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Le dessin pour s'évader

Damien LANSADE Samedi 17 mai 2014
Les planches réalisées par les détenus au cours de la semaine seront exposées à partir de ce lundi, au Bar des palmistes (DL)

Pendant toute la semaine, l'auteur de bande dessinée Berthet One, ancien détenu originaire de Seine-Saint-Denis, animait un atelier au centre pénitentiaire de Rémire-Montjoly.

L'ambiance est légère, détendue. Les détenus sourient pour rien, prennent un air timide quand on jette un oeil par-dessus leur épaule. D'autres affichent une fierté un peu puérile en montrant leurs dessins. Difficile d'imaginer les circonstances qui ont pu mener chacun de ces hommes derrière les barreaux de la prison de Rémire.
Berthet One dégage la même impression. Un visage enfantin, de grands yeux brillants, un coin de la bouche toujours relevé en un demi-sourire. Pourtant, dans son regard, un détail retient l'attention. C'est l'oeil gauche, légèrement voilé, qui lui donne un air un peu canaille, l'aura d'un mec qui en a déjà trop vu.
LA MAUVAISE PENTE
Enfant de la cité des 4 000, à la Courneuve, Berthet a squatté les mêmes bancs que les rappeurs de NTM, graffé les mêmes murs que les dessinateurs des Lascars. Mais à l'époque, à ses yeux, ces gars-là n'ont pas plus d'avenir que les autres gamins de la cité. Les gangsters sont les seuls à se pavaner dans les grosses cylindrées, une jolie fille sur le siège passager. Berthet choisit sa voie, la mauvaise.
Puis vient, inévitablement, la chute. Jugé pour le braquage, en 2006, d'une bijouterie, Berthet écope de dix ans. En prison, il rentabilise sa peine, passe son bac, puis un BTS en communication et, souvent, dessine pour passer le temps.
DE LA PRISON À LA LUMIÈRE
Au centre de détention de Val-de-Reuil, un surveillant va remarquer son talent. Berthet a l'habitude qu'on le félicite pour ses dessins. Mais pour lui, l'argent et l'art n'ont jamais parlé le même langage. Le surveillant va pourtant le convaincre d'écrire une histoire de sa vie en prison. L'histoire deviendra par la suite un album, L'Évasion.
Sur les dix ans auxquels il a été condamné, Berthet n'en fera que cinq. À sa sortie, la bande dessinée lui permet de se réinsérer, son nom acquiert même une certaine notoriété.
Mais là-bas, restent les autres. Tous ceux qui sont toujours coincés entre les murs. Berthet ne peut se résoudre à les abandonner. L'association Macadam est créée pour aider à la réinsertion des détenus, grâce à l'art, au slam, à l'écriture et bien sûr, au dessin.
L'HOMME, MALGRÉ TOUT
Sur invitation de l'association SCTO, Berthet One atterrit en Guyane la semaine dernière. Toujours désireux d'organiser des activités pour ses détenus, le centre pénitentiaire de Rémire a tout de suite accepté. La SCTO s'occupe de l'organisation sur place, de la logistique. La fondation M6 prend en charge le reste.
Au cours de l'atelier, les participants ont chacun réalisé une planche qui raconte, en quelques cases, une partie de leur histoire. On se sent presque mal à l'aise en découvrant tant sincérité, tant de sensibilité derrière ces gueules tatouées. Cela signifie sans doute que Berthet aura réussi sa mission. Montrer le coeur derrière le coupable. Et l'homme, malgré tout.

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