Texte
imprimer envoyer l'article commentaires (0) fils RSS partager Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn

Catastrophe de Cabassou, 10 ans après

Famille Dorlipo, entre amertume et fatalisme

G. H. France-Guyane 19.04.2010

Véronique, Franck, Thierry et sa fille Julie, Miria Dorlipo et son compagnon Paul Azor. 10 ans après la catastrophe, la famille continue de soigner ses plaies (HG)

Étienne Dorlipo et sa fille Christelle passaient en voiture sur la RN3 au moment où la montagne s'est effondrée. Dix ans après leur décès, la famille entretient le souvenir et soigne ses blessures, alors que l'affaire judiciaire est toujours au point mort.

« Quelque chose n'allait pas, ma mère l'a ressenti très tôt » . Dix ans se sont écoulés, et pourtant, Miria Dorlipo se souvient de cette journée du 19 avril 2000 « comme si c'était hier » . Assis autour d'une table, sur la terrasse, Miria et quelques-uns de ses frères et soeurs se souviennent de cet après-midi du 19 avril 2000 dans les détails. Dans la catastrophe, ils ont perdu leur père et une de leur soeur. « Comme tout le monde, nous avons entendu très tôt que la montagne était tombée, explique Thierry. Moi-même, je suis allé par curiosité au pied de la montagne et les policiers ne m'ont pas laissé passer. Mais à cet instant-là, je ne me doutais pas que mon père et ma soeur étaient dessous » .
Plus qu'un père, un pilier
Les enfants d'Étienne ont su se résigner à la réalité du destin. « Nous étions onze enfants, nous sommes maintenant dix. Nous avions une soeur qui habitait Cayenne. Elle a proposé à mon père de déjeuner chez elle. Mais il était pressé de rentrer chez lui pour assister à la finale de l'UEFA » , ajoute Miria. « L'Arsenal a perdu » , préciseThierry.
« Notre père sortait du travail. Il était allé récupérer ma soeur pour la ramener à la maison familiale, à Rémire » . Plus le temps passait, plus l'inquiétude grandissait dans la maison Dorlipo. « À 16 heures, ils n'étaient toujours pas de retour. Nous avons compris qu'ils étaient vraiment prisonniers sous la terre. Mais nous avions toujours espoir de les revoir vivants » , poursuit Véronique. Pendant quatre journées et nuits interminables, les Dorlipo ont gardé l'espoir de retrouver les leurs. Le sujet n'est pas tabou et on en parle franchement dans la famille. « Ce n'est que maintenant que nous commençons à guérir réellement » , poursuit Véronique.
« Nous avons traversé des moments très difficiles, sur le plan familial d'abord. Notre père était le pilier de la famille, il était le trait d'union entre toutes les composantes de notre famille. Alors, forcément, son absence a beaucoup pesé » . Et Miria ajoute : « Ceux qui en ont le plus souffert, ce sont nos deux plus jeunes frères. L'un avait 19, l'autre 17 ans. Ça n'a pas été facile pour eux d'affronter les premiers moments de leur vie d'adulte sans le modèle qu'était notre père » .
Un étau qui se resserre
La catastrophe était déjà difficile à vivre, la suite l'a été tout autant. « Dès les premiers jours, nous avons pris part à la lutte engagée par les familles des autres victimes, et nous nous sommes constitués partie civile » . En abordant la question judiciaire, les visages se ferment. « Nous avons vraiment été traités avec mépris, lâchent les enfants d'Étienne Dorlipo. À chaque fois, il nous fallait payer pour nous constituer partie civile. Lorsque l'affaire a été dépaysée, il nous fallait payer les billets d'avion en plus des frais de justice » .
Dix ans après, les Dorlipo sont déçus. « Les preuves ont été établies par les experts et nous pensions que la justice aurait rapidement établi les responsabilités dans cette affaire. En fait, très vite, nous avons eu l'impression qu'un étau se resserrait sur nous. Jusqu'à aujourd'hui, il ne s'est rien passé, constate Franck. Mais notre avocat nous avait prévenus qu'on ne gagne pas si facilement un procès contre l'État. » Comme pour rallumer une flamme optimiste dans le débat, Thierry reprend : « Heureusement, nous avons bénéficié d'une grande solidarité de la part du peuple guyanais. C'est ce qui nous a permis de tenir le coup » .
« Désormais, notre patronyme est associé à la catastrophe de Cabassou. C'est pénible de voir que partout où je vais, on me demande si c'est mon père qui est mort lors de la catastrophe » , regrette Julie, la fille de Thierry. Elle a maintenant dix-huit ans. Elle en avait huit en 2000. Elle a vécu le drame comme une enfant, elle s'en souvient maintenant comme une adulte. Elle évoque le souvenir de son grand-père avec émotion, mais surtout avec sérénité. Toute la famille s'accorde à dire que la justice refusera toujours de trancher dans cette affaire. Il ne leur reste plus qu'une chose : « Continuer à se battre en regardant vers l'avenir » .
- Une messe sera célébrée en mémoire des victimes de Cabassou samedi 24 avril à l'église de la cité Grant à 18 h 30.
Texte
imprimer envoyer l'article commentaires (0) fils RSS partager Partager sur Facebook Partager sur Twitter Partager sur LinkedIn
Réagissez à cet article

Pas encore inscrit(e)? => Inscription express
Suivez nous également sur :
suivez France Guyane sur Facebook suivez France Guyane sur Twitter suivez France Guyane sur MSN Messenger

Newsletter :

Météo

21 mai 2012