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JUSTICE

« Une bande de criminels qui ne faisait pas d'orpaillage »

R.L. Lundi 17 octobre 2016
« Une bande de criminels qui ne faisait pas d'orpaillage »
Ci-dessus, Manoelzinho lors de son interpellation au Brésil en juillet 2012. Ci-contre, le site de Dorlin deux ans après les faits. Un site sur lequel la bande du Brésilien faisait régner la terreur (photo d'archives)

Depuis vendredi, la cour d'assises de Martinique juge deux des quatre accusés dans une affaire de meurtre, tentative de meurtre et association de malfaiteurs, commise à Maripasoula en juin 2012. Deux militaires engagés contre l'orpaillage clandestin avaient été tués et quatre gendarmes blessés.

Absent des débats, Manoel Moura Perreira, dit « Manoelzinho » , a pourtant occupé tout l'espace de la cour d'assises de la Martinique, vendredi. Ce Brésilien de 29 ans, incarcéré au Brésil, est accusé, entre autres, du meurtre de deux militaires et de tentatives de meurtres sur quatre gendarmes, le 27 juin 2012, à Maripasoula. Seuls deux des quatre accusés, Ronaldo Miranda Carvalho et Itamar Bezerra Alves, âgés de 30 ans, sont présents. Les deux autres, Manoelzinho et Ronaldo Silva Lima, sont écroués au Brésil.
Un vide dans le box des accusés que déplorent les deux avocates de la défense, Mes Corinne Boulogne Yang-Ting et Laurie Chantalou-Norde. Pour elles, les « deux principaux accusés » n'ont pas été cités correctement. Elles n'ont pas obtenu le renvoi du procès. « Certes, Manoelzinho n'est pas là mais ce que l'on juge aujourd'hui, c'est la bande de Manoelzinho. À travers elle, on va essayer d'approcher un homme qui a treize meurtres à son actif. C'est important pour la famille des défunts que je représente » , estime, lors d'une suspension d'audience, le bâtonnier Lionel Béthune de Moro, l'un des trois avocats de la partie civile.
« LES GARIMPEIROS SONT DES VICTIMES, ILS SONT EXPLOITÉS »
Premier à s'exprimer, le gendarme chef de la mission Harpie de l'époque, en charge de la lutte contre l'orpaillage clandestin. Il détaille le contexte pendant près d'une heure. « À l'époque, on estimait qu'ils étaient entre 7 000 et 8 000. Ils fonctionnent selon un système qui a ses propres règles : ce n'est ni l'État brésilien, ni l'État français. Les garimpeiros sont des victimes, ils sont exploités. Dans la grande majorité des cas, les relations se passent bien avec les forces de l'ordre. »
Très vite, le lieutenant-colonel différencie ceux qu'ils appellent des « travailleurs » , même si l'orpaillage est illégal, de ces bandes criminelles « qui violent, pillent, rackettent et tuent. Je suis certain que Manoelzinho n'a jamais touché une pelle. Il dirigeait une bande criminelle qui ne faisait pas d'orpaillage. Engagé par un chef de bande déchu, il était arrivé fin 2011 sur le site minier de Dorlin, à Maripasoula. Un mois plus tard, il éliminait la bande de Felipe et prenait ses armes : de nombreux fusils d'assaut de type AK 47, AR15, MI16... Devenu le chef, il a très vite interdit les armes sur le site, à part pour sa bande. Il faisait régner la terreur à Dorlin » , raconte, à la barre, le gendarme chargé de la lutte contre la criminalité organisée, au moment des faits.
« UNE SCÈNE DE GUERRE »
Dans la nuit du 19 mai 2012, alors qu'il se trouvait dans une pirogue sur la rivière Inini, le Brésilien de 29 ans et deux complices croisent une pirogue de la gendarmerie. Une première fusillade éclate. Aucun militaire n'est blessé, même si une balle effleure un gilet pare-balles. Un mois plus tard, une nouvelle opération d'envergure était déployée sur le site de Dorlin.
C'est là que le 27 juin, la rencontre des forces de l'ordre avec la bande de Manoelzinho tourne mal. Un hélicoptère de la gendarmerie est d'abord attaqué à l'arme de guerre. Une balle traverse la carlingue et touche un gendarme au dos. Le dispositif se replie mais, dans un second temps, 36 hommes sont déployés au sol en deux groupes.
L'une des colonnes qui progressent dans la forêt est victime d'une embuscade. Le directeur d'enquête décrit une « scène de guerre : Manoelzinho s'était positionné en hauteur, derrière un arbre. Il a commencé à viser la tête de la colonne. Le chef de la colonne a été abattu. Par réflexe, l'auxiliaire sanitaire, qui se trouvait à l'arrière, est venu porter secours. C'était une cible idéale. Ensuite, Manoelzinho a vidé son chargeur » . Le bilan est terrible : deux soldats du 9e Rima sont tués : l'adjudant Stéphane Moralia et le caporal-chef Sébastien Pissot, âgés de 28 et 33 ans.
Dans les jours suivant la tuerie, une traque s'était alors mise en place pour débusquer le chef de bande. Se sachant poursuivi, Manoelzinho n'aurait pas hésité à faire feu sur des pêcheurs en pirogue ou sur un véhicule pour s'accaparer leurs moyens de locomotion. Les deux hommes de main présents devant les jurés d'assises de la Martinique sont suspectés de l'avoir accompagné durant cette période.
Le verdict est attendu vendredi. Les quatre accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.
R.L. (France-Antilles Martinique)

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