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Une utilisation des produits phytos en baisse en Guyane

A.G. Mardi 27 juin 2017
Une utilisation des produits phytos en baisse en Guyane
Démonstration de machinisme : broyeur-mulcheur (DR)

L'utilisation des produits phytosanitaires serait en baisse en Guyane. C'est en tout cas la conclusion formulée par une étude conduite par la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Daaf) publiée au début de l'année. Afin d'avoir un point de vue global, la chambre d'agriculture a accepté de faire le point sur son programme Écophyto.

Le 30 janvier, la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Daaf) de Guyane publie les résultats d'une étude sur les résidus de produits phytosanitaires sur les fruits et légumes de Guyane. En 2016, 100 prélèvements ont été réalisés, dont 23 spécifiquement sur les bananes (lire encadré). Ces prélèvements ont été réalisés à 61% sur des produits prêts à être commercialisés et à 39% du niveau de la commercialisation : marchés, grandes surfaces, etc. Il apparaît que sur les 77 prélèvements concernant différents fruits et légumes, 53 ne présentent aucune trace de résidus détectables (1). Seulement deux dépassent la limite maximum de résidu (LMR). La Daaf explique que les résultats de cette enquête montrent que les résidus sur les produits guyanais sont donc moins fréquents et moins nombreux que sur les produits cultivés en Europe. Il apparaît dans l'étude que certains fruits et légumes ont été davantage testés, comme les concombres ou l'ananas. C'est, selon la Daaf, une question de représentativité. « Les quantités récoltées et le type de production fondent les différences du nombre de prélèvements. » La question de la représentativité de l'échantillon se pose également puisque l'enquête se concentre, pour la moitié des prélèvements sur trois zones : Cacao, Macouria et Javouhey. En parallèle, l'enquête « Novembre vert » , réalisée en 2015 sur un échantillon de 732 agriculteurs affiliés à la MSA afin de faire le point sur la santé des agriculteurs, montre que la prévalence des symptômes liés à l'utilisation des produits phytos dans la population agricole guyanaise est la plus élevé (environ 60%) dans les régions de Saint-Laurent du Maroni et de Kourou. Mais comme l'explique la Daaf, « l'étude réalisée a été conçue pour être représentative à l'échelle de la Guyane. Malheureusement, pour pouvoir faire une analyse fiable par région ou par type de production, le nombre de prélèvements à réaliser aurait été beaucoup plus important. On ne peut donc pas faire une interprétation par zone des résultats mais nous n'avons pas constaté de différences particulières ni dans les résultats d'analyse ni dans les contrôles effectués. »
UNE PRÉVALENCE DE SYMPTÔMES LIÉS AUX PHYTOS INQUIÉTANTE
Le nombre de mise en évidence de produits phytosanitaires lors des contrôles de la Daaf est à la baisse depuis 2012, date à laquelle ont été faits les premiers relevés.
Ces résultats témoigneraient donc d'une baisse ou d'une meilleure utilisation des produits phytosanitaires par les agriculteurs. Bien qu'aucun indicateur de fréquence de traitement des produits n'existe en Guyane, le rapport « Novembre vert » permet quelques éclairages. Selon lui, 58,8% des agriculteurs utiliseraient des pesticides et 44% en auraient ressenti des symptômes. Thibault Guinguand, animateur Écophyto à la chambre d'agriculture (CA), explique que « 40% des agriculteurs n'utilisent pas de produits phytos. Par rapport à la métropole, c'est assez exceptionnel. Au niveau des symptômes, c'est inquiétant mais il faut prendre en compte le fait que les agriculteurs en Guyane utilisent des pulvérisateurs à dos et les combinaisons spécifiques pour les protéger ne sont pas adaptées. En métropole, ce sont de grosses exploitations, ils ont des machines et ne sont pas au contact du produit. » Selon la Daaf, le rapport « Novembre vert » , comparé à l'analytique de l'étude sur les phytosanitaires, laisse penser que les agriculteurs connaissent et appliquent mieux les consignes destinées à protéger les consommateurs qu'à les protéger eux-mêmes.
DES ENTRAVES À LA FORMATION POUR LES AGRICULTEURS
C'est notamment au travers du plan Écophyto, porté par la chambre d'agriculture que les agriculteurs peuvent se former. Ce plan vise à réduire progressivement l'utilisation des produits phytosanitaires. Au 31 décembre 2016, environ 893 certiphytos (lire l'interview de Thibault Guinguand) ont été délivrés aux agriculteurs. Par rapport aux 6 000 agriculteurs de Guyane, c'est peu. « Il s'avère que ceux qui ne cotisent pas à la MSA doivent débourser 300 euros de leur poche pour passer cette formation. Hors, beaucoup d'agriculteurs ne sont pas affiliés, notamment ceux qui font de l'abattis. Je crois que seulement 1 500 cotisent à la MSA, explique le président de la CA, Albert Siong. Normalement, dans un pays comme la Guyane, tous les agriculteurs devraient être formés pour acheter les produits mais avec les frontières, les agriculteurs non diplômés peuvent acheter de l'autre côté. Et les produits amateurs, qui peuvent suffire pour un abattis, sont toujours en commercialisation, bien que gardés sous clé et conseillés par un vendeur certiphyto. » Et ce qu'espère Albert Siong, avec l'interdiction en 2019 de la commercialisation et de la détention de pesticides chimiques par les particuliers, c'est que ces agriculteurs non formés se tournent vers la formation, et non pas vers les produits illégaux.
(1) Chaque analyse a une certaine sensibilité et se caractérise par sa limite de détection, c'est-à-dire la quantité la plus basse de molécule qu'elle permet de mettre en évidence. Donc quand on affiche un résultat d'analyse négatif, cela veut dire qu'on est sûr que la molécule est soit absente complètement, soit en quantité inférieure à cette limite.
ET AUSSI
- Les bananes et l'éthéphon
Sur les 22 prélèvements effectués, cinq ont été réalisés en exploitation et se sont révélés conformes. Sur les 17 autres réalisés au niveau de la commercialisation, sept ont présenté des traces d'ethéphon dans des quantités supérieures à la LMR. L'ethéphon est une molécule non autorisée sur les bananes mais qui est autorisée sur l'ananas. « Les utilisateurs, pour la plupart mal informés lors de ces premiers contrôles (à l'exception d'un agriculteur déjà au courant et qui a fait l'objet d'un PV), ignoraient que cette molécule n'était pas autorisée pour les bananes. Ils utilisaient donc pour les bananes le produit légalement commercialisé pour l'ananas. Les seconds contrôles chez ces producteurs ont tous été négatifs » , explique la Daaf. Pour éviter les gaspillages de produits, qui noircissent vite, l'achat par les consommateurs de bananes au mûrissement hétérogène est une alternative. Aux Antilles, où la filière est développée, les bananes sont placées dans des chambres de mûrissement qui permet de reproduire artificiellement le processus de maturation naturel. « En Guyane, chacun fait ses bananes dans son champ. Il faudrait structurer la filière si on voulait la développer » , explique Albert Siong.
- Les eaux et les pesticides
Selon le premier bilan de pesticides concernant la qualité des eaux destinées à la consommation humaine réalisé par l'Agence régionale de santé (ARS) de 2013 à 2015, la majorité des ressources captées n'ont pas de pesticides mais des substances sont régulièrement détectées dans des eaux superficielles, c'est-à-dire celles qui sont ouvertes sur l'atmosphère. Huit unités de distribution (UDI) ou réseau d'adduction d'eau, sur les 52 que compte la Guyane, présentent régulièrement des teneurs en pesticides (deux ou trois sur trois ans) : Saint-Georges, Saint-Laurent, Mana, Kourou, La Comté, Régina, Rorota, Roura (traces). Cinq UDI ont présenté des teneurs en pesticides totaux supérieures à 0,5 µg/l, au seuil de l'Union européenne : Saint-Laurent, Régina, Cacao, Javouhey, la Comté, une fois chacune en trois ans. Ces teneurs ne sont cependant pas dangereuses pour la santé. Le bilan 2016 en cours ne montre pas une aggravation de la situation, selon l'ARS. « Les pesticides dans les eaux de boissons ne sont pas un indicateur fiable de pollution de l'environnement général : d'une part, l'emplacement des captages est choisi de manière à éviter les risques de pollution (tout en restant suffisamment proche des zones à desservir puisqu'il faut aménager des conduites hydrauliques) ; d'autre part, les eaux provenant des forages sont parfois naturellement protégées par le contexte géologique. Il faut ajouter qu'en fonction du traitement de l'eau mis en oeuvre, les pesticides éventuellement présents dans l'eau brute seront ou non encore présents dans l'eau délivrée au consommateur. »
Qu'est-ce qu'un produit phytosanitaire ?
Un produit phytosanitaire (étymologiquement, « phyto » et « sanitaire » : « santé des plantes » ) est un produit chimique utilisé pour soigner ou prévenir les maladies des organismes végétaux. Par extension, on utilise ce mot pour désigner des produits utilisés pour contrôler des plantes, insectes et champignons.
Ces produits font partie, avec les biocides, de la famille des pesticides. Ils doivent être homologués, et autorisés pour un ou plusieurs usages.
Des outils d'accompagnement et de prévention
Un partenariat composé de la CGSS, de l'Office de l'eau, de la chambre d'agriculture, de la Daaf et du dispositif Écophyto s'organise pour informer les exploitants agricoles des mises aux normes phytosanitaires et les équiper de moyens de stockages adéquats. C'est le cas des armoires phytosanitaires, cofinancées par le biais de l'action Apex, qui ont été remises à des agriculteurs le 22 mai au forum Baduel.
 
Trente-deux armoires métalliques étaient entreposées le 22 mai dernier sous l'auvent du bâtiment de la CGSS au forum Baduel, soit le nombre d'exploitants qui ont commandé cet outil permettant de stocker leurs produits phytosanitaires. « Cette action est le résultat de l'opération « Novembre vert » de 2014, qui avait permis d'établir des bilans de santé auprès des exploitants agricoles. Cela avait permis de montrer les risques auxquels ils sont exposés dans leurs activités » a déclaré Monique Harang, directrice de la Caisse générale de la sécurité sociale. La directrice ajoute que cette opération Apex (Armoires phytosanitaires pour les exploitants agricoles) reflète la volonté de la CGSS d'accompagner les acteurs du monde agricole guyanais en terme de prévention des risques professionnels. La directrice de l'Office de l'eau, Clara Nicolas a ajouté quant à elle l'importance de ce projet afin de préserver la ressource en eau du territoire. Concrètement, une armoire phytosanitaire permet de conserver les produits (pesticides, fongicides, etc.) grâce à une ventilation et des bacs de rétention qui récupèrent les produits en cas de fuites. « Nous les avons habillées des nouveaux pictogrammes de danger afin d'informer les agriculteurs sur la manière de ranger leurs produits chimiques en toute sécurité » , précise Yoland Govindin, contrôleur de la sécurité à la CGSS.
La directrice de la CGSS, Monique Harang, a remis officiellement les armoires phytosanitaires aux exploitants agricoles qui en avaient fait la demande. Celles-ci leur permettront de stocker leurs produits chimiques en toute sécurité (DN)
PREMIÈRE OPÉRATION DU GENRE EN GUYANE
Suite à une campagne de communication lancée auprès des agriculteurs guyanais, ceux-ci ont pu choisir le type d'armoire correspondant au mieux à leur activité. Le dispositif Apex a permis de négocier un prix de base auprès d'un distributeur, ainsi que l'accompagnement technique et financier des partenaires de l'opération. Une armoire phytosanitaire a un coût très important dû à sa fabrication et son acheminement par bateau de métropole. Les prix varient actuellement entre 1 500 et 1 900 euros selon les tailles. Mais grâce à l'action Apex, le reste à charge pour les exploitants descend entre 250 et 320 euros. Si seule une trentaine d'exploitants ont participé à cette première édition, l'objectif de la CGSS pour les années à venir est d'offrir cet outil de prévention au plus grand nombre et donc à moindre prix.
D.N.
QUESTIONS À ... Thibault Guinguand, animateur du programme Écophyto : « Notre cellule d'épidémio-surveillance s'est bien développée »
(AG)
Avez-vous des chiffres concernant l'évolution de l'utilisation des produits phytosanitaires ?
Il y a eu une grosse chute en 2013 suite à l'arrêt de l'épandage aérien qui a complètement stoppé la filière riz. Ça a été radical, plus de phyto, plus de riz. Là, on repart sur des méthodes d'épandage mais non aérien. On a des difficultées car la principale source qu'on a, c'est la base de données des ventes qui est tenue par l'Office de l'eau. C'est le registre par lequel est collectée la redevance sur pollution diffuse, ce qui finance Écophyto. Ils recensent les ventes de produits phytos par magasins agréés et savent donc les quantités qui ont été vendues. Pour l'instant, c'est la principale source que l'on a. Après, on recroise notamment avec les données de l'ARS qui font eux des analyses sur les captages. Dans le plan Écophyto, il y a l'indicateur de fréquence de traitement mais pour l'instant, cet indicateur n'existe pas en Guyane.
En résumé, où en est le plan Écophyto II en Guyane ?
Dans le plan I, on a toute une partie de remontées des besoins des agriculteurs. Le coût d'homologation des produits est très élevé et les entreprises pharmaceutiques ne s'intéressent pas au marché tropical donc très peu de produits sont autorisés ici. Contrairement aux Antilles, en Guyane on n'a pas de station expérimentale pour faire ces essais, donc on travaille sur tout ce qui est méthodes alternatives : paillages plastiques, etc. [...] Notre cellule d'épidémio-surveillance s'est bien développée, on en est à la 30e publication du bulletin mensuel de santé du végétal. [...]
Depuis 2015, la chambre est devenue organisme formateur certiphytos. [...]
Depuis la version II du plan Écophyto qu'on a commencé à mettre en place en 2016, on a pu se positionner sur les appels à projet qu'on avait manqué sur Écophyto I. [...] On a développé Dephy, la partie recherche et développement du plan. On a deux modèles, Dephy ferme, qui est la valorisation des expériences des agriculteurs, et Dephy Expe, pour lequel on travaille avec l'Inra Antilles et le Cirad pour trouver des solutions de protection intégrées. [...] En parallèle, on a lancé plusieurs campagnes d'élimination de déchets agricoles. [...] On a créé des fiches portant sur la réglementation phytosanitaire traduite en hmong et sranan tongo.
Qu'est-ce qu'une formation certiphyto ?
C'est une formation qui permet d'obtenir un certificat obligatoire pour l'achat, l'utilisation et la détention de produit phytos professionnels depuis novembre 2015 en Guyane. Il peut s'obtenir soit par un QCM, soit par une formation de 14 heures.
Depuis la version II du certiphyto, ils ont tout numérisé au niveau du QCM, ce qui nous pose nous des problèmes en Guyane pour trouver des salles équipées au plus proche des agriculteurs. Nous avons aussi des problématiques de langues concernant la compréhension des textes réglementaires du certiphyto. Ça pose question on n'a pas encore mis en place ces formations mais on travaille dessus.
Y a-t-il des améliorations notables concernant l'utilisation des produits phytosanitaires sur certaines productions ?
Sur Écophyto I, il y a des structures qui ont répondu à des appels à projet en R&D, notamment le Cirad qui a travaillé sur l'ananas, une production où il y avait quasiment 80% de pertes sur une maladie. Il n'y a plus de traitement sauf sur l'induction florale et ils travaillent à le développer en bio. Le Cirad a également mis en place une cellule de quarantaine pour introduire du matériel végétal d'agrumes.
Importations et saisies de pesticides
L'importation de pesticides est en constante augmentation jusqu'à 2015 où elle culmine à 758,59 tonnes puis baisse en 2016 pour atteindre 669,18 tonnes. Ces chiffres concernent les insecticides, antirongeurs, fongicides, herbicides, inhibiteurs de germination et régulateurs de croissance pour plantes, désinfectants et produits similaires présentés dans des formes ou emballages de vente au détail ou à l'état de préparations ou sous forme d'articles tels que rubans, mèches et bougies soufrés et papier tue-mouches.
Ces chiffres sont à corréler avec l'évolution de la surface agricole qui est également en augmentation. Elle passe d'environ 25 000 hectares en 2011 à environ 30 000 hectares en 2014. La Daaf ne dispose pas encore des données pour les années 2015 et 2016. En parallèle en 2011, la douane a saisi 406 kg de produits phytosanitaires importés illégalement, 2 225 en 2012, 178 en 2013 et 1 121 kg en 2014.

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