation de "tragique".

Son arrivée en Allemagne intervient au lendemain d'une rencontre entre le Premier ministre chinois Li Keqiang et la chancelière allemande Angela Merkel à Berlin.

Mme Merkel, qui a plusieurs fois évoqué publiquement la question des droits de l'homme en Chine, a semble-t-il soulevé le cas de Liu Xia à l'occasion d'un déplacement à Pékin en mai dernier, pendant lequel elle a rencontré des épouses d'avocats emprisonnés.

La visite de Mme Merkel à Pékin a été "manifestement décisive", a dit ce proche.

L'approche du premier anniversaire de la mort de Liu Xiaobo semble aussi directement liée à la libération de sa veuve.

- Question d'image -

"Le gouvernement chinois a peut-être compris que la maintenir en résidence surveillée donnait des Chinois une image mesquine, cruelle et vindicative", observe Elaine Pearson, de l'association de défense des droits de l'homme Human Rights Watch.

Pékin peut aussi chercher à amadouer les Européens, avant un sommet Chine-UE la semaine prochaine à Pékin.

"C'est une question d'image pour la Chine au moment où elle est engagée dans une guerre commerciale avec les Etats-Unis", note un diplomate occidental.

Mais il ne faudrait pas en conclure que la situation des droits de l'homme en Chine s'améliore. "Nous constatons que ça se dégrade", ajoute-t-il.

Rien ne laissait présager un départ soudain de la veuve du dissident. Lundi, l'immeuble où elle habitait était toujours sous la surveillance de plusieurs gardiens.

Malgré la sécurité renforcée, l'AFP avait pu la rencontrer dans son appartement, mais elle s'était refusée à toute interview, disant craindre des mesures de rétorsion contre son frère, qui n'est pas autorisé à quitter la Chine.

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