À 92 ans, « Manman Cette » Héder a rejoint Léopold
G.A.
France-Guyane
02.09.2010
Nicette et Léopold Héder, il y a une cinquantaine d'années.
Nicette Bathélémi-Héder est décédée dans la nuit de mardi à mercredi, des suites d'une maladie auto-immune. Sa fille unique, Josseline Héder-Mormont, dresse son portrait : l'histoire d'une femme de caractère, aimante et très aimée, toujours dévouée et coquette jusqu'à ses derniers jours...
C'est l'histoire d'une belle et grande famille qui vient de perdre sa doyenne. Hier matin, la Guyane s'est réveillée orpheline de l'une des mémoires les plus riches de son patrimoine, en apprenant le décès de celle qui a été la seule et unique épouse du grand Léopold Héder. « Manman Cette » , comme l'appelaient ses arrières petits-enfants, mais aussi ses amis, s'est éteinte à l'hôpital de Cayenne, dans la nuit de mardi à mercredi. « Son état s'était dégradé depuis plusieurs années. Et on a dû l'hospitaliser il y a deux semaines » , explique sa fille unique, Josseline Héder-Mormont. « Ce n'était pas la première fois, donc j'ai pensé qu'elle sortirait bientôt. »
Mais Nicette ne reviendra jamais dans sa maison de Bourda. Là ou se retrouvaient souvent les membres de la famille. « Il y avait trois générations à table, et maman aimait beaucoup raconter l'histoire de la famille. C'était important pour elle de faire part de son patrimoine affectif. » Il faut dire qu'elle en avait des choses à raconter... L'épouse de l'ancien député de la Guyane « ne passait pas inaperçue » . « Tout le monde l'aimait. Et même si elle avait un vrai côté bourgeois, reconnaît Josseline, les yeux perdus dans ses souvenirs, elle était aussi très proche du peuple, toujours là pour rendre service. »
« Elle le trouvait un peu prétentieux sur son vélo »
Nicette Barthélémi a épousé Léopold Héder en 1941. Tous deux avaient 23 ans. Et comme le raconte le fruit de leur amour, « c'est papa qui est venu lui faire la cour dans la maison familiale. Il fallait demander, il n'était pas question de l'emmener quelque part. À l'époque, c'était assez strict. En plus, elle était issue d'une famille bourgeoise. Et lui, qui était alors instituteur, l'avait remarquée alors qu'elle se promenait en famille. D'ailleurs, elle le trouvait un peu prétentieux sur son vélo! » On connaît la suite. Nicette restera aux côtés de Léopold jusqu'à sa mort, le 9 juin 1978. « C'était une épouse à l'ancienne, extrêmement dévouée. Elle le suivait partout, parfois même au péril de leurs vies. Comme lorsqu'ils ont failli y rester en se rendant une fois à Ouanary en pirogue. »
À la mort de son époux, Nicette a évidemment eu du mal à s'en remettre. « Cela l'a rendue beaucoup plus indépendante. Elle est devenue une vraie femme de caractère » , analyse Josseline, avec un peu de recul. « Ce qu'elle voulait, elle l'obtenait. Elle avait aussi un vrai franc-parler, ce qui déplaisait parfois. Elle a toujours dit ce qu'elle pensait. »
« Un modèle de beauté »
Mais les valeurs et la bonne éducation apportées par sa famille sont toujours restées. Des valeurs qu'elle s'est efforcée de transmettre à ses petits et arrières petits-enfants, jusqu'à la fin de ses jours. « Lorsqu'elle jouait aux petits chevaux avec eux, il valait mieux ne pas tricher et sauter des cases, sinon elle se fâchait. Ça nous faisait beaucoup rire. » En revanche, ce qui ne faisait pas rire Nicette, c'était son âge. « J'ai un esprit de 20 ans dans un corps de personne âgée » , aimait-elle à répéter. Elle qui était « un modèle de beauté, avec son petit nez retroussé, ses chaussures et ses bijoux toujours bien assortis. »
Aujourd'hui, c'est toute la Guyane qui est en deuil. Les Amis de Bourda, avec qui « elle organisait des fêtes mémorables » , ou les riverains de Montabo, qui l'ont connue dans les années 70 lorsqu'elle y tenait la station-service, avant de devenir plus tard conseillère municipale. Et surtout, la famille : « Les petits-enfants ont été très affectés, comme tout le monde. Moi, j'ai encore du mal à réaliser » , commente Josseline, qui, quelques heures après l'annonce de la mauvaise nouvelle, a senti qu'un « poids » venait de lui « tomber sur les épaules, comme une responsabilité » . Celle de transmettre à son tour l'histoire de cette belle et grande famille.
« Manman Nette » , le jour de ses 89 ans, entourée de sa famille, et notamment sa fille, Josseline Héder-Mormont, tout à droite (DR)