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A Lhassa, un bouddhisme en liberté surveillée

Jeudi 22 septembre 2016
A Lhassa, un bouddhisme en liberté surveillée
Un moine sort du Jokhang, le temple le plus sacré du bouddhisme tibétain, le 10 septembre 2016 à Lhassa au Tibet - JOHANNES EISELE (AFP/Archives)

Lhassa, 6h45. Devant l'entrée du Jokhang, le temple le plus sacré du bouddhisme tibétain, un flot multicolore de pèlerins psalmodie des prières à plat ventre à la lueur des lampadaires. Non loin, des policiers, dont des Tibétains, se font discrets, mais patrouillent régulièrement, talkie-walkie ou arme à la main.

"Des restrictions? Non, je viens matin et soir. Je n'ai jamais eu aucun problème", assure Zangmai, chauffeur de taxi de 31 ans. "Je prie ici depuis que j'ai 5-6 ans, et j'y emmènerai mon fils un jour", déclare-t-il fièrement à l'AFP en jetant de l'herbe séchée dans un grand brûleur d'encens qui crache une fumée grisâtre.

Le quartier est sensible: c'est ici qu'ont éclaté en mars 2008, à quelques mois des jeux Olympiques de Pékin, des émeutes meurtrières. Des manifestations de moines avaient dégénéré en déchaînement de violence contre les Chinois Hans, majoritaires dans le pays (92%) -- mais minoritaires au Tibet, où leur part a cependant augmenté ces dernières décennies.

Le calme est revenu au temple et dans la rue Barkhor qui l'entoure, où des centaines de croyants défilent en signe de déférence. Plusieurs fois rénovée, la rue est parsemée de magasins, de restaurants, et de petits drapeaux chinois disposés au premier étage des bâtiments.

"Pourquoi je viens prier, malgré mon handicap? On est comme ça, les Tibétains, c'est notre mode de vie", sourit Zhaxi Nima, 37 ans, la jambe gauche amputée en-dessous du genou.

Jeunes en baskets, vieux messieurs appuyés sur leur canne, femmes parées de bijoux turquoise... En apparence, tous semblent vivre leur foi sans entrave.

- "Ils ont intérêt à se taire" -

"Les simples croyants sont difficiles à contrôler. C'est dur de savoir ce qu'ils ont dans la tête. Mais les temples, les monastères, les moines... Ce qu'ils font est très étroitement surveillé", observe Jens-Uwe Hartmann, tibétologue et spécialiste du bouddhisme à l'Université Louis-et-Maximilien de Munich.

"Les moines ne peuvent pas s'exprimer librement. Et s'ils se choisissent des dirigeants non approuvés par le Parti communiste, ces derniers disparaissent", assure-t-il.

Devant le Jokhang, un moine de 33 ans, originaire d'un monastère de la province voisine du Sichuan, se confie.

"On n'est pas libres. Pour entrer au Tibet depuis une autre province, il faut obtenir un certificat avec nom, adresse, numéro d'identité. Le tout tamponné par le monastère, le Bureau des Affaires religieuses et la police", peste-t-il.

Pour Pékin, ces formalités ne visent aucune communauté en particulier. "Elles ont été mises en place après les émeutes de Lhassa et le début de la vague d'immolations par le feu", justifie Wang Xiaobin, chercheur au Centre chinois de recherche en tibétologie, un organisme officiel basé dans la capitale.

Depuis février 2009, 145 Tibétains se sont immolés par le feu en signe de protestation et 117 en sont morts, selon l'association Campagne internationale pour le Tibet, basée aux Etats-Unis.

"La plupart étaient originaires de provinces voisines du Tibet. Et le gouvernement régional craint que certains viennent s'immoler à Lhassa", souligne M. Wang.

"Le bouddhisme tibétain est une partie intégrante de l'identité et du nationalisme tibétain. Il est donc perçu comme une menace potentielle à l'autorité de l'Etat", estime Kate Saunders, directrice de la communication de l'ONG.

Pékin affirme avoir "libéré pacifiquement" le Tibet en 1951, deux ans après l'arrivée au pouvoir des communistes en Chine, après quatre décennies d'indépendance de fait du "toit du monde".

- "On aime Sarkozy" -

A l'intérieur du Jokhang, où vivent une centaine de moines, beaucoup de touristes chinois se disent admiratifs.

"Dans le reste de la Chine, à cause du Parti, d'innombrables temples ont été détruits", déclare un jeune Han, mimant un poing pulvérisant un bâtiment.

"Au Tibet, le bouddhisme est préservé", souligne-t-il, même si de nombreux édifices religieux, comme ailleurs en Chine, y ont été détruits durant la Révolution culturelle (1966-1976).

"La foi ici est impressionnante. On ne voit pas ça ailleurs dans le pays", souligne Peng Meng, 22 ans.

Dans un couloir, un jeune moine interpelle: "Vous venez de France? Ici, on aime beaucoup Nicolas Sarkozy, car il a rencontré le dalaï lama".

L'ex-président français s'était entretenu fin 2008 avec le chef spirituel tibétain, accusé par Pékin d'être un "séparatiste", entraînant une glaciation des relations franco-chinoises.

Le portrait du dalaï lama est interdit en Chine.

"La Chine reconnaît la +liberté de croyance religieuse+. Pas la +liberté religieuse+. C'est différent", résume Wang Xiaobin. Sans accord des autorités, il est interdit de construire des lieux de culte supplémentaires, et avant 18 ans, impossible pour un jeune de devenir lama dans un monastère, détaille-t-il.

"En clair, vous avez le droit d'être croyant. Mais l'activité religieuse n'est pas sans limites".

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