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Un linceul verdoyant sur une terre de douleur

G. H. France-Guyane 19.04.2010

(HG)

Les lieux de la catastrophe sont aujourd'hui délaissés et la végétation reprend ses droits, comme pour cacher avec pudeur le lieu du drame qui a coûté la vie à dix Guyanais.

À l'embranchement de l'ancienne RN3, des camions se meuvent en marche arrière. Les chauffeurs prennent le soin de n'effleurer aucun cône pour ne pas décevoir l'inspecteur. Cent mètres plus loin, les motards se prêtent à des exercices du même type. Ils sont en bout de piste. Cette portion de route est maintenant le centre d'entraînement et d'examen de permis de conduire pour les catégories poids lourd et moto. En fait, c'est un cul-de-sac. Le bitume se poursuit, mais un talus de terre empêche l'accès à tout véhicule. Et pour cause, la route est impraticable et fermée depuis le 19 avril 2000. Dix ans, déjà une décennie qu'un flanc du mont Cabassou s'est effondré sur la route et l'usine de la Cilama. En quelques secondes, 300 000 m3 se sont abattus sur dix vies humaines. En bravant l'interdit, le bitume est bien conservé, le marquage au sol est intact. Une centaine de mètres plus loin, une flèche indique aux voitures en dépassement qu'il faut se rabattre. C'est l'entrée de l'ancienne usine de la Cilama. Un layon laisse deviner le passage à travers les herbes montantes. Rapidement, les vestiges de l'usine apparaissent. La partie qui fait face à la route est envahie par la végétation. Le reste de terre se laisse peu à peu recouvrir par une épaisse broussaille riche en épines.
La charpente métallique est encore debout. Les feuilles de tôle qui y sont encore pendent dans le vide. Sur le sol, des bouchons de yaourt en bouteille, des emballages. Quelques pièces métalliques gisent sur le sol, en mémoire d'une gloire passée. Le tout est noir, calciné. Après avoir été pillés, les restes de l'usine ont été brûlés par des mains peu attentionnées.
Marche arrière, retour vers la route. La broussaille est partout, omniprésente. Elle ne laisse même pas deviner la croix qui avait été installée par la municipalité de Rémire-Montjoly en souvenir de la catastrophe et des victimes qu'elle a causé... À croire que le souvenir disparaît.
De l'autre côté de la chaussée, des pieds de bambou laissent deviner le tracé initial de la crique qui prend sa source dans la montagne. Juste à côté, le relief est immédiat. La terre déposée là il y a dix ans est encore en place. Un tracé compact laisse supposer un chemin fréquenté. Les chasseurs ont l'habitude de venir traquer les agoutis sur la colline. En suivant le layon, l'ascension est rapide et les bambous se laissent vite surplomber. Au bout de quelques minutes, l'ascension est freinée, le layon bifurque. Nous sommes au pied de la falaise, sur la faille qui s'est ouverte dix ans plus tôt, en laissant s'écrouler les 300 000 m3 de terre. Comme pour faire un pied de nez à ce drame, un flamboyant se dresse peu à peu au bas de la falaise. Il grandit lentement et sereinement, un peu pour montrer que la vie existe encore après une catastrophe...
L'usine de la Cilama, tombée dans l'abandon, se fait envahir par la nature. Le MDES a érigé une stèle en mémoire des victimes sur le site. Une cérémonie de recueillement a lieu cet après-midi (HG)L'usine de la Cilama, tombée dans l'abandon, se fait envahir par la nature. Le MDES a érigé une stèle en mémoire des victimes sur le site. Une cérémonie de recueillement a lieu cet après-midi (HG)
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21 mai 2012