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JEUDI EN COULISSES

« On ne peut pas faire d'économie sur la sécurité »

G. R. Jeudi 24 mai 2018
« On ne peut pas faire d'économie sur la sécurité »
Une visite périodique au Family Plaza (1re catégorie) vendredi dernier. Les pompiers contrôlent l'état du système électrique, déclenchent l'alarme pour voir si elle fonctionne et comment le public réagit... (DR)

L'extincteur, c'est lui. L'alarme incendie, le mur coupe feu, le plan de gestion des foules, c'est lui. Mais qui est le lieutenant Joseph-Étienne Thérèse du service prévention des pompiers de Cayenne ? France-Guyane l'a rencontré pour ce premier épisode d'En coulisses chez les pompiers.

Travailleur de l'ombre dans son bureau climatisé du Larivot, le lieutenant Joseph-Étienne Thérèse est le « préventionniste » de l'arrondissement de Cayenne. Lui et son équipe sont chargés de l'analyse des risques, en premier lieu ceux liés aux incendies, de tous les bâtiments ou événements amenés à accueillir du public. « Le service de prévention est un organe de conseil en sécurité » , résume-t-il simplement. « Nous participons aux réunions techniques des projets de construction, à l'organisation des manifestations ponctuelles et nous effectuons une surveillance sur certains bâtiments, plus sensibles, classés en fonction de leur activité et de leur capacité d'accueil : locaux d'hébergement, grande surface, industrie à risque...
La mission du service prévention est essentielle pour garantir la sécurité des usagers des bâtiments publics, mais aussi privés, comme le centre commercial Family Plaza, à Matoury (voir photo) qui fait partie des bâtiments de première catégorie, celle qui nécessite le plus de contrôle. « Nous sommes trois pour assurer ces missions sur l'arrondissement de Cayenne. Un autre arrondissement existe à Saint-Laurent. Nous sommes en train de recruter pour doubler l'effectif. » Il existe pas moins de 2855 établissements recevant du public en Guyane, dont 517 ont été contrôlés, en 2017, par ces pompiers spécialisés. Et tout les avis ne sont pas favorables.
UNE PAROLE SAINTE
Pour les dossiers de construction, les préventionnistes participent aux études en amont du projet et donnent un avis, favorable ou non, en commission sécurité d'arrondissement. Cet avis délivré par les pompiers est couperet. Légalement, il doit être suivi sans que personne ne puisse se prononcer contre. C'est la seule commission dans laquelle le service prévention a une telle force de contrainte. Les avis des pompiers pour des événements ponctuels tels que des concerts ou un carnaval, ne sont que consultatifs. Il revient au maire ou à la préfecture, l'autorité qui doit garantir la sécurité, la tranquillité et la salubrité publiques, de prendre la décision de maintenir ou d'annuler la manifestation. « Mais notre parole est écoutée, presque religieusement » , précise fièrement Joseph-Étienne Thérèse.
Et pour cause, l'expertise qu'ils fournissent est pointue. « Nous donnons surtout le cadre réglementaire en matière de sécurité et de prévention des risques. Si vous voulez construire tel type de bâtiment alors il faut respecter cette norme au moment de la construction. Les architectes, les maîtres d'oeuvre viennent nous consulter sur la largeur des voies, des sorties, le système de sécurité à mettre en place, la formation du personnel d'accueil, la création d'un point d'eau pour d'éventuelles interventions. » Et des règles, il y en a « encore plus aujourd'hui avec les normes européennes qui peuvent contredire nos propres règlements » , ajoute le lieutenant, la main posée sur cinq codes qu'il vient de sortir d'un bureau. « Les points d'eau ou l'accessibilité » sont les deux éléments les plus souvent négligés ou oubliés par les exploitants, selon Joseph-Étienne Thérèse. « Ou la règle de stabilité au feu » , c'est-à-dire la capacité d'une structure à résister aux flammes suffisamment longtemps pour permettre une évacuation avant que le bâtiment ne s'écroule, « c'est une des premières choses que l'on regarde lorsqu'un dossier de construction arrive dans nos mains. »
« PAS D'ÉCONOMIE SUR LA SÉCURITÉ »
Une limite : les constructions illégales, qui présentent souvent un risque élevé d'incendie à cause « de la concentration des maisons, des matériaux utilisés, des raccordements électriques » , n'entrent pas dans le giron des préventionnistes. Joseph-Étienne Thérèse regrette aussi parfois le manque « de discipline » des commerçants qu'il contrôle. « Généralement, les erreurs sont faites dans les espaces de stockage des magasins, justement là où il y a des matières calorifiques pour un feu : papier, carton, consommables... La sécurité coûte chère, mais on ne peut pas en faire l'économie aujourd'hui » , est-il persuadé. Les contrôles des bâtiments les plus surveillés se font tous les 3 ou 5 ans. « Mais entre nos deux visites, il faut entretenir! »
Plus qu'un garde fou, le service prévention pose aussi les jalons de la responsabilité. Il amène l'exigence minimum a avoir en matière de sécurité. Si ce principe est bien respecté dans les lieux accueillant du public, le lieutenant des pompiers regrette l'amateurisme de certaines manifestations. « Nous ne sommes pas des élus ou la police. Notre expertise pour autoriser ou pas une manifestation est très neutre et se focalise sur la protection des personnes. J'invite les promoteurs d'événements à venir nous voir et ne pas avoir peur. Les dossiers sont censés nous parvenir en amont mais certains organisateurs ne le font pas et nous découvrons la manifestation. »
Et en terme de découvertes, Joseph-Étienne Thérèse n'est pas en reste. « Il faut régulièrement suivre des formations quand on est préventionniste. Les types de bâtiments et les matériaux évoluent donc le risque incendie aussi. » Un peu architecte, le lieutenant forme aussi les sapeurs-pompiers. « Être formé en prévention permet sur le terrain de reconnaître un mur coupe feu lors d'un incendie et par exemple de le protéger pour limiter la propagation des flammes. C'est une des choses que j'enseigne. » Une expertise qui l'a conduit jusqu'en Haïti, « juste après le tremblement de terre, en 2010 » .
« Une approche plus réaliste »
Depuis 2006, Joseph-Etienne Thérèse a vu évoluer la politique de prévention et de sécurité des autorités. « C'est bien plus basé sur une analyse du risque que sur une application bête est méchante des textes de loi. Les deux derniers gouvernements ont suspendu la commission de contrôle central (échelle nationale) et la commission de contrôle départemental pour se concentrer sur un échelon de proximité, l'arrondissement, qui prend mieux en compte à mes yeux les spécificités des territoires en matière de sécurité. Une commission peut durer une semaine sur le fleuve. »
BIO EXPRESS
Originaire d'Awala, Joseph-Étienne Thérèse, la cinquantaine, découvre l'univers de la prévention durant son service militaire, en 1981, où il se retrouve chez les sapeurs-pompiers de Kourou. Le virus l'attrape et il passe les concours pour devenir soldat du feu professionnel. Affecté au centre de secours de Saint-Laurent du Maroni, il y franchit tous les échelons jusqu'à devenir chef de centre. C'est alors que le lieutenant s'inscrit en 2006 à une formation de l'école nationale des officiers supérieurs des sapeurs-pompiers pour devenir préventionniste. Après avoir été adjoint à Cayenne, il est devenu chef du service prévention en décembre dernier.
(GR)

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1 commentaire

Vos commentaires

aucun 24.05.2018
félicitations !

félicitations pour ce parcours ! je pense que peu de gens réalisent la difficulté de ces cursus, excessivement "normatifs" pour lesquels il faut mémoriser des milliers de chiffres ! le métier de pompier est un métier ingrat, qu'il est bon de voir mis en avant ! bravo !

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