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Les avocats de Polony plaident la négligence

P-Y. / S.B. / Photos : H.G. France-Guyane 21.01.2009

Le verdict sera rendu le 27 mars (HG)

L'avocat de Claude Polony, le ténor Me Philippe Edmond-Mariette a balayé les accusations pesant sur son client. Il privilégie l'infraction involontaire par négligence. Le verdict sera rendu le 27 mars.

Dans les procès où les avocats sont nombreux, l'ordre de leurs plaidoiries a toujours un sens. Ce fut le cas hier avec les cinq défenseurs de Claude Polony, de sa compagne, de son fils et de son cousin éloigné. Me François Gay débuta. A lui la tâche ardue de déblayer le terrain, d'aller chercher dans la jurisprudence les preuves de l'innocence de l'ancien maire. A lui les détails techniques sur le code des collectivités locales et celui des marchés publics pour fatiguer l'adversaire.
Mes Etienne Barrat (pour Berthelina John), José Lama (André Polony) et Robert Robeiri (Jean-René Polony) devaient poursuivre le travail de sape contre « une instruction mal faite et menée avec agressivité » . Restait à Me Philippe Edmond-Mariette, un ténor, à donner le coup de grâce à une accusation que les autres avaient mis groggy.
Tout y est passé. « Gorge profonde, comme Me Gay nomme l'ancienne directrice des services, a dénoncé certains conseillers municipaux, pas le maire » au sujet des bons de commande. Jean-René Polony, selon lui, « a fait faire des économies à la commune » en abattant du travail pour quatre auprès de son père, au centre socioculturel et à l'office de tourisme. « En plus, il travaillait la nuit, alors chipoter pour des heures supplémentaires... » Quant aux factures de Sada, Orion et compagnie, « Claude Polony ne faisait pas partie du système. La mairie de Roura n'était pas au courant de la réalité des flux commerciaux et des profits peut-être illicites qu'en tiraient ces sociétés. »
Plus tard, Me Philippe Edmond-Mariette enfonce le clou en démontant un à un les arguments du procureur Denis Kénette (lire ici). A demi-mot, il admet que l'ancien maire de Roura n'a pas toujours eu un comportement exemplaire : « Je suis profondément en désaccord avec certains actes lus dans le dossier. Est-ce que cela en fait un coupable au niveau pénal ? » , interroge-t-il.
Concernant l'accusation de prises illégales d'intérêts, notamment l'embauche de Berthelina John, sa compagne - ce que le procureur a qualifié de « fait du prince » - Me Philippe Edmond- Mariette entend faire profiter le tribunal de son expérience politique : « Concernant l'emploi de personnel de catégorie C, s'il n'y a pas de titulaire sortant d'une autre collectivité, et bien il nous arrive de choisir, parfois de façon très politique : on reçoit de petits mots de collègues, d'amis... A qui peut-on faire croire qu'on ne facilite pas ces situations ? » , estime l'avocat. Il indique que « le Code général des collectivités territoriales indique que le maire reste compétent pour recruter et nom-mer les personnels sur les municipaux » et que « douze personnes ont été titularisées cette année-là » . Me Philippe Edmond-Mariette glisse dans un registre émotionnel pour expliquer l'occupation de la maison communale louée à la compagne de Polony : « A cette époque, la relation avec Mme John prend une forme plus importante. Ils ont besoin de tranquillité, ils vont dans la maison. Claude Polony aurait pu faire appliquer l'article 432-12 et délibérer directement pour la location. Mais il a préféré la faire porter par Mme John » .
Pour Me Philippe Edmond-Mariette, comme pour l'avocat d'André Polony, Me José Lama, le travail de l'entreprise Clinic environnement était effectif, « ce que rappellent les témoins » . Et sur les sommes faramineuses des commandes passées dans l'Hexagone, l'avocat avance la négligence, saupoudrée d'un zeste de naïveté : « M. Polony a voulu aller vite, car on se rapprochait des élections. Il fallait désherber, tailler les arbustes... Il ne peut pas être au courant des profits énormes des entreprises de l'Hexagone. Mais Claude Polony a été négligent, il fallait qu'il dise « Stop » . Néanmoins, nous ne nous trouvons pas sur le terrain du détournement de fonds publics » .
En conclusion, Me Philippe Edmond-Mariette estime que le tribunal « ne peut entrer en voie de condamnation pour faux et usages de faux, prise illégale d'intérêts ni de détournements de fonds publics, car les éléments intentionnels font défaut » . Il estime que les faits relèvent d'une infraction involontaire, basée sur la négligence de son client, et il se réfère à l'article 432-16 du code pénal, qui prévoit un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.
- REPERES
- Parties civiles. Me Jean-Yves Marcault-Derouard a confirmé hier que les six élus plaignants se constituaient parties civiles. « Il y a leur nom en bas de certaines délibérations. Alors quand on dit que ce sont des faux, ils subissent bien un préjudice. » Il demande un euro de dommages et intérêts pour chacun.
 
- La commune. « L'endettement de Roura est énorme, même s'il n'est pas entièrement le fait de Claude Polony » , poursuit l'avocat des parties civiles. Il estime que les pratiques de l'ancien maire ont creusé le déficit. « Les enquêteurs ont démontré qu'elle a perdu 106 000 euros rien qu'avec les surfacturations. » Il demande 100 000 euros de provision sur de futurs dommages et intérêts.
 
- Un expert. Me Marcault-Derouard souhaite qu'un expert soit nommé pour compter précisément le préjudice que Claude Polony aurait fait subir à Roura. « Puisqu'on avait un expert en détournement, il nous faudra un expert en analyse. »
 
- Politique politicienne. Selon lui, ce ne sont pas les accusateurs qui ont fait de la politique politicienne en accusant l'ancien maire, mais lui-même. L'avocat a exhumé une écoute téléphonique qu'il a lue à l'audience. Un ami lui aurait dit cela : « J'ai demandé que les procès de Montsinéry et de Roura passent après les élections, sinon on ne pourra rien faire contre le PSG (Parti socialiste guyanais) et on sera affaibli à la CCCL (Communautés de communes du centre littoral). » Finalement, les deux anciens maires ont perdu aux élections.
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03 septembre 2010