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Après la fuite de Raqa, l'espoir de se retrouver en famille

Vendredi 14 juillet 2017
Après la fuite de Raqa, l'espoir de se retrouver en famille
Un Syrienne et son enfant, qui ont fui Raqa et sa région, marchent dans un camp de déplacés à Aïn Issa en Syrie, le 11 juillet 2017 - BULENT KILIC (AFP)

En quatre ans, Mohammad al-Hassan n'a eu des nouvelles de son fils qu'une seule fois, lorsque ce militaire syrien a salué à la radio son père pris au piège à Raqa, fief des jihadistes de l'Etat islamique (EI).

Cet homme de 62 ans, père de neuf enfants, est aujourd'hui le chef d'une famille déchirée: il n'a aucun contact avec un deuxième fils --également militaire-- depuis 2013 et n'a pas revu deux de ses filles depuis 2014.

Il y a trois mois, Mohammad est parvenu à s'enfuir avec le reste de sa famille de la "capitale" de l'EI en Syrie, et a échoué comme des milliers de personnes dans un camp de déplacés à Aïn Issa, à plus de 50 km au nord de Raqa.

Depuis, lui et sa femme Nazira ne rêvent que d'une seule chose: revoir leurs quatre enfants sains et saufs.

"Nous ne savons pas s'ils sont morts ou vivants", affirme nerveusement Nazira, devant sa petite tente dans ce camp poussiéreux. "Et eux ne savent rien de nous", ajoute Mohammad, la barbe blanche.

La famille est sans nouvelle des garçons depuis 2013, année durant laquelle les rebelles ont chassé le régime syrien de Raqa. Et la dernière rencontre avec les filles -- mariées et installées à Hassaké, une ville du nord-est syrien contrôlée par les forces kurdes-- remonte à 2014.

Cette année-là, les rebelles sont chassés à leur tour par l'EI, devenu tout puissant en Irak et en Syrie.

- 'L'EI nous surveillait' -

Avec l'approche des Forces démocratiques syriennes (FDS, alliance arabo-kurde antijihadiste soutenue par Washington) de la périphérie de Raqa, Mohammad a quitté son quartier de Mechleb avec sa femme et ses cinq autres enfants et leurs familles à bord de motos, n'emportant que leurs vêtements.

"Je n'ai pas entendu la voix de mes fils depuis près de cinq ans. L'EI nous surveillait et nous disait 'si vous tentez de leur parler, vous serez coupables de parler avec des noussaïris'", se souvient Mohammad.

"Noussaïris" est un mot péjoratif que les jihadistes de confession sunnite utilisent pour désigner les alaouites, communauté musulmane hétérodoxe minoritaire en Syrie et dont est issu le président Bachar al-Assad. Par extension, le mot peut désigner un loyaliste.

Abou Samir, un ami, intervient dans la conversation: "la seule fois où on a entendu la voix de Sami, c'est lorsqu'il a salué son père à la radio", dit-il, alors que Mohammad acquiesce à côté.

"L'EI nous a asphyxiés à Raqa", assure le père de famille.

Chaque jour, sa femme aux yeux marrons clairs réclame une autorisation pour pouvoir sortir du camp. Le document doit être tamponné par les Assayech, la police kurde.

"Ils me répètent que la liste de ceux qui veulent sortir du camp est longue", se plaint-elle.

Dans le camp, qui abrite actuellement 7.000 déplacés selon les responsables, une multitude de gamins jouent entre les tentes, à l'intérieur desquelles des femmes épluchent pommes de terre et tomates.

Alors que la température avoisine les 50 degrés Celsius, des matelas ont été installés devant les tentes, certains préférant dormir à la belle étoile.

Mais le sommeil de Mohammad et Nazira est troublé par l'angoisse de la séparation de leur progéniture.

- 'Communication impossible' -

Avec leurs filles à Hassaké, Mohammad et Nazira parlaient parfois via internet. "Mais cela fait huit mois que toute communication est impossible avec elles", dit le chef de famille, l'EI ayant limité l'accès à la toile dans la ville depuis longtemps.

"Wafa et Noura ne savent pas que nous sommes dans ce camp", ajoute le sexagénaire qui espère que les FDS lui permettront de quitter ce lieu pour se rendre à Hassaké, à quelque 180 km plus à l'est.

Dans la même famille, c'est un drame similaire que connaît Raida, une des filles de Mohammad et Nazira.

Non seulement elle n'a aucune nouvelle de ses frères et soeurs, mais en plus, depuis près de cinq ans, elle n'a pas revu son mari, également un militaire.

"Je ne sais rien de lui depuis l'entrée des rebelles dans la ville", dit cette jeune femme de 27 ans, mère de trois enfants, les cheveux châtains dépassant de son voile.

Son mari n'a pas connu leur enfant Issam, 5 ans, né durant son absence. Et elle n'aurait jamais imaginé que son fils Fayçal, 10 ans, puisse être son "accompagnateur" à Raqa, l'EI interdisant aux femmes de sortir dans la rue sans être accompagnées d'un homme de la famille.

Il y a un an, quelqu'un a reconnu le mari d'Oum Fayçal sur une photo. "Il a dit qu'il s'était peut-être remarié", dit-elle résignée.

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