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A Chicago, chronique photographique de la violence quotidienne

Vendredi 01 décembre 2017
A Chicago, chronique photographique de la violence quotidienne
Un impact de balle dans la vitrine d'un restaurant, mort de Manuel Hernandez, 30 ans, en septembre 2017 à Chicago - JIM YOUNG (AFP)

L'impact d'une balle dans la vitrine d'un restaurant, une ou deux bougies sur un trottoir, une simple inscription ou une forêt de croix de bois en hommage à toutes les victimes.

Ce sont des images des meurtres de Chicago, ces tragédies quotidiennes qui frappent la troisième ville des Etats-Unis. La violence par armes à feu y sévit plus que dans toute autre métropole américaine.

Le photographe canadien Jim Young a tenu cette chronique pendant six mois, muni d'un simple appareil photo instantané, comme ceux popularisés par la marque Polaroïd. Jim Young, qui collabore régulièrement à l'AFP, a voulu ainsi rendre un hommage aux victimes tombées sous les balles dans sa ville d'adoption.

Sur le cadre blanc de chaque photo, le nom de la victime. Une litanie de scènes simples, souvent répétitives: des bougies, quelques effets personnels disposés en forme de mémorial, les bicyclettes rose et bleue de Makayla et Addison, deux jumelles de 5 ans tuées de plusieurs balles dans la tête probablement par leur mère suicidaire.

John John, lycéen de 17 ans, avait des rêves d'université plein la tête. A la sortie des cours, il se rendait à pied à un petit boulot lorsqu'il s'est effondré, le 23 octobre 2017, touché à la tête et à la poitrine.

"Il disait qu'il allait être une légende", se souvient sa mère Aida Anderson. Larry, son père, a conservé trois des photos instantanées prises par Jim Young, pour leur "valeur sentimentale". Au funérarium, on y voit l'adolescent reposer dans un cercueil bleu à moitié ouvert, une grande gerbe de fleurs à ses pieds. Sur le cadre de la photo, son patronyme complet: Johnson Liggins Jr.

En utilisant un Polaroïd, Jim Young a voulu "créer une mémoire" des victimes. La photo papier reste, lorsque les images numériques peuvent se perdre dans les tréfonds des archives.

"Il y a une forme de banalisation de la violence à Chicago", dit le photographe. "Je voulais qu'on voie que derrière les chiffres il y avait de vrais gens, dont beaucoup n'étaient encore que des petits enfants".

- Des statistiques terribles -

La ville de Chicago se débat dans une criminalité endémique. Depuis le début de l'année 3.300 personnes ont été victimes d'armes à feu, dont 620 sont mortes, selon les chiffres régulièrement mis à jour par le journal Chicago Tribune. Deux fois plus de tués que le total des deux plus grandes villes des Etats-Unis, New York et Los Angeles.

"Les personnes qu'on évoque sur ces photos, elles ne sauront jamais si nous allons avoir un nouveau maire, un nouveau président (...) On ne leur a pas donné la chance de vivre leur vie", dit Jim Young.

Parfois, elles sont victimes de drames familiaux, de règlements de comptes, expressément visées ou simplement là au mauvais moment. Parfois il n'y a aucune explication immédiate à ces tragédies et les scènes de crime reviennent à la normale au bout de quelques heures.

Ainsi, Jim Young a photographié un gant chirurgical sur la scène du meurtre de Antwon High, 26 ans, et des impacts de balle là où Sedrick Ringer, 50 ans, a été abattu.

Il a chroniqué la mort de 100 personnes, un peu comme s'il avait voulu écrire le dernier chapitre de leur vie. Pour montrer, explique-t-il, "que les gens qui les aimaient se souviendront d'eux et que pour ceux-là, ils étaient importants".

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