Catastrophe de Cabassou, 10 ans après
« On disait que la montagne était vivante »
Gauthier HORTH
France-Guyane
19.04.2010
Bernard Boullanger n'avait qu'une seule chose en tête : reconstruire l'usine. Un projet qu'il a finalisé en 2003. La plupart des anciens employés de la Cilama y travaille aujourd'hui.
Placée en contrebas du mont Cabassou, l'usine de la Cilama a été frappée de plein fouet. Six employés sont morts pendant leur service. Depuis ce jour, la Cilama n'a plus jamais produit une boîte de yaourt ou un jus de fruit. L'ancien directeur, Bernard Boullanger, a dû faire face à ce terrible drame.
« C'était l'heure d'approvisionnement des camions. J'étais parti chercher des clés et à mon retour, je me suis trouvé face à cette catastrophe qui venait juste d'arriver » . Bernard Boullanger revit cet instant avec émotion. À l'époque, il était le directeur de la Cilama. Créée en 1990 par le groupe Despointes, la Cilama comptait alors plus d'une quarantaine de salariés. Dans son usine placée au pied du mont Cabassou, en bordure de la RN3, la Cilama fabriquait des jus, des yaourts et des glaces. « Nous nous sommes regroupés derrière l'usine, pour nous compter » , poursuit Bernard Boullanger. Six manquaient à l'appel. « C'était irréel! Nous avons passé toutes nos journées et nos nuits à se frayer des chemins pour tenter de débloquer les collègues dans les chambres froides. Jusqu'au dernier moment, nous étions persuadés qu'ils étaient encore vivants » , témoigne l'ancien directeur de la Cilama.
Une montagne « vivante »
Bernard Boullanger visite le site de l'usine Cilama. Cela fait neuf ans qu'il n'y avait plus mis les pieds. Des morceaux de tôle oxydés de multiples pièces calcinées des étiquettes de yaourts quelques bouteilles et des bouchons ; c'est tout ce qui reste de l'usine. Pas à pas il s'arrête et fixe des yeux un objet un endroit. Les yeux remplis de souvenirs l'ancien directeur a le pas tremblant ; la voix également.
« On disait que la montagne était vivante parce que des roches apparaissaient tout le temps dans le virage. Elles ne provenaient pas forcément d'éboulement mais elles surgissaient à la surface. » Bernard Boullanger s'en souvient parfaitement mais ne sait pas si la source a été bouchée. « Je me souviens que les gens venaient laver leur voiture dans la crique. Je n'ai pas fait attention et je n'ai pas vu si l'eau s'était arrêtée de couler à un moment. Personne ne savait que la montagne allait tomber » .
La volonté de reconstruire
Une fois les corps retrouvés, les démarches administratives effectuées, Bernard Boullanger affichait un objectif clair : « Ma seule volonté était de reconstruire l'usine. Lorsque les actionnaires m'ont dit qu'ils ne comptaient pas le faire, j'ai racheté les actifs de la Cilama et j'ai reconstruit une usine à Matiti, la Solam. Depuis 2003, nous avons repris la fabrication des jus et des yaourts. La plupart des salariés de la Cilama travaille encore avec nous à la Solam » , annonce-t-il. Les palettes de jus et de yaourts sortent chaque jour de l'usine de la Solam, située à Macouria.
Le « noyau dur » de la Cilama y travaille encore, sans jamais oublier le drame qui les a frappés et amputé leur équipe de six des leurs.