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Jeune tué à Nantes: le policier mis en examen, nouvelle nuit de tension

Samedi 07 juillet 2018
Jeune tué à Nantes: le policier mis en examen, nouvelle nuit de tension
Le procureur de Nantes, Pierre Sennes lors d'une conférence de presse au tribunal de Nantes, le 06 juillet 2018 - SEBASTIEN SALOM GOMIS (AFP/Archives)

De nouveaux incidents ont éclaté à Nantes vendredi soir pour la quatrième nuit consécutive, peu après la mise en examen du CRS qui a tué Aboubakar Fofana mardi soir lors d'un contrôle de police.

Vers 01H00 du matin samedi, sept véhicules avaient été incendiés à Orvault, Rezé et dans les quartiers nantais du Breil et de Bellevue.

Les forces de l'ordre ont essuyé des jets de cocktails Molotov au Breil et à Bellevue et ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes. Un début d’incendie a touché un bâtiment du bailleur social Nantes Habitat dans le quartier du Breil.

Juste avant ces nouvelles violences, le policier auteur du tir avait été libéré sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du procureur de Nantes Pierre Sennès. Il a été mis en examen pour "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner", a précisé son avocat Laurent-Franck Lienard à l'AFP.

Placé en garde à vue jeudi midi, le policier a reconnu avoir menti lors de sa première audition libre mercredi, avait annoncé un peu plus tôt son avocat. Il affirme désormais avoir tiré "par accident" sur le jeune homme de 22 ans, originaire de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise). Il avait auparavant indiqué "avoir tiré en raison de la dangerosité du conducteur et pour protéger les personnes qui pouvaient se trouver à proximité sur la trajectoire du véhicule", selon M. Sennès.

Selon le procureur, le déroulement des faits s'est fait en trois phases: le contrôle de police d'environ "10 à 15 minutes", où M. Fofana va donner une fausse identité et où les policiers vont lui demander de se garer et de les suivre au commissariat.

Puis la deuxième où il va fuir en marche arrière, manœuvre "particulièrement dangereuse puisque dans sa course le conducteur va frôler un fonctionnaire de police" avec "à ses côtés deux enfants". Le policier va "se projeter sur le bas-côté" emporter avec lui "une fillette qui aurait pu être heurtée par le véhicule du fuyard", précise le procureur. Le conducteur va ensuite percuter un véhicule en stationnement.

Enfin, après ce choc, le conducteur va de nouveau tenter de fuir en marche arrière. C'est alors que le policier mis en examen va tirer sur le conducteur.

Il a indiqué "qu'en réalité il (avait) tenté de se pencher dans l'habitacle du véhicule pour saisir le volant et essayer d'arrêter la manœuvre", a relaté le procureur. "C'est à ce moment là, indique-t-il, dans le cadre de ce qu'il appelle un corps-à-corps, que le coup de feu est parti accidentellement pour toucher mortellement le conducteur."

"Il ne m'appartient pas (…) d'arbitrer ce soir entre ces différentes versions. Je m'en tiens à la qualification pénale des faits", a ajouté M. Sennès.

Aboubakar Fofana, sous le coup d'un mandat d'arrêt pour "vol en bande organisée, recel et association de malfaiteurs", a été touché au cou par le tir du policier mardi vers 20H30. Il est mort à l'hôpital deux heures plus tard.

Sa mort a provoqué trois nuits consécutives de violences urbaines dans les quartiers "sensibles" de Nantes.

- Voiture de la maire brûlée -

Dans la nuit de jeudi à vendredi huit bâtiments ont été dégradés et 52 véhicules incendiés principalement dans les quartiers dits "sensibles" de Nantes. La voiture personnelle de la maire (PS) Johanna Rolland a aussi été incendiée.

Plusieurs départs d'incendie ont touché des bâtiments publics, dont un lycée professionnel, une école, une maison de l'emploi et une maison des habitants.

Comme la veille, un cocktail Molotov a été lancé contre un fourgon de police dans la cour d'un commissariat de Saint-Herblain, dans la banlieue de Nantes.

Aucun incident n'a en revanche été signalé dans le quartier du Breil, où le jeune est décédé, et où ses proches avaient appelé au calme.

"Il faut que les troubles qui agitent la ville depuis trois jours cessent", a lancé le procureur vendredi. "Qu'ils cessent pour respecter les attentes légitimes de la famille de M. Fofana de connaître les circonstances précises entourant la mort de son fils."

Trois hommes de 20 à 31 ans ont été condamnés vendredi à quatre mois de prison avec sursis pour des violences commises au lendemain de la mort d'Aboubakar Fofana, des peines nettement en-deçà des réquisitions du ministère public.

Vendredi, la préfète de Loire-Atlantique a pris deux arrêtés pour interdire l’achat et la vente au détail de carburant ainsi que la cession ou la vente d’artifices de divertissement jusqu'au 13 juillet sur l'agglomération nantaise.

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