Mobilisation face à une justice en danger
Daniel SAINT-JEAN
France-Guyane
10.03.2010
Journée de mobilisation hier au palais de justice. Magistrats, fonctionnaires de justice et avocats se sont associés au mouvement national (D.St-J.)
Les magistrats, fonctionnaires et professionnels de la justice se sont mobilisés hier face aux difficultés qu'ils rencontrent localement et à leur inquiétude sur les évolutions récentes de la justice.
Alors que les premières images de la mobilisation des magistrats et professionnels de la justice de l'Hexagone sont diffusées par satellite, la journée débute normalement ce mardi au palais de justice de Cayenne. Il est 8 heures. La salle d'audience du tribunal correctionnel se remplit, les jurés regagnent la cour d'assises à l'étage.
Mais l'entrée du président d'audience Stéphane Rémy au tribunal correctionnel bouleverse les habitudes. Délégué local du syndicat de la magistrature, il annonce que les deux audiences de la journée seront renvoyées, les magistrats et fonctionnaires judiciaires guyanais s'associant au mouvement national. Avant le renvoi des affaires, le juge Rémy révèle « l'inquiétude face aux évolutions récentes de la justice et les perspectives de réformes » et la nécessité de s'unir « pour défendre une justice de qualité, égale pour tous, indépendante et dotée de moyens nécessaires à son action » . Des problèmes nationaux qui sont encore plus cruciaux en Guyane. Me Marcault-Derouard souligne sa solidarité avec le mouvement, d'autres avocats feront de même dans le courant de la journée. La majorité des affaires sont donc renvoyées au 22 juin.
Dans la salle des pas perdus, Serge Amaranthe, greffier du juge d'application des peines, dénonce les difficultés rencontrées par les fonctionnaires, faute de moyens : « Cela fonctionne grâce à la bonne volonté de chacun et à la tolérance des magistrats. On attend des décisions! Il y a urgence. Les justiciables doivent savoir puisque cela traîne! » Le stock d'affaires à traiter dépasse le volume d'une année. Des difficultés qui s'expliquent par le manque de personnel, mais aussi les locaux inadaptés : « On s'entasse dans des bureaux insalubres. Il y a un manque de sécurité. On a eu une semaine de panne informatique. « Sandrine Lejeune, du bureau d'exécutions des peines, précise que lors du dernier mouvement les fonctionnaires n'ont pas été rémunérés : » On nous a retiré des heures mais tout le travail a été fait dès notre reprise » . Et face aux annonces politiques, force est de constater que rien n'a changé : » On est dans la même m... »
Toute la journée au tribunal les discutions se poursuivent. La création de la cour d'appel ? « Une belle annonce » . Mais les moyens nécessaires seront-ils mis en place ? Un courrier des services de la garde des sceaux daté du 28 mai 2009 est rappelé : « Dans le cadre d'une mission de l'inspection générale des services judiciaires, il a été constaté que les conditions de travail et de vie au travail étaient particulièrement difficiles » . Une reconnaissance qui s'était traduite - « pour nous endormir » , souligne une fonctionnaire - par l'attribution d'une petite prime de 18% du 1er janvier au 31 décembre. Au 1er janvier 2010, elle n'a pas été reconduite. Pourtant, rien n'a changé.
- Précision
Dans le « 3 questions » au président Yves de França paru dans notre édition d'hier il fallait lire : « actuellement les 1 500 m2 du palais de justice accueillent 70 magistrats et fonctionnaires » et que « le parquet est sous l'autorité du ministère de la Justice » .