Poursuivi après le suicide de sa compagne
Daniel SAINT-JEAN
France-Guyane
17.03.2010
Le drame s'est déroulé le 29 septembre 2008 dans la maison du lotissement Quintrie-Lamothe à Cayenne. L'affaire a été classée au niveau judiciaire. (photo d'archives)
Le 29 septembre 2008, une femme était retrouvée pendue, chez elle à Cayenne. Son fils de 8 ans était mort asphyxié. Ce drame aurait-il pu être évité ? Sa famille le pense et a entamé des poursuites contre le compagnon de la jeune femme. Il a comparu hier devant les juges. Un procès hors du commun.
« Non-assistance à personne en danger. Non-assistance à victime » . Deux infractions qui ont amené un homme de 52 ans devant les juges hier matin. Il était poursuivi par la famille de sa compagne, Fanny Briswalter, qu'il avait découverte pendue le 29 septembre 2008 à son domicile, un pavillon du lotissement Quintrie-Lamothe près de la route de Montabo à Cayenne.
Ce drame a suscité bien des questions puisque le fils de Fanny, âgé de 8 ans, avait été retrouvé sans vie, asphyxié. Deux bouteilles de gaz avaient été ouvertes dans la cuisine. L'enfant se trouvait sur le canapé du salon alors que sa mère était retrouvée à l'étage, dans sa chambre.
La douleur qu'a suscitée ce drame était donc l'invitée principale de l'audience d'hier, d'autant que la famille et le compagnon sont restés sans obtenir de réponse à leurs questions, l'affaire ayant été classée sans suite par la justice.
Au fil des questions de Me Abel Bertrand Longa, du barreau du Cameroun, l'un des deux avocats de la famille de Fanny avec Me Jean Yves Marcault-Derouard, il apparaît que le couple s'était formé six mois plus tôt, mais qu'ils se connaissaient dans le cadre de leur travail depuis deux ans. « On sortait chacun d'une rupture. Cela s'est fait naturellement » , explique le prévenu. Face aux questions de plus en plus précises de l'avocat, il évoque leur vie, et leur différent à la veille du drame.
« Il ne faut pas oublier l'horreur du drame qui persiste au sein de la famille. Les parties civiles ont perdu leurs fille et petit-fils, leurs soeur et neveu » , rappelle Me Jean Yves Marcault-Derouard, en débutant sa plaidoirie. Un drame d'autant plus fort « qu'avant de se retirer la vie, elle a retiré celle de son fils qu'elle chérissait » .
« Absence totale de solidarité »
L'avocat précise que la motivation de la famille « est de mettre tout en oeuvre pour savoir ce qui s'est réellement passé » . Aussi, l'avocat veut savoir « si l'infanticide et le suicide pouvaient être évités » et « s'il y a eu non-dénonciation d'un crime et non-assistance à personne en péril » . Des questions cruciales face à « l'opacité de l'enquête et des dysfonctionnements dans la procédure » .
Me Abel Bertrand Longa poursuit en se plaçant sur un plan strictement juridique, se référant aux articles de loi. À ses yeux, le prévenu « pouvait faire quelque chose pour éviter le drame » . Il rappelle que Fanny avait déjà voulu mettre fin à ses jours par le passé et que son compagnon le savait. L'avocat reproche au prévenu « de n'avoir pas appelé les parents de Fanny, d'avoir laissé faire par égoïsme » . Pour lui, « il y a absence totale de solidarité » : « Il connaissait l'état d'âme de Fanny et les relations difficiles qu'elle avait avec le père de son fils. Il savait qu'elle ne le laisserait pas à son père! Il savait le danger pour l'enfant » . L'avocat demande donc au tribunal d'entrer en voie de condamnation car « il n'a pas tout fait pour prévenir ce drame » . Et de conclure en soulignant la volonté de ses clients de donner à ce procès une valeur symbolique, comme l'euro réclamé pour le préjudice moral, afin que de tels drames ne se reproduisent pas. 5 000 euros sont toutefois demandés pour les frais de justice.
Le procureur reprend les arguments des deux avocats pour livrer son analyse. « Je ne suis pas convaincu par ce raisonnement » , souligne-t-il, estimant « qu'il s'agit d'accusations graves » et « qu'il ne faut pas en rajouter au drame » . Rappelant que le suicide n'est pas une infraction, il précise qu'on ne peut pas reprocher de ne pas l'avoir empêché. Aussi, « un problème de recevabilité de l'action civile se pose » .
« Il fallait faire le deuil. Sortir la vérité, mais ce n'est pas la voie la meilleure pour approcher la vérité judiciaire dans cette affaire classée sans suite » , estime le procureur qui ne pense pas que l'action civile puisse prospérer.
« J'ai essayé de les sauver »
« C'est ignoble! » Le prévenu, qui s'est présenté seul à l'audience, ne comprend pas la logique soutenue par les deux avocats de la partie civile. Il souligne qu'il n'a pu lire qu'une semaine après le drame la lettre de Fanny, sur laquelle l'accusation se base pour affirmer qu'il savait. « J'ai 52 ans. Fanny, c'était la deuxième femme de ma vie. Le soir, quand je suis arrivé, la maison était remplie de gaz. J'ai essayé de les sauver tous les deux. Je trouve ignoble que l'on puisse m'accuser! » , conclut le prévenu.
Une affaire sensible, certainement la première de ce genre au tribunal correctionnel de Cayenne, qui a été mise en délibéré jusqu'à mardi prochain.