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Léon Bertrand et neuf autres prévenus

Pierre-Yves CARLIER Mardi 25 juin 2013
Léon Bertrand et neuf autres prévenus

Si Léon Bertrand est au coeur du procès qui s'ouvrira après-demain à Fort-de-France, de nombreux protagonistes - politiques, fonctionnaires, entrepreneurs - apparaissent dans le dossier.

LÉON BERTRAND. Le maire de Saint-Laurent, président de la communauté de communes de l'Ouest guyanais (CCOG), sera au centre du procès qui s'ouvrira jeudi, au palais de justice de Fort-de-France (Martinique). Maire depuis 1983, il tentera certainement de se faire élire pour la sixième fois, en mars prochain. Le faîte de sa carrière politique arrive en 2002, alors qu'il a 51 ans. Jacques Chirac, dont il est proche, le nomme ministre délégué au Tourisme. Il le sera jusqu'en 2007. C'est à cette période où il était ministre que se seraient produits les faits de corruption passive et de favoritisme pour lesquels il sera jugé à partir d'après-demain.
GUY LE NAVENNEC. En tant que directeur de la Société d'économie mixte de l'Ouest guyanais (Senog), qualifiée de « pompe à fric du système Bertrand » , Guy Le Navennec était incontournable. Âgé de 68 ans, ce Breton connaît le maire de Saint-Laurent depuis la fin des années 1980 ou le début des années 1990. Son épouse a d'abord été mariée à Robert Bertrand, le frère de Léon Bertrand. Le maire de Saint-Laurent fait appel à lui en 1996 pour reprendre la Senog. Son salaire annuel atteint 250 000 euros, soit le tiers du budget de la structure, qui intervient alors dans tous les chantiers de la mairie de Saint-Laurent et de la CCOG. Le 15 novembre dernier, il a été placé en garde à vue pour s'être octroyé une prime de 872 000 euros à son départ à la retraite de la Senog, en 2010. Au procès qui s'ouvre jeudi, il sera jugé pour corruption passive et favoritisme.
MYRTHO FOWEL. Directeur financier de la CCOG, il disparaît le 20 juillet 2004, à 37 ans. Démarre une enquête qui révèle des détournements vers son compte en banque puis ce qui deviendra l'affaire Bertrand. Soupçonné d'être parti avec la caisse, il semble désormais évident aux enquêteurs qu'il a été éliminé parce qu'il en savait trop (notre édition d'hier).
AUGUSTIN TOSAH BE-NZA. Né en Centrafrique le 30 octobre 1959, il est recruté à la mairie de Saint-Laurent en 1995 et devient directeur des services de la CCOG en 1999. Quatre mois avant la disparition de Myrtho Fowel, il se fait recruter en urgence à Évreux (Eure). Décrit comme très proche du directeur financier aujourd'hui disparu, il révélera aux enquêteurs une bonne partie du fonctionnement de la CCOG et de la supposée corruption, pendant l'instruction. Il reviendra ensuite sur ses déclarations. Renvoyé pour corruption passive et favoritisme, sa position au procès est très attendue.
RICHARD CHEUNG-A-LONG. Neveu de Léon Bertrand, il décroche un BTS d'action commerciale en 1988, à Paris. Léon Bertrand, qui vient d'être élu député, l'embauche comme attaché parlementaire, à 21 ans. L'année suivante, il est chargé de créer la Senog. En 1993, il devient directeur de cabinet du maire de Saint-Laurent. En 2002, il le suit au ministère du Tourisme, il devient chef de cabinet. En affaires avec d'autres hommes politiques de troisième rang, il crée son agence Ouest Voyages, dont il touche 50 000 euros de dividendes par an. Tous les transports de la CCOG, la Senog et la mairie de Saint-Laurent, où il a des responsabilités, passent par son entreprise. Entre 2000 et 2009, cela représente deux millions d'euros. Il sera donc jugé pour prise illégale d'intérêt, en plus du favoritisme et de la corruption passive.
JEAN-PIERRE LASALARIÉ. Cet architecte est un sportif émérite. En 2007, il effectue la traversée de l'Atlantique, dans le cadre de la première édition de Rames-Guyane. Il est éliminé, pour ne pas avoir franchi la ligne d'arrivée au bon endroit, face à l'îlet La Mère. Élu à la mairie de Rémire-Montjoly en 2008, sur la liste de Jean Ganty, il a effectué son premier chantier avec la CCOG en 2002, pour la construction de son siège de Mana. Il a été sollicité par l'entrepreneur François Combelles. Il sera jugé pour favoritisme et recel de favoritisme.
FRANÇOIS COMBELLES. Âgé de 64 ans, installé à Macapá (Brésil), ce chef d'entreprise a souvent travaillé avec la CCOG. La construction du siège de Mana illustre, selon les enquêteurs, le fonctionnement de la collectivité. François Combelles introduit Jean-Pierre Lasalarié auprès de la CCOG. Celui-ci lance le chantier. La CCOG signe un acte d'engagement avec la société de François Combelles avant même que celui-ci n'ait déposé son offre. Jean Pradié, qui intervient aussi dans le chantier, lui demande de baisser son prix. Il accorde une remise de 5% et arrive, le 16 juillet, à un prix de 536 000 euros. Soit exactement le prix de l'acte d'engagement signé quinze jours plus tôt. Bref, selon les enquêteurs, tout était convenu d'avance. Pour bénéficier de cet avantage, il a reconnu avoir versé 35 000 euros à Augustin To-Sah. Il calcule avoir versé au total 500 189,17 euros de commissions aux responsables de la CCOG entre 1999 et 2008. Il sera jugé pour recel de favoritisme et corruption active.
JEAN PRADIÉ. Cet ingénieur de 77 ans a réalisé la préparation et le suivi des chantiers pour le compte de la CCOG, de 2002 à 2004, à travers sa société Bacotech. En tant qu'assistant à maîtrise d'ouvrage, il était idéalement placé pour orienter la CCOG dans ses choix d'entreprises. Des documents découverts dans ses bureaux ont montré que les entreprises étaient parfois choisies avant l'appel d'offres. Il s'est défendu en affirmant que c'est Augustin To-Sah qui lui imposait le nom des entreprises. Il sera jugé pour favoritisme, recel de favoritisme et corruption passive.
JACKY HILDENBRAND. Gérant de la société 3C Construction, il a obtenu la construction du centre multiservice de Maripasoula, alors que son offre était plus chère que celle d'un concurrent. Pour l'école d'Apatou, il présente une offre à 870 000 euros. Elle est ramenée à 776 000 euros, soit le montant fixé plusieurs mois plus tôt par Jean Pradié. Le chantier coûtera finalement 1,2 million. Il sera jugé pour recel de favoritisme et corruption active.
CHUNNY KATIDJO. L'ex-épouse de Jacky Hildenbrand était la gérante de droit de 3C Construction. Présentée comme la maîtresse de Myrtho Fowel, elle est soupçonnée d'avoir détourné de l'argent de l'entreprise au profit de sa famille et du directeur financier de la CCOG aujourd'hui disparu. Elle sera jugée pour recel de favoritisme et corruption active.
ABONGO ADAM. Ce chef d'entreprise multicasquette, né à Grand-Santi en 1963, est propriétaire d'une des principales pompes à essence d'Albina (Suriname) et dirige Maroni Transports et Liaison, Adam Abongo Orpailleur et Aliba Pasaa Tiki. Grand ami d'Augustin To-Sah, il a monté une société d'orpaillage avec le directeur de la CCOG. Selon le juge d'instruction, il a obtenu deux marchés de la CCOG avant la fin de la procédure d'appel d'offres, en étant tenu informé des conditions du marché. Par exemple, pour la construction de trois hangars, il a présenté une offre de 288 euros supérieure à l'estimation faite par l'architecte Jean-Pierre Lasalarié, sur un total de 569 000 euros. Pour la construction du centre multiservices de Papaïchton, son offre n'est supérieure que de six centimes à l'estimation de 777 793 euros! Il sera jugé pour recel de favoritisme et corruption active.
JAN DU. Le patron du Super U de Saint-Laurent, président de l'Association patronale de l'Ouest, avait été mis en examen pour recel de favoritisme et corruption active, dans les marchés de la pharmacie d'Apatou et pour l'installation de Super U dans un bâtiment de la CCOG. Le 4 décembre dernier, il a bénéficié d'un non-lieu. Pour son avocat Thibault de Montbrial : « Aucun élément du dossier ne laisse à penser que Monsieur Du aurait pu bénéficier de contreparties et qu'il ait pu être favorisé. »
JOSÉ FÉLIX. L'ancien directeur des services techniques de la CCOG est témoin assisté, dans cette affaire. À son poste, il assistait aux discussions dans le cadre des appels d'offres. Il en a décrit le fonctionnement aux enquêteurs. Seul François Combelles assure lui avoir versé une commission de 7 000 euros.
Dans notre édition de demain, le fond de l'affaire.

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