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Tel Sisyphe en Guyane

C. R. France-Guyane 02.03.2010

Depuis la démolition du squat, Hermina Browne s'est installée sur une table de pique-nique près de l'Office du tourisme en attendant son départ demain pour un foyer à Cayenne. (C. R.)

Hermina Browne, petite femme de 49 ans était l'une des habitantes du squat situé à l'angle des rues Montravel et Raynart en face de la gare routière. Après plus d'une vingtaine de jours dans la rue, elle a trouvé une solution.

SAINT-LAURENT. « Je regarde les autres la tête haute, même si je dois me tenir le cou à deux mains » : voilà la devise d'Hermina Browne. Malgré ses traits arrondis et son air un brin chétif, elle a les mots incisifs. Tout est force chez cette femme qui qualifie sa vie d'« incroyable » . Élevée au Guyana par sa grand-mère après la mort de ses parents, elle a fait ses études près de Georgetown, passant des diplômes pour devenir professeur d'anglais. Elle a eu deux « très beaux enfants qui sont [la] fierté de [son] existence » . En attendant un poste de professeur, elle travaille comme aide-soignante. Aucun de ses deux métiers ne lui assurera des revenus suffisants pour elle et sa famille. Là commencent les petits boulots plus lucratifs. Les enfants retournent chez leur père. Hermina Browne commence à « prendre le chemin des perdus » . La suite a l'air écrite : prostitution et crack en Guyane. De retour dans son pays pour quelques mois, elle épouse un « homme sérieux et travailleur » . Tout se passe bien, jusqu'à l'agression de son mari, Jordan, qui meurt peu de temps après. Pour ne pas rester isolée, elle a rejoint sa petite soeur à Albina. Mais rapidement la cohabitation dégénère. La soeur se transforme en souteneuse. L'aînée s'enfuit sur l'autre rive du Maroni. À l'Hôpital Frank-Joly, elle apprend qu'elle est séropositive. « J'ai tout arrêté » , martèle-t-elle. Après l'hospitalisation, elle s'était installée dans le squat de la gare routière. Il n'est plus question de perdre le contrôle : « Je prenais soin de tout, je cuisinais, je faisais le ménage, je me vernissais même les orteils » . Il y a deux semaines Hermina a quitté le squat avant l'arrivée de la police. Non pas qu'elle ait peur des gendarmes et des policiers, mais « je ne suis jamais sûre de comprendre parfaitement, alors je montre ma carte de séjour, et j'essaie de tout expliquer en français » . Depuis le 10 février, date de la démolition du squat, elle s'est installée sur une table de pique-nique près de l'Office du tourisme. Avec l'aide de trois associations, elle a aménagé « une petite maison » , en attendant son départ pour Cayenne mercredi où un appartement en foyer l'attend. « Je pourrais enfin recevoir mes enfants en visite » , s'enthousiasme cette forte tête. Encore un nouveau départ, mais cette fois-ci c'est la bonne. « Si je rentre au Guyana, je meurs alors je veux rester ici le temps de me soigner, et je voudrais trouver un travail » , explique-t-elle en se faisant une beauté au bord du fleuve.
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29 juillet 2010