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REUTERS 09.02.2010
PARIS (Reuters) - Le placement en garde à vue à Paris d'une adolescente de 14 ans suspectée de violences suscite des protestations de la gauche.
La préfecture de police a annoncé une enquête administrative tout en déclarant la garde à vue régulière et en contestant le récit de l'adolescente. Le patron de la police parisienne, Alain Gardère, a repris les mêmes arguments devant la presse.
Cette adolescente a été interpellée le 3 février à la suite d'une plainte d'une élève de 16 ans du collège Gambetta, dans le XXe arrondissement, disant avoir été frappée la veille par quatre élèves, ce qui a occasionné un jour d'ITT (interruption totale de travail).
La jeune suspecte a dit mardi sur France Info avoir été arrêtée à son domicile, emmenée au poste de police en pyjama et placée en garde à vue en cellule pendant dix heures.
Elle dit avoir été rudoyée verbalement. "Le policier m'a dit 'maintenant, tu vas arrêter de te foutre de ma gueule, sinon je te prolonge de 24 heures'", a-t-elle raconté.
L'enquête administrative a été confiée à l'Inspection générale des services (IGS, la "police des polices"), a précisé la préfecture de police.
L'adolescente a été arrêtée chez elle car elle était absente des cours, ce qui n'était pas le cas de ses complices présumés, arrêtés au collège, dit-elle cependant dans son communiqué.
La jeune fille n'était pas en pyjama et n'a pas été menottée, assure-t-elle. Selon une source proche du dossier, la jeune fille a cependant bien été menottée quand elle a été conduite chez un médecin.
Ni l'avocat ni la mère venue chercher la jeune fille n'ont fait d'observations, ajoute la préfecture.
Le parquet a précisé que la jeune fille était convoquée le 16 mars pour une procédure se limitant à l'indemnisation de sa victime présumée.
DÉBAT SUR LA GARDE À VUE
Cette affaire intervient en plein débat sur la garde à vue en France, une mesure policière jugée arbitraire par les avocats et dont l'usage se banalise depuis quelques années.
Le député socialiste Claude Bartolone a estimé sur France Info que la garde à vue en question était "une insulte à la démocratie".
Les organisations d'avocats français sont parties en guerre depuis plusieurs mois contre le régime de garde à vue.
Cette mesure permet aux policiers de placer en cellule et d'interroger à leur guise toute personne pendant une durée de 48 heures pour des affaires de droit commun.
Le chiffre officiel est de 577.816 gardes à vue en 2008, une augmentation de 35% par rapport à 2003.
Au-delà des conditions de la garde à vue, les avocats mettent en cause l'utilisation de cette procédure à la place d'interrogatoires normaux, sur convocation.
Ils estiment que le principe dit de "proportionnalité", impose de lier l'usage de la contrainte à l'ampleur des faits et aux nécessités de l'enquête, n'est plus respecté.
Les avocats demandent systématiquement dans toute la France l'annulation des gardes à vue sur le fondement d'arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme concernant l'accès à un avocat. Ils ont obtenu quelques victoires.
Le ministère de la Justice conteste l'interprétation qui est faite de ces arrêts concernant la Turquie et estime que le régime français, qui permet l'accès à un avocat pendant trente minutes au début de la garde à vue, sans accès au dossier, est conforme aux normes européennes.
La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, entend cependant présenter au Parlement d'ici l'été un projet de réforme qui permettrait à l'avocat d'assister aux interrogatoires à partir de la 24e heure de garde à vue.
Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse
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