France-Antilles et ses partenaires utilisent des cookies pour le fonctionnement de leurs services, réaliser des statistiques d’audience, proposer des contenus et publicités personnalisés. En utilisant ce site, vous consentez à cette utilisation. En savoir + et gérer ces paramètres. OK
  • Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr

Levothyrox: l'information des patients devant la justice civile

Lundi 03 décembre 2018
Levothyrox: l'information des patients devant la justice civile
L'avocat des plaignants, Me Christophe Lèguevaques aux côtés de certains de ses clients, à Villeurbanne le 3 décembre 2018 - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK (AFP)

Les malades de la thyroïde ont-il été suffisamment informés sur le changement de formule de leur traitement Levothyrox ? La justice répondra le 5 mars sur le volet civil de ce gigantesque dossier, plaidé lundi à Villeurbanne, près de Lyon.

"C'est un dossier exceptionnel car il regroupe 4.113 personnes et c'est un dossier exceptionnel par les questions posées", a lancé au début de sa plaidoirie l'avocat des plaignants, Me Christophe Lèguevaques, du barreau de Toulouse.

Cette action collective, lancée le 24 octobre 2017, vise à faire reconnaître un "défaut d'information" de la part du fabricant allemand du traitement Merck, dont le siège français est à Lyon. Les plaignants, qui considèrent aussi qu'il y a eu "atteinte à leur bien-être", réclament chacun une indemnité de 10.000 euros.

"J'accuse Merck de savoir que le changement de formule allait avoir des conséquences néfastes, de faire peu de cas des malades et de privilégier les intérêts financiers de ses actionnaires sur les malades", a plaidé Me Lèguevaques.

L'audience, organisée dans un centre de congrès à Villeurbanne (métropole de Lyon) en raison du très grand nombre de requérants, a commencé par une "exception d'incompétence" soulevée par un des avocats de Merck, Me Etienne Kowalski.

Celui-ci a estimé que l'affaire devait être renvoyée devant le tribunal de grande instance, seul habilité à se prononcer sur les préjudices corporels, réfutant le "préjudice moral pur", plaidé par la partie adverse devant le tribunal d'instance.

"Depuis le début, nous disons que le sujet ce n'est pas le médicament mais l'information autour du médicament", a rétorqué Me Lèguevaques.

L'affaire fait par ailleurs l'objet, au pénal, d'une information judiciaire contre X instruite par le pôle santé du TGI de Marseille.

Mise sur le marché au printemps 2017, une nouvelle formule du Levothyrox, prescrit contre l'hypothyroïdie et fabriqué par le laboratoire Merck Serono, filiale du groupe allemand, a été incriminée par quelque 31.000 patients victimes d'effets secondaires (fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, etc.).

- Des expertises réclamées -

Le laboratoire affirme qu'un plan de communication "extrêmement large" consistant en l'envoi de "300.000 communications par courrier, fax et mail, auprès de 100.000 professionnels de santé" avait été engagé au moment du lancement en France de la nouvelle formule.

"On ne peut pas globaliser l'approche", a par ailleurs assuré à la presse le directeur juridique du groupe, Florent Bensadoun, conscient que ce dossier comportait "beaucoup d'émotion".

Dans une plaidoirie fleuve de trois heures qui a provoqué à plusieurs reprises une bronca dans la salle, l'un des avocats de Merck, Me Jacques-Antoine Robert, a assuré que "pas une réglementation n'a été violée" par le laboratoire.

Me Robert a jugé nécessaires des expertises médicales pour 800 des 4.113 plaignants afin "d'établir le lien de causalité avec la prise de Levothyrox nouvelle formule".

"Dans 200 dossiers, il y a zéro pièces. Des milliers d'autres sont incomplets et pour 800 il y a lieu de se poser la question", a précisé l'avocat, qui a été hué à la clôture des débats.

Dans la salle, quelque 200 requérants, en majorité des femmes, assistaient à l'audience.

"Tout allait bien entre 1991 et 2017" pour Véronique Caute, 48 ans, venue du Lot-et-Garonne, qui a ressenti avec cette nouvelle formule des "maux de tête constants, des crampes, de la forte fatigue", ainsi qu'une rapide prise de poids.

"J'ai besoin qu'on nous reconnaisse comme victimes", a estimé cette conseillère en insertion professionnelle, qui souhaite "aller jusqu'au bout de la procédure".

Le récit de Corinne Lefranc, comptable de 52 ans, est quasi similaire : "une grosse fatigue et de la déprime" subitement au printemps 2017.

Après s'être procuré dans un premier temps l'ancienne formule à l'étranger, Mme Lefranc a changé de médicament, Merck n'étant désormais plus en situation de monopole en France. "Je ne veux plus entendre parler de Merck", a-t-elle dit.

Au total, trois millions de patients prennent ce médicament en France (premier marché mondial) et 2,5 millions de malades utilisent la nouvelle formule, selon Merck.

Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
Aucun commentaire
L'info en continu
1/3