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Michèle Alliot-Marie défend le parquet, l'USM réplique

REUTERS 29.07.2010

Photo prise le 28 juillet 2010 / Gonzalo Fuentes

PARIS (Reuters) - Michèle Alliot-Marie dénonce avec véhémence dans Le Monde les accusations d'une "justice aux ordres" alors que le ministre du Travail, Eric Woerth, a été entendu jeudi par la brigade financière dans le cadre de l'affaire Bettencourt.

Dans une tribune publiée dans le quotidien daté du 30 juillet, la ministre de la Justice, sans jamais citer le nom de son collègue du gouvernement, affirme qu'une intrusion dans une procédure en cours est "strictement incompatible avec la vision" qu'elle se fait de la justice et de sa fonction.

"Je dis 'assez' aux attaques aussi absurdes qu'injustifiées qu'on a vu fleurir ces derniers mois et ces dernières semaines", écrit-elle.

Michèle Alliot-Marie dénonce le "mépris", "l'inconscience" et la "médiocrité" des hommes politiques, des avocats et même des syndicats de magistrats qui accusent le gouvernement d'intervenir dans certaines enquêtes en cours, dont celles ouvertes dans l'affaire Bettencourt/Woerth.

La ministre stigmatise également les magistrats qui "attaquent un magistrat, sans prendre garde qu'en insultant un procureur, ils insultent le ministère public et la magistrature tout entière".

Le parquet de Nanterre, dirigé par le procureur Philippe Courroye, a ouvert quatre enquêtes préliminaires après la publication d'enregistrements clandestins réalisés par l'ancien majordome de Liliane Bettencourt.

L'USM "SURPRISE"

L'Union syndicale des magistrats (majoritaire), visée implicitement par la ministre, a répliqué en rappelant que le parquet était lié au pouvoir par son statut.

"Réclamer une enquête indépendante n'est la remise en cause ni d'un homme ni des magistrats, mais le simple constat que le parquet français n'est pas indépendant statutairement", dit l'USM dans un communiqué.

"Dans un contexte de reprise en main de la magistrature française, venir reprocher aux syndicats de magistrats de défendre une conception d'une justice indépendante et impartiale conforme aux standards européens ne peut que surprendre", ajoute le syndicat.

Dans l'affaire Bettencourt, les enregistrements font notamment apparaître des soupçons de financement illégal de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, dont Eric Woerth était le trésorier, en 2007.

Malgré les demandes répétées de l'opposition et de certains magistrats, le procureur Courroye, soumis hiérarchiquement au ministère de la Justice, a refusé la nomination d'un juge d'instruction, magistrat du siège indépendant.

Dans un récent entretien accordé au Monde, l'ancienne garde des Sceaux Elisabeth Guigou rappelait que Philippe Courroye, nommé à Nanterre contre l'avis du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), entretient une "proximité avec le chef de l'Etat".

"Le parquet enquête, parle et défend les intérêts non de tel ou tel, mais de la société", écrit Michèle Alliot-Marie. "La justice n'appartient ni au gouvernement, ni à une poignée de spécialistes du bruit médiatique", ajoute-t-elle.

Depuis la révélation des écoutes dans lesquelles Philippe Courroye est cité, la ministre de la Justice s'est rarement exprimée sur cette affaire.

"Au nom de l'indépendance de la justice et afin de garantir au mieux la sérénité des enquêtes, je ne commente ni n'interviens dans les procédures en cours", souligne-t-elle.

Pierre Sérisier et Thierry Lévêque, édité par Sophie Louet

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10 février 2012