Catastrophe de Cabassou, 10 ans après
« Le glissement de terrain était prévisible »
K.A.
France-Guyane
19.04.2010
Deux experts nommés par un juge d'instruction de Cayenne sont arrivés à cette conclusion. Ils expliquent que des signes avant-coureurs avaient été constatés au moins quatre jours avant le drame. Et portés à la connaissance de la DDE.
Quelques mois après l'éboulement, un juge d'instruction de Cayenne a nommé deux experts, Francis Bardot et Roberto Bertilotti, pour comprendre le déroulement de ce drame.
Rendue début octobre de cette même année, l'expertise est accablante. « Le glissement de terrain était bien prévisible à court terme, puisqu'il s'agit de la répétition de celui s'étant produit en 1989 avec des conditions climatiques comparables, et des signes précurseurs s'étaient manifesté quatre jours avant la catastrophe. On notera que ces signes avaient été portés à la connaissance de la DDE qui avait même effectué des travaux de réparation et de nivellement des bas-côtés totalement inadaptés au problème » , expliquent les experts. Suite à une réunion au mois de juin 1994, le directeur départemental de l'Équipement de l'époque, dans un courrier à l'adresse au préfet, explique que « le volume en mouvement est beaucoup plus considérable. Le glissement a été vraisemblablement ralenti par la mise en oeuvre de drains posés en pied de talus et constitués par des gabions. Il se poursuit pourtant lentement en déformant la chaussée qui devra être reprise périodiquement » . D'ailleurs les experts évoquent parmi les causes possibles de cette catastrophe, des « travaux de drainage inefficaces et/ou mal entretenus » . Une inefficacité « due essentiellement au mauvais choix initial des matériaux mis en oeuvre et du projet qui a simplement retardé la survenance du glissement » .
Le glissement de terrain, poursuivent-ils, « est dû à diverses interventions humaines qui ont provoqué la rupture de l'équilibre naturel du versant » . Puis les précipitations particulièrement intenses du 14 au 19 avril, voire exceptionnelles les 13 et 14 avril, ne sont pas étrangères au drame. « Cependant, on retrouve des épisodes pluvieux exceptionnels auparavant, soulignent Bardot et Bertilotti. Avant la création de la route, ils n'entraînaient pas de glissement majeur. Après 1971, on constate deux épisodes comparables : 1976 et 1989 » . Celui de 1989 « a nécessité des travaux de stabilisation d'abord en 1990 et 1991 puis à nouveau en 1993. Depuis cette date, le mouvement continuait à évoluer en partie inférieure, nécessitant un décapage fréquent de la chaussée et probablement aussi plus haut dans le versant, mais l'instrumentalisation mise en place en 1989, qui aurait permis de le déceler et de le mesurer, ne paraît pas avoir été surveillée » .
Les deux hommes estiment qu'une surveillance continue du site était nécessaire. « Quelques heures avant le glissement de terrain, le BRGM et la DDE, alertés par les signes précurseurs rapportés par plusieurs témoins, ont visité le site et constaté des fissures qui auraient dû attirer leur attention. La DDE aurait pu alors arrêter la circulation ou demander au préfet de l'arrêter à titre de précaution » .
On parle de la mise en place d'une surveillance permanente d'urgence à partir des constatations du 15 avril au soir.
Le directeur de la DDE, dans une lettre de fin juin 1994 adressée au préfet, avait écrit en guise de conclusion « qu'il ne serait pas sain d'échafauder en la circonstance des scénarios catastrophiques. Il s'agit à mes yeux d'incidents sérieux qu'il faut savoir surveiller et contrôler mais assurément pas d'événements majeurs nécessitant une mobilisation massive » . Six ans plus tard...