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Jeune tué à Nantes: la tension retombe dans les quartiers

Dimanche 08 juillet 2018
Jeune tué à Nantes: la tension retombe dans les quartiers
Des pompiers éteignent un véhicule incendié dans le quartier de "Le Breil", le 8 juillet 2018 à Nantes - GUILLAUME SOUVANT (AFP)

Un calme relatif a régné dans les quartiers de Nantes dans la nuit de samedi à dimanche avec seulement quelques véhicules incendiés après plusieurs nuits de violences qui avaient suivi la mort d'un jeune, tué par un policier lors d'un contrôle mardi soir.

Dix-huit véhicules ont été incendiés, dont deux par propagation, dans la nuit de samedi à dimanche, surtout dans le quartier nantais du Breil, selon la police. Un engin de chantier a également brûlé mais aucun bâtiment n'a été touché et les forces de l'ordre n'ont procédé à aucune interpellation.

La nuit de vendredi à samedi avait déjà été plus calme que les précédentes, selon la police, avec 35 véhicules incendiés sur toute l'agglomération, et seulement un bâtiment public touché par un départ de feu.

Les trois premières nuits, plus d'une cinquantaine de voitures avaient à chaque fois été incendiées mais aussi de nombreux commerces et bâtiments publics sur toute l'agglomération, notamment des mairies annexes, maisons des habitants, lycée, école, etc.

- "population maltraitée" -

Le chef de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon a estimé dimanche que ces violences résultaient de "l'exaspération" d'une "population maltraitée".

"Le point de départ c'est une population qui est maltraitée et qui ensuite se trouve confrontée à des forces de l'ordre exténuées, trop armées, et (qui) en viennent à des gestes qu'ensuite toute la profession déplore", a-t-il affirmé au Grand Rendez-vous d'Europe 1-Les Echos-CNews.

La ville de Nantes a proposé samedi aux habitants de donner des livres pour aider à reconstituer les collections des bibliothèques associatives des Dervallières et de Malakoff, toutes deux incendiées durant la semaine. "A cet effet, des bacs sont mis en place dans les bibliothèques et médiathèques de Nantes pour recevoir les dons de livres au bénéfice de ces deux bibliothèques associatives", a indiqué la mairie dans un communiqué.

La famille du jeune homme tué par le CRS a annoncé qu'elle se constituerait partie civile dès lundi, a annoncé à l'AFP Loïc Bourgeois, avocat de la mère et de la sœur d'Aboubakar Fofana, 22 ans, originaire de Garges-lès-Gonesse (Val d'Oise). Pour l'heure, "ils veulent qu'on les laisse tranquilles, avec leur drame", a-t-il ajouté.

Le policier auteur du tir a été mis en examen vendredi pour "coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et remis en liberté sous contrôle judiciaire, conformément aux réquisitions du procureur de la République A Nantes Pierre Sennès.

En garde à vue, le brigadier-chef a reconnu avoir menti lors de sa première audition libre où était évoquée la légitime défense. Le CRS a indiqué "qu'en réalité il (avait) tenté de se pencher dans l'habitacle du véhicule conduite par le jeune pour saisir le volant et essayer d'arrêter la manœuvre" de fuite engagée en marche arrière par le conducteur, a relaté le procureur. "C'est à ce moment là, indique-t-il, dans le cadre de ce qu'il appelle un corps-à-corps, que le coup de feu est parti accidentellement pour toucher mortellement le conducteur", a ajouté M. Sennès lors de sa conférence de presse vendredi.

Aboubakar Fofana, sous le coup d'un mandat d'arrêt pour "vol en bande organisée, recel et association de malfaiteurs", a été touché au cou par le tir du policier mardi vers 20H30. Il est mort peu après à l'hôpital.

- "Incompréhension" -

"C'est incompréhensible que le policier soit remis en liberté" sous contrôle judiciaire, estime Saïd, un responsable associatif habitant du Breil. Même "incompréhension" pour le chef d'inculpation: "+Coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner+, on tue sans faire exprès alors. C'est les Bisounours", a-t-il lancé.

"Comment ça peut être un tir accidentel quand tu as sorti ton arme et déclenché la sécurité ?", s'interroge-t-il, estimant que la nouvelle version du policier est "un second mensonge". "On est en train de récolter des témoignages et personne n'a vu de prétendu corps-à-corps. Le policier était debout, mains tendues et a fait +boum+", soutient Saïd.

"On fera le nécessaire pour que la vérité éclate", renchérit Chris, 36 ans, médiateur et un "grand" du quartier du Breil. "La colère est loin d'être retombée et elle ne s'arrêtera pas tant que justice ne sera pas faite", ajoute-t-il. "On va poursuivre notre travail de conviction auprès de ceux qui ont des hésitations à témoigner" a-t-il assuré.

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