Le parquet général veut renvoyer Joseph Chanel en prison
Pierre-Yves CARLIER
France-Guyane
25.06.2009
En août, Joseph Chanel était arrivé à son procès entre deux gendarmes. Rejugé hier, il était libre. (photo d'archives)
L'ancien maire était jugé hier en appel. En août, il avait été condamné à dix mois de prison avec sursis pour complicité d'orpaillage clandestin. Verdict le 30 septembre.
Les derniers résultats aux européennes ont mis du baume au coeur de Joseph Chanel. L'ancien maire de Camopi n'a jamais caché sa proximité avec l'UMP. Marie-Luce Penchard a obtenu 80% des voix, avec 90% de participation. Un résultat inespéré après une année 2008 éprouvante pour lui. En mars, « vous avez été débarqué aux élections » , lui a rappelé hier une magistrate de la cour d'appel, lors de son second procès pour complicité d'orpaillage clandestin. « Battu » , l'a-t-il reprise. En août, il passait deux jours en garde à vue puis deux nuits en prison, avant d'être jugé pour avoir avoué qu'il emmenait de la nourriture aux garimpeiros. Il écopait de dix mois de prison avec sursis et 2 000 euros d'amende. Le parquet, qui avait demandé de la prison ferme, a fait appel. D'où le procès d'hier, dont le verdict sera rendu le 30 septembre. Les reproches faits à Joseph Chanel, on s'en souvient. Une nuit, des jeunes le surprennent dans une pirogue avec quatre sacs de riz et des cigarettes. En garde à vue, il avoue qu'il emmenait tout ça sur les placers illégaux de la Camopi. Il reconnaît le faire depuis dix mois, utiliser le moteur offert par Nicolas Sarkozy lors du lancement de Harpie et se jouer du barrage monté par la gendarmerie et la Légion sur la rivière en se prévalant de sa qualité de maire. Hier, il a maintenu avoir trafiqué pour deux raisons : « Je n'avais plus rien à bouffer » et « Malgré Harpie, l'orpaillage clandestin continue ; je voulais que l'État réagisse. » Son avocat Jean-Yves Marcault-Derouard, qui a plaidé la relaxe, a souligné que « rien, sauf la garde à vue, ne vient prouver qu'il a fait du transport illicite du temps où il était maire. » Il a rappelé qu'un frère du maire actuel René Monnerville est cité dans la procédure, sans avoir été interrogé pour autant, et que parmi les jeunes qui ont surpris Joseph Chanel, il y avait un beau-frère et un neveu de son adversaire politique : « Même à Camopi, on retombe dans la politique politicienne. » L'avocat général a fustigé « l'hypocrisie » de l'élu qui « y compris devant le président de la République, disait s'associer à la lutte contre l'orpaillage clandestin » . Il a requis de la prison ferme.