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Maripasoula : la maison du Parc amazonien construite avec du bois volé ?

Pierre ROSSOVICH Mardi 01 août 2017
Maripasoula : la maison du Parc amazonien construite avec du bois volé ?
« Des pirogues pleines de bois ont été vues en train de traverser le Maroni en provenance du Suriname et débarquer à Maripasoula » , révèle une source proche du dossier. (DR)

Le chantier de la maison du Parc amazonien à Maripasoula, fait parler de lui. Le bâtiment de 300 m2, qui doit accueillir une trentaine d'agents du Parc, serait construit avec du bois illégalement prélevé en Guyane ou au Suriname. Le chantier est à l'arrêt depuis juin.

Le bois utilisé pour construire les futurs bureaux du Parc amazonien de Guyane (Pag) à Maripasoula a-t-il été volé au Suriname ? C'est la question qui est actuellement sur toutes les lèvres dans le milieu du bois guyanais. Le chantier du bâtiment a démarré en septembre 2016. D'une superficie de 300 m2, il est destiné à accueillir sur deux étages les bureaux de la trentaine d'agents de la délégation du Maroni du Pag.
Le coût du projet s'élève à 1,4 millions d'euros. Rapidement après le début du chantier, le Parc, qui est maître d'ouvrage, demande à l'exploitant retenu le retour de l'Office national des forêts (ONF) sur la provenance du bois utilisé. Ce n'est pourtant que six mois plus tard que le Parc décidera de suspendre le chantier, n'ayant toujours pas obtenu la certification demandée. Sur place, les rumeurs vont bon train. Le bois proviendrait du Suriname, à 30 minutes de pirogue de Maripasoula. « Tout le monde le sait, mais personne ne dit rien » , répond une source proche du dossier. Des photos du trafic ont même été prises, et les gendarmes l'ont également constaté. Le procureur de la République a été alerté à ce sujet. C'est la société EcoBat, appartenant à l'ancien maire de Maripasoula et ancien conseiller général Antoine Abienso, qui a fourni le bois au chantier pour l'entreprise SMTG. Pour Grégory Nicolet, président de l'association interprofessionnelle Interprobois, les faits sont avérés. « Nous ne pouvons pas prouver d'où vient le bois, mais quoi qu'il arrive, celui utilisé sur ce chantier n'est pas conforme, puisqu'il n'a pas été acheté à l'ONF. Cela pose des problèmes de sécurité, d'exploitation et de concurrence » . Julien Panchout, directeur adjoint de l'ONF confirme : « Antoine Abienso a fourni près de 50m3 de bois scié au chantier du Parc, soit environ 120m3 de grumes. On se pose la question de sa provenance » . Joint par téléphone, Antoine Abienso affirme que le bois vient bien de Maripasoula. « Si on a des doutes sur l'origine du bois, il faudrait également en avoir sur celle du gravier, répond-t-il. Dans ce cas-là, toutes les constructions de Maripasoula sont illégales, y compris la mairie » .
CHANTIER À L'ARRÊT EN ATTENDANT L'AUTHENTIFICATION DU BOIS
Le règlement sur le bois de l'Union européenne impose depuis 2013 que chaque bois entrant dans l'UE soit garanti comme issu d'une coupe légale. Au Parc, on répond avoir pris des mesures dès avoir eu connaissance du problème. Gilles Kleitz, directeur du Pag, évoque « l'origine douteuse » du bois, provenant soit d'une parcelle ONF sans validation de celui-ci, soit d'une autre parcelle en Guyane ou au Suriname. Selon lui, l'exploitant aurait assuré au Parc que le bois utilisé proviendrait bien d'une parcelle ONF. Il s'étonne que ni l'ONF ni la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Daaf) n'ait verbalisé : « L'ONF ne délivre pas l'attestation d'authentification mais ne porte pas plainte » , regrette-t'il. « Le Parc est maître d'ouvrage, nous sommes en bout de chaîne. Nous avons demandé au maître d'oeuvre de mettre les choses au clair. En attendant, le chantier est à l'arrêt » . Ce chantier, qui devait durer 245 jours, a déjà pris trois mois et demi de retard.
Le chantier, situé à côté de la gendarmerie de Maripasoula, couvre une superficie de 300 m2 (DR)
PAS DE BOIS EXPLOITABLE À MARIPASOULA
Le Parc met également en avant les difficultés d'approvisionnement en bois normé à Maripasoula, plus grande commune de France dont la majorité du territoire est forestier. Depuis longtemps, on fait venir du bois du littoral pour les chantiers publics de la commune. Ce qui coûte deux fois plus cher. Les particuliers eux ne s'embarrassent pas de ces contraintes comme on peut l'imaginer. Une parcelle ONF existe bien à Maripasoula mais elle reste difficile d'accès. Le 25 juillet dernier, le préfet Martin Jaeger présidait une rencontre entre la 1ère vice-présidente de la Collectivité territoriale, Hélène Sirder, le directeur du Parc Amazonien, des élus de Maripasoula, des représentants de l'ONF et le sous-préfet de Guyane. Cette rencontre, qui n'a pas fait grand bruit, était officiellement destinée à « trouver des solutions concernant les difficultés d'approvisionnement en bois légal et local pour Maripasoula » . Des difficultés d'acheminement liées à l'impraticabilité de la piste Yaou, menant vers les zones boisées exploitables de la commune. L'ONF n'est pas mandaté pour y agir. À l'issue de cette réunion, le maire de Maripasoula Serge Aneli s'est engagé à attribuer une délégation de maîtrise d'ouvrage à l'ONF et à reprofiler la piste Yaou. D'aucuns pensent que cette réunion avait pour but « d'arranger politiquement le coup du chantier » .
LA MAISON DU PARC SERA DÉMONTÉE
En attendant, si la traçabilité du bois du chantier du Pag ne peut être présentée, le bâtiment ne sera pas assurable et les 50m3 déjà installés devront être démontés. Les professionnels du bois demandent eux un renforcement des contrôles des chantiers publics : « Le trafic se fait au vu et au su de tout le monde et depuis longtemps » , répond Marc Righes, vice-président d'Interprobois. Avec tout ce que l'on exige de nous, professionnels du bois en Guyane, ce genre de pratique est scandaleux » .
1 000 euros le mètre cube
Le prix du mètre cube de bois en Guyane est de 25 euros sur pied, comprenez non coupé. Une fois scié et traité, le prix avoisine les 1 000 euros le mètre cube.
Une nouvelle affaire au Suriname
L'équivalent de l'ONF au Suriname, le Stichting voor Bosbeheer en Bostoezicht (SBB), serait également au courant et pourrait être impliqué. L'organisme est vivement critiqué chez nos voisins suite à une affaire de corruption. En octobre 2015, le directeur du SBB a été licencié car accusé de détournements de fonds. Un nouveau scandale a explosé en avril, lorsqu'il a été prouvé que des agents du SBB laissaient passer sur leur secteur des camions chargés de bois illégalement coupé, contre rémunération. Enfin, il y a quelques semaines, une nouvelle affaire est sortie dans laquelle le SBB est accusé de distribuer illégalement des concessions à des entrepreneurs chinois. L'enjeu est de taille pour le Suriname qui risque de perdre sa place de « pays le plus vert au monde » .

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1 commentaire

Vos commentaires

fran973 02.08.2017
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Les dangers qui pèsent sur la forêt sont nombreux, la cupidité de l'homme en est le principal

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