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Afrique: lutter contre le braconnage, nouveau front des vétérans

Dimanche 27 novembre 2016
Afrique: lutter contre le braconnage, nouveau front des vétérans
Une équipe de rangers et d'anciens militaires lors d'une opération de lutte contre le braconnage le 10 novembre 2016 dans la réserve de Kuduland à Musina en Afrique du Sud - MUJAHID SAFODIEN (AFP/Archives)

Dans une autre vie, Lynn était tireur d'élite en Afghanistan. John le policier infiltrait les cartels de la drogue. Et Damien formait des paramilitaires en Irak. Aujourd'hui retraités, ils se sont reconvertis dans une autre guerre: la lutte contre le braconnage.

"J'étais programmé pour détruire, je suis maintenant programmé pour protéger", affirme Damien Mander, un ancien de l'armée australienne qui, après trois ans sur le front irakien, dirige la Fondation internationale contre le braconnage (IAPF).

En quelques années, le trafic des espèces animales s'est considérablement intensifié, avec un chiffre d'affaires mondial désormais estimé à 20 milliards de dollars par an.

Et ceux qui s'y livrent sont désormais lourdement équipés de fusils d'assaut militaires.

"On se retrouve dans un contexte de guerre", explique à l'AFP Céline Sissler-Bienvenu, directrice pour l'Afrique francophone du Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw). Du coup, les organisations de défense de la faune "font appel à d'anciens militaires pour former des écogardes à faire la guerre".

L'Ifaw a récemment recruté le lieutenant-colonel Fay Cuevas, qui a participé pendant quinze ans à des opérations antiterroristes pour l'armée américaine.

Sa mission: appliquer à la lutte contre le braconnage les méthodes du renseignement américain afin de traquer, en collaboration avec le service kényan de la faune sauvage (KWS), les gangs avant même qu'ils n'opèrent dans les parcs.

La savane africaine est ainsi devenue le nouveau terrain de prédilection de militaires chevronnés, avides d'utiliser leurs compétences une fois de retour dans la société civile.

- 'Terroristes' -

Dans une réserve sud-africaine du Limpopo (nord), Lynn Westover, veste militaire, barbe brune et squelettes tatoués sur les bras, forme une dizaine de rangers et propriétaires de ranches. Cet ancien Marine ne combat plus aujourd'hui les talibans, mais les "terroristes de l'environnement".

Au programme: analyse d'empreintes, méthodes de désarmement de braconniers, communication avec un pilote d'hélicoptère et cours théorique bourré d'acronymes militaires et de références culturelles américaines peu adaptés à son public.

"Je fais un peu le même boulot qu'avant. Seuls changent les gens sur lesquels j'ai un impact", explique Lynn, déployé pendant douze ans en Irak, Afghanistan, Asie, Amérique du Sud...

Si du jour au lendemain, on vous dit que vous ne pouvez plus être militaire, "comment trouver du sens" à sa vie ?, lance-t-il avec son débit de mitraillette.

Lynn travaille désormais pour Vetpaw, une ONG américaine qui s'est fixé pour mission de "protéger les espèces animales africaines menacées".

En 2015, Vetpaw s'est retrouvée au coeur d'une controverse: elle a été expulsée de Tanzanie après le dérapage verbal d'un de ses membres qui avait lâché vouloir "tuer des méchants".

Depuis, l'organisation fait profil bas. "Je pense donner aux rangers une plus grande chance de survie", résume Lynn.

Leur métier est effectivement à haut risque: une trentaine d'entre eux ont été tués en un an en Afrique dans l'exercice de leurs fonctions, selon la Fondation internationale des rangers (IRF).

Howard Knott, propriétaire d'une réserve sud-africaine, a le sentiment d'être entre de bonnes mains avec Lynn et son collègue John, dont le nom a été changé pour des raisons de sécurité - sa tête est mise à prix par des barons de la drogue.

- 'Stopper l'hémorragie' -

"Combattre les méchants, c'est partout la même chose", estime Howard, en chemise kaki et short assorti.

"Un ranger est flic 24 heures sur 24. La seule façon d'attraper des escrocs, c'est d'agir comme eux", confie ce quinquagénaire autour d'un feu de camp, alors que son équipe monte une embuscade contre des braconniers. Ils rentreront ce soir-là bredouille.

En deux ans, Howard a perdu quatre rhinocéros. Son voisin, quatre en seulement une semaine, en octobre.

C'est que la corne de rhinocéros, à laquelle les Asiatiques prêtent des vertus thérapeutiques - non prouvées scientifiquement -, vaut de l'or: sur le marché noir, elle se monnaie jusqu'à 60.000 dollars le kilo.

La "militarisation verte" de la lutte anti-braconnage "complique" la tâche des braconniers de rhinocéros, estime Libbye Lunstrum, professeur de géographie à l'Université de York au Canada.

Mais cette approche a un revers: à la frontière entre le Mozambique et l'Afrique du Sud, qui borde le fameux parc Kruger, "il y a beaucoup de tombes de jeunes" braconniers tombés sous les balles de rangers, affirme Libbye Lunstrum à l'AFP.

"Cela a un effet dévastateur", dit-il: les villageois, clés dans la lutte contre le braconnage, "sont moins enclins à protéger la faune quand ils voient des rangers tuer leur mari et leur fils..."

Damien Mander, l'ancien formateur de paramilitaires pour l'armée australienne, en est bien conscient. "La militarisation n'est pas la réponse, mais pour l'instant c'est le seul moyen (...) de stopper l'hémorragie". Chaque jour, trois rhinocéros sont tués en Afrique, victimes des braconniers.

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