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Affaire Grégory: le juge Lambert retrouvé mort

Mardi 11 juillet 2017
Affaire Grégory: le juge Lambert retrouvé mort
Un corbillard arrive vers la maison où a été découvert le corps de l'ex-juge dans l'affaire Grégory, Jean-Michel Lambert au Mans, le 11 juillet 2017 - JEAN-FRANCOIS MONIER (AFP)

Le premier juge d'instruction dans l'affaire Grégory, Jean-Michel Lambert, 65 ans, a été retrouvé mort mardi à son domicile du Mans, un mois après la spectaculaire relance de cette affaire hors-norme et près de 33 ans après l'assassinat du garçonnet.

Le corps de l'ex-magistrat a été retrouvé dans son bureau avec un sac plastique noué sur la tête à l'aide d'un foulard, selon une source proche du dossier. La police judiciaire d'Angers a été saisie et le parquet du Mans a ouvert une enquête pour déterminer les circonstances de la mort, a indiqué une autre source.

Dans la soirée, la rue où se trouvait l'appartement du juge était barrée par la police qui en interdisait l'accès, a constaté un photographe de l'AFP.

Selon les premiers éléments de l'enquête, son corps a été découvert par une voisine alertée par l’épouse du magistrat qui, depuis la veille, n’avait plus de nouvelle de lui. D'après les premières constatations, aucune trace d’effraction ou de lutte n'a été relevée dans son appartement.

"Je suis catastrophé, c'est infiniment triste", a confié à l'AFP l'avocat des parents de Grégory Villemin, Me Thierry Moser. "Je garderai de lui le souvenir d'un homme qui a été confronté à un dossier difficile, qu'il n'a pas su maîtriser et qui a été pris dans un vertige irrépressible".

Interrogé par l'AFP, l'avocat de la famille Laroche, Me Gérard Welzer, s'est pour sa part refusé à tout commentaire.

Surnommé "le petit juge", Jean-Michel Lambert avait 32 ans lorsque le 16 octobre 1984, le cadavre du petit Grégory Villemin, quatre ans, avait été retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne.

Alors seul juge d'instruction à Epinal (Vosges), il s'agissait de son premier poste.

Propulsé sous les projecteurs, le magistrat avait surpris en multipliant les confidences à la presse dès les premiers jours de l'enquête.

Il avait notamment révélé aux journalistes l'identité et la teneur des accusations portées par la jeune Murielle Bolle, 15 ans, qui venait de désigner au juge son beau-frère, Bernard Laroche, comme le ravisseur de Grégory.

- 'Catastophes' -

Après la mort de Bernard Laroche, tué par le père de l'enfant, Jean-Marie Villemin, les soupçons du magistrat s'étaient tournés vers la propre mère de Grégory, Christine Villemin, qu'il avait été inculpée d'assassinat, placée en détention provisoire, puis renvoyée devant les Assises.

La Cour de cassation avait annulé la mise en accusation, avant que la chambre de l'instruction de Dijon ne rende en 1993 un arrêt de non-lieu pour "absence de charges" contre Mme Villemin, formule inédite aux accents d'excuses judiciaires.

Entre temps, l'instruction avait été reprise par un autre magistrat, le juge Maurice Simon, qui avait mis à mal toutes les thèses du "petit juge".

Ce sont d'ailleurs aujourd'hui les conclusions de l'instruction Simon qui sont à nouveau exploitées par les enquêteurs.

Les gendarmes tentent notamment de savoir dans quelles circonstances Murielle Bolle est revenue à l'époque sur ses aveux devant le juge Lambert. Fin juin, elle a été mise en examen pour enlèvement et séquestration suivis de mort, ainsi que deux autres suspects, Jacqueline et Marcel Jacob.

Figure atypique, fasciné par les médias, le juge Lambert s'était illustré en 1986 en publiant "Le petit juge", dans lequel il faisait état de confidences sur sa vie intime et considérations personnelles.

Après s'être rêvé, sans succès, chroniqueur à la radio, le magistrat, natif de Jarnac, avait été nommé à Bourg-en-Bresse en 1988, avant d'être muté en 2003 au Mans.

En 1993, au procès de Jean-Marie Villemin devant les assises de Dijon, Jean-Michel Lambert avait été sévèrement taclé par l'avocat général. Le représentant de l'accusation l'avait qualifié de "mémorable funambule de la pensée", dont il espérait qu'il avait "conscience des catastrophes dont il avait été indirectement la cause".

Le magistrat s'était réfugié dans l'écriture, essais ou romans, aux titres déroutants : "Regards innocents", "Confession fatale", "Scrupules" ou "Un Monde sans vérité".

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