Catastrophe de Cabassou, 10 ans après
Eddy Hardjo-Pawiro : « Rien n'est oublié! »
K.A.
France-Guyane
19.04.2010
Le MDES organise un rassemblement en hommage aux victimes aujourd'hui à 17 heures. Entretien avec Eddy Hardjo-Pawiro, du mouvement.
Existe-t-il un sentiment de frustration 10 ans après le drame ?
Le sentiment de frustration existe dans la mesure où la décision de justice a été un non-lieu. C'est-à-dire que la responsabilité humaine a été écartée, celle du préfet, du directeur du BRGM et de l'Équipement de l'époque. La catastrophe de Cabassou a été jugée comme un phénomène naturel, alors que les familles des victimes, les riverains, les habitants de la Guyane et les membres du collectif contre la fermeture de la RN 3 savent que le phénomène était prévisible, prévu, et que les autorités concernées n'ont pas appliqué le principe de précaution. Les rapports des experts indépendants mandatés dans le cadre de l'instruction sont sans appel quant à la responsabilité des services de l'État, documents à l'appui car les risques étaient connus et évalués depuis longtemps. Rappelons qu'à 11 heures, le jour de la catastrophe, des experts étaient présents sur le site. Le glissement mortel a eu lieu 2 h 30 après, à 13 h 45. Des rescapés de la DDE qui travaillaient ce jour-là n'ont jamais été entendus par la justice française, alors qu'ils avaient alerté sur les signes avant-coureurs qu'ils avaient eux-mêmes observés. De plus l'État français a refusé de déblayer la route, comme après toute catastrophe.
Comment expliquez-vous que le MDES a été le mouvement à avoir lutté pour la mémoire des Guyanais morts à Cabassou ?
Plusieurs éléments sont à prendre en compte : le MDES a une section active à Rémire-Montjoly. Son secrétaire général Maurice Pindard est résident de la commune et fut conseiller municipal en 2001, un an après les faits. Le MDES est un mouvement de lutte et a pris l'initiative de la création d'un collectif pour le déblaiement et la réouverture de la route. Le MDES est un mouvement pour la décolonisation et l'émancipation : il fallait mettre en relief les responsabilités de l'État français dans cette catastrophe annoncée et honorer la mémoire des victimes. Ce combat, comme d'autres que nous initions régulièrement, correspond à la ligne et à la pratique du MDES. Dans une ambiance de déresponsabilisation et d'aliénation, le MDES se démarque par sa nature et ses actions. Le MDES a été la seule organisation politique a s'être portée partie civile aux côtés des familles.
On a l'impression que dix ans après, tout est déjà oublié ?
Ce n'est qu'une impression que peuvent avoir ceux qui n'approfondissent pas la question. En effet cela fait dix ans que le MDES commémore la mémoire des dix disparus et des éventuels autres. Ayant sollicité en vain les différentes collectivités pour établir un lieu de mémoire sur le site, nous avons pris la décision d'ériger une stèle sur les lieux du drame. Nous avons édité une brochure qui est en ligne sur notre site internet depuis 2006 et qui relate, éléments du dossier judiciaire à l'appui, l'annonce de la catastrophe. Et nous savons que beaucoup de Guyanais n'ont pas oublié ce drame au point que l'affaire ait été remise dans les mémoires lors de la fermeture du pont du Larivot. Le préfet a été obligé de l'évoquer malgré lui. Le MDES organise aujourd'hui, à 17 heures un moment de recueillement oecuménique avec dépôt de gerbes pour les 10 ans et les 10 morts connus de cette grave catastrophe. Vous voyez, rien n'est oublié!