France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr

Bosnie: un pays divisé et usé aux urnes

Dimanche 07 octobre 2018
Bosnie: un pays divisé et usé aux urnes
Des affiches électorales pour Sefik Dzaferovic, candidat du SDA nationaliste, le 6 octobre 2018 dans une rue de Sarajevo, en Bosnie - ANDREJ ISAKOVIC (AFP)

Les Bosniens ont voté pour beaucoup sans illusion dimanche, usés par la pauvreté et la corruption et lassés de politiques qui ont encore joué sur les réflexes communautaires avant les élections générales.

Dans un scrutin aussi complexe que des institutions dessinées selon des lignes identitaires après la guerre intercommunautaire de 1992-95, ils désignent notamment les trois membres de la présidence collégiale: un Bosniaque (musulman), un Serbe (orthodoxe) et un Croate (catholique).

Comme en 2014, "les nationalistes vont encore gagner et rien ne changera", prédit Armin Bukaric, homme d'affaires de 45 ans de Sarajevo. A Banja Luka, la capitale des Serbes de Bosnie, Danica Odovic, une libraire de 47 ans, explique avoir choisi "le changement: pas parce que je pense que les autres sont meilleurs mais juste pour changer".

Vingt-cinq ans après le conflit (100.000 morts), les principaux candidats ont joué sur la corde nationaliste, notamment le Serbe Milorad Dodik et le Croate Dragan Covic, mais aussi les prétendants bosniaques.

Votant dans son village de Laktasi (nord), Milorad Dodik s'est dit convaincu d'"une grande victoire" face à son rival centriste Mladen Ivanic. S'il devait être exaucé, il sera coprésident d'un pays dont il a répété pendant la campagne qu'il n'était à ses yeux "pas un Etat".

Par le passé, cet homme qui affiche sa proximité avec le président russe Vladimir Poutine a évoqué à plusieurs reprises un référendum d'indépendance de la Republika Srpska, l'entité des Serbes de Bosnie qu'il dirige depuis 2006. Les Serbes représentent un tiers des 3,5 millions d'habitants.

Dragan Covic souhaite, lui, que les Croates (15%) aient leur propre entité: ils sont aujourd'hui associés dans une fédération avec les Bosniaques (la moitié de la population).

La Republika Srpska et la Fédération croato-musulmane sont dotées d'une forte autonomie et sont reliées par un Etat central faible, incarné notamment par la présidence tripartite.

- "Renforcer l'industrie d'armement" -

Si Milorad Dodik et Dragan Covic y siégeaient ensemble, leur association ferait peser des risques réels de décomposition de la Bosnie, selon leurs adversaires: "Il faut les séparer l'un de l'autre!", a exhorté Zeljko Komsic, adversaire social-démocrate de Dragan Covic.

"Arrêtez, (...), vous ne déchirerez jamais la Bosnie, vous ne pourrez jamais nous battre!", a lancé le candidat du principal parti bosniaque (SDA, nationaliste) Sefik Dzaferovic.

Selon l'analyste politique Zoran Kresic, "la plupart des jeunes voient leur avenir en dehors de la Bosnie", lassés "des mêmes histoires, des messages guerriers et de l'impossibilité à vivre ensemble".

Le revenu moyen du pays est de 430 euros, le chômage touche de 20% à un tiers des habitants, selon les critères retenus.

- Participation en baisse -

Samedi, le groupe hip-hop de Sarajevo "Helem Nejse" a sorti un clip: un père couche ses enfants avant de prendre un bus pour l'Allemagne. Les paroles résument l'état d'esprit de beaucoup: "Vous avez mené les guerres, maintenant vous menez la paix", "Depuis plus de vingt ans vous œuvrez pour diviser", "Vous m’écœurez dans les trois langues", le bosniaque, le croate et le serbe.

"En effet beaucoup de jeunes quittent la Bosnie, mais ceux qui restent ici doivent venir voter", quitte à "voter blanc s'ils ne font confiance à aucun politique", dit Emil Ninkovic, 21 ans, un étudiant en économie de 21 ans qui vote pour la première fois.

A la mi-journée (11H00 locales, 09H00 GMT), la participation était de 11,41%, en baisse de près trois points par rapport à 2014.

"L'apathie est mon principal adversaire", dit Borisa Falatar, candidat croate à la présidence pour "Nasa Stranka" (Notre parti), formation multicommunautaire.

Dans un rapport récent, l'ONG Transparency International détaillait les irrégularités électorales lors des élections locales de 2016, notamment la promesse d'embauche aux électeurs dans les entreprises publiques, tenues par les partis politiques. Avec l'administration, elles pèsent pour 25% des emplois du pays.

Les listes électorales sont sujettes à caution: elles comptent 3,3 millions d'électeurs, soit à peine moins que le nombre d'habitants, et un million de plus qu'en 2004. "Est-ce qu'on meurt dans ce pays?", ironise Amer Bekan, président d'un petit parti.

Le scrutin sera clos à 19H00 locales (17H00 GMT). Les premiers résultats sont attendus dans la nuit.

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire