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Australie: chienne de vie pour les propriétaires de lévriers de course

Jeudi 15 septembre 2016
Australie: chienne de vie pour les propriétaires de lévriers de course
Une course de lévriers, le 21 août 2016 à Sydney - WENDELL TEODORE (AFP/Archives)

Le bonheur, pour l'Australien Zac Kessanis, ce n'est pas tant de voir son lévrier gagner que de le voir courir. Mais ce plaisir ne sera bientôt plus qu'un souvenir: un Etat australien vient d'interdire les courses, mettant tout le pays en émoi.

"Pendant 30 secondes, on est les rois du monde, on est fier quoi qu'il arrive", dit le propriétaire d'Ella Has Class, lévrier femelle de quatre ans qui sprinte devant des centaines de spectateurs à Sydney.

Mais à partir de juillet 2017, il n'y aura plus de courses à Wentworth Park. Après une série de scandales autour de l'utilisation de leurres vivants et de l'abattage de dizaines de milliers de chiens, l'Etat de Nouvelle-Galles du Sud, le plus peuplé d'Australie, va bannir cette industrie dynamique.

L'interdiction est motivée par une enquête gouvernementale qui a conclu que sur plus de dix ans, des dizaines de milliers de chiens ont été tués parce qu'ils ne courraient pas assez vite. D'autres ont déchiqueté des leurres vivants - cochonnets, lapins et opossums -, une pratique pourtant interdite mais censée leur "donner l'envie du sang".

Normalement, ces courses très populaires qui font l'objet de paris mutuels se déroulent sur un cynodrome où les lévriers poursuivent un lièvre mécanique tiré sur un rail.

Le monde des courses de lévriers est vent debout contre la décision des autorités. Les propriétaires de chiens comme les entraîneurs affirment qu'ils aiment leurs animaux et qu'en fait, cette interdiction relève de la guerre des classes.

Dès leur développement en Australie au début du XXème siècle, les courses de lévriers ont été associées aux classes ouvrières: elles se déroulent la nuit, le prix d'entrée est bas, il est possible de parier sans se ruiner tandis que chacun peut espérer devenir propriétaire d'un futur champion.

Dans les années 1920 et 1930, les courses de chiens étaient qualifiées de "sport pour les masses" et le cynodrome de Harold Park à Sydney attirait jusqu'à 30.000 spectateurs. Ces dernières décennies, ce nombre s'est fortement réduit, en partie car il n'y plus besoin d'assister physiquement à la compétition pour pouvoir parier.

Mais les courses de lévriers restent très appréciées. Les amateurs font valoir aussi que cette pratique génère des millions de dollars de paris chaque année et que le secteur emploie au moins 15.000 personnes.

- "Côté obscur" -

Mais les défenseurs des animaux dénoncent un sport cruel.

"La réalité, c'est que l'industrie a un côté obscur", dit le rapport de la commission spéciale d'enquête du gouvernement.

"L'abattage de plusieurs milliers de lévriers bien avant qu'ils n'atteignent la limite normale de leur espérance de vie, ce n'est peut-être +qu'un business+ pour de nombreux éleveurs, propriétaires et entraîneurs. Mais c'est un business cruel", écrit la commission.

D'après ce rapport, entre 48.891 et 68.448 chiens ont été abattus ces 12 dernières années car jugés trop peu compétitifs. Parallèlement, de nombreux lévriers ont été grièvement blessés pendant les courses.

"En tant que gouvernement humain et responsable, nous n'avons d'autre choix que d'abolir cette industrie", explique le Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, Mike Baird.

Le rapport relève que les courses de chiens commerciales, celles qui donnent lieu à des paris, ne sont légales que dans sept autres pays du monde et qu'elles sont interdites dans 40 Etats américains.

En Australie, propriétaires comme entraîneurs sont sous le choc. Ils soulignent qu'ils sont prêts à des réformes et n'excluent pas un recours judiciaire.

"Les lévriers sont les mieux traités de tous les chiens que je connais. J'ai affaire aux entraîneurs, aux propriétaires, en permanence, ils aiment leurs animaux plus que tout", déclare l'entraîneur Dean Swain à l'AFP.

- Décision "anti-australienne" -

M. Swain, qui a 24 lévriers dans son écurie, attribue leur réussite au fait qu'il s'en occupe bien - y compris en leur faisant écouter de la musique. "Je n'aurais pas de succès si je ne les aimais pas", dit-il.

Pour lui, l'interdiction va se traduire par une catastrophe financière. C'est aussi, dit-il, la fin d'une part non négligeable de vie sociale pour les fans: "C'est la raison pour laquelle certains se lèvent le matin. Ce n'est pas une question d'argent. Ils vont aux courses pour parler à leurs copains et pour concourir".

Cette interdiction est "anti-australienne. On parle de 100 ans d'histoire", de "l'essence même de notre société", se lamente l'entraîneur.

Les défenseurs des animaux ne nient pas que certains propriétaires et entraîneurs aiment leurs chiens. Le problème, martèlent-t-ils, c'est les lévriers qui n'arrivent jamais sur le cynodrome.

"On a des leurres vivants, du gâchis (l'abattage), du dopage, des blessures et de mauvaises conditions" de vie, dit Lisa Chalk, de Animals Australia.

"Le secteur a eu beaucoup de temps pour se réformer et a choisi de ne pas le faire", juge-t-elle.

En attendant, à Wentworth Park, les haut-parleurs annoncent la prochaine course. Les spectateurs sirotent des bières. Et Zac Kessanis dénonce une interdiction "absolument dévastatrice", qui "fait mal".

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