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Séché environnement veut convaincre les agriculteurs

Angélique GROS Lundi 11 décembre 2017
Séché environnement veut convaincre les agriculteurs
L'unité de production intègre la première chaudière dédiée à la valorisation des combustibles solides de récupération développée en France (AG)

Séché environnement, troisième groupe spécialisé dans la collecte et le traitement des déchets en France s'implante en Guyane. Il porte, à Wayabo, dans la savane de Matiti, un projet d'installation de stockage de déchets non dangereux visant à remplacer la décharge des Maringouins d'ici 2020. Afin de mieux comprendre ce projet Séché environnement a organisé une visite d'un de ses sites à Laval dans l'Hexagone. Reportage.

Les camions-bennes se succèdent devant le portique du pôle environnement de Séché environnement à Changé non loin de Laval, dans l'Hexagone. Difficile d'imaginer au premier regard que la colline verdoyante de Mézerolles, typique de la Mayenne, au centre de ce pôle, cache d'immenses casiers remplis d'ordures ménagères. Voilà plus de trente ans que Séché environnement, qui prévoit d'ouvrir une installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND) à Wayabo, près de Matiti, a ouvert son premier site de stockage et de traitement des déchets. Exploitée jusqu'en 2003, l'ISDND de Mézerolles est aujourd'hui fermée et un second site a pris le relais : La Cousinière. « La Cousinière est l'exemple type de ce que nous comptons faire en Guyane » , explique Thierry Sol, directeur de Séché éco services, filiale de Séché environnement. Au sommet de la Cousinière, les camions-poubelles se succèdent dans un ballet odorant afin de déposer leur chargement dans des casiers étanches. Pour garantir cette étanchéité, la réglementation prévoit qu'une goutte d'eau traverse un mètre d'argile en trente ans. Le système d'étanchéité de la Cousinière est composé de deux mètres d'argiles travaillés, d'une géo-membrane de deux mm faîte de la même matière que les sacs poubelles et d'un géotextile vert afin de protéger la géomembrane des UV. Joël Séché, le PDG du groupe s'est inspiré d'une technique canadienne pour les construire verticalement et permettre l'évacuation naturelle de l'eau. Les déchets chutent de la benne avant qu'un compacteur ne passe en-dessous et les mettent en oeuvre dans ces casiers. Afin d'éviter des odeurs trop fortes, le présence d'oiseaux ainsi que l'envol des papiers, les déchets sont enfouis casier par casier. Les jus de ces déchets, les lixiviats, sont évacués via un drain pour être ensuite traités dans des bassins couverts.
VALORISER LE BIOGAZ
En regardant de plus près les tumulus de Mézérolles et de la Cousinière, on constate la présence de tuyaux qui sortent de terre. Ils permettent de récupérer le biogaz qui s'échappe de la fermentation des déchets. Ce gaz est traité en mode bioréacteur, un système qui consiste à réinjecter du lixiviat dans le casier afin de mieux gérer l'hygrométrie (l'humidité de l'air) qui va permettre la fermentation et donc la création du gaz. La réglementation en vigueur exige de détruire ce gaz au brûleur. C'est pourquoi le groupe s'est lancé depuis 1998 dans la valorisation du biogaz avec l'idée d'utiliser cette source d'énergie pour alimenter la coopérative de déshydratation de la Mayenne. En 2008, Séché se met à produire de l'électricité pour compenser la fermeture de l'usine l'hiver. Le surplus est directement revendu à EDF.
UN PROGRAMME DE PRÉSERVATION
Séché le sait, la communication est la pierre angulaire d'une bonne cohabitation avec le voisinage. Au début, les riverains de Changé voyaient d'un mauvais oeil son implantation. Depuis à force de concertation les protestations se sont stoppées et les deux fermes situées à un peu plus de 200 mètres du village sont toujours là. Ce qui inquiète aujourd'hui à Changé c'est davantage l'extension de l'installation de déchets dangereux comprise dans le pôle environnemental : l'Oisonnière. C'est pourquoi un centre d'interprétation, qui présente les installations et les programmes de prévention, est ouvert sur son site. « Une démarche de préservation est en oeuvre sur quatorze des sites de Séché environnement » , souligne Marion Touchard, écologue pour Séché environnement. Sur le site de Mézerolles plus rien n'est exploité et des programmes d'observations de la biodiversité sont en place. « On fait des suivis d'animaux car ils nous servent de bio-indicateurs.
À Mézerolles, des arbres ont été replantés et les amphibiens entre autres font l'objet d'une surveillance. Les douze espèces présentes depuis le début du programme en 2007, sont toujours là » , assure-t-elle.
De son côté, l'association kouroucienne des agriculteurs de Wayabo a lancé une pétition qui atteint plus de 1 500 signatures en ligne. Séché environnement doit donc convaincre et envoie pour cela Thierry Sol, en Guyane à partir d'aujourd'hui jusqu'au 14 décembre.
Réception des déchets à la Cousiniere (DR)
Le pic de production de biogaz du site de Mezerolles s'est produit en 2011, 8 ans après sa fermeture (François Vrignaud)
Thierry Sol, directeur de la filiale Séché eco services : « Notre mentalité, c'est d'aider à la modernisation »
Quelle est la différence entre le pôle environnemental de Changé et celui que vous comptez mettre en place à Wayabo ?
À Laval, on traite également des déchets d'activité des entreprises (DAE) alors qu'en Guyane on ne traitera pas ce type de déchet mais principalement les déchets ménagers. L'autorisation préfectorale sur le site de Laval autorise 500 000 tonnes par an. On parle plutôt d'un peu moins de 100 000 tonnes à Wayabo.
Vous avez prévu l'utilisation d'un générateur et non d'une turbine, comme à Changé pour fabriquer de l'énergie, qu'est ce que ça change ?
Le biogaz est valorisé grâce à des turbines à Laval car on reçoit beaucoup plus de déchets que ce qui sera le cas à Wayabo. En Guyane, nous emploierons des technologies différentes pour un résultat identique : des moteurs à gaz qui sont des moteurs thermiques qui brûlent le biogaz pour entraîner un générateur qui fera de l'électricité.
À qui bénéficiera l'électricité produite par ces biogaz ?
Les agriculteurs de la zone pour commencer. On a rencontré des représentants d'EDF pour raccorder le site sur une ligne qui est située à quelques kilomètres. Le raccordement sera bien sûr à notre charge.
L'avantage avec le biogaz c'est que ça marche toute l'année contrairement au solaire. Notre mentalité quand on vient sur un territoire, c'est d'aider à la modernisation.
On m'a parlé de sécurité également avec les arrêts de bus en bord de route. À Laval on est dans les mêmes circonstances et on a jamais eu de problème.
Que fait-on des sites arrivés en fin d'exploitation ?
Celui qu'on compte construire, sera exploité sur une durée de vingt ans. Quand ce site fermera, le décret ministériel qui gère ce type d'installation, nous obligera à faire un suivi trentenaire. C'est-à-dire que pendant trente ans nous allons devoir faire le suivi en ce qui concerne l'entretien du site lui-même : gérer les lixiviats et faire les analyses environnemantales qui vont avec. Après on peut envisager de reprendre les déchets pour les valoriser si on a de nouveaux débouchés, le stockage de déchets est réversible.
Les agriculteurs qui font du bio craignent pour l'image de leurs produits, y a t'il un risque pour leurs parcelles ?
J'ai entendu cet argument, je le trouve légitime pour des gens qui ne connaissent pas le métier tel qu'on le pratique aujourd'hui. Certes on y met des déchets mais on le gère de manière pointilleuse de façon à ce que des gens puissent encore et toujours continuer à exploiter en bio. À Changé, on a des éleveurs bovins depuis le début autour du site.
De quelle manière comptez-vous vous implanter en Guyane ?
L'affaire guyanaise sera filialisée je pense. Ce sera une société à part avec des salariés dédiés à la Guyane et qui permettra notre développement sur le territoire. On ne s'insère pas dans un territoire comme la Guyane sans connaître les gens. On travaille en amont avec trois guyanais pour le développement du projet mais en phase d'exploitation ce sera Séché qu'on soit clair.
Propos recueillis par AG
Une décharge doit sortir de terre d'ici 2020
Le temps presse pour que les villes du littoral se dotent d'une nouvelle décharge, avec la fermeture de celle des Maringouins d'ici 2020. (Lire notre édition du mercredi 25 octobre, Deux décharges pour le littoral ?) Deux projets concurrents sont en cours, l'un porté par la Communauté d'agglomération du Centre-littoral (CACL) et le second par Séché environnement et un consortium guyanais comprenant Elin Guicheron, Cédric Narayanin, Ludovic Bossou. Dans les deux cas, il s'agit d'une installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND). Ces installations sont encadrés par des normes très strictes et systématiquement classées Installation classée pour la protection de l'environnement (IPCE), comme l'explique Guy Faoucher, chef du service risques, environnement, mines et déchets à la Direction de l'eau, de l'aménagement et du logement (Deal). « Nous sommes la police des ICPE et notre rôle est de contrôler le traitement des lixiviats, de regarder si les analyses sont faites, etc » La règlementation stipule qu'un ISDND doit être à au moins 200 mètres des habitations notamment par rapport aux nuisances sonores et olfactives. Il n'existe pas d'indicateur spécifique pour mesurer ces nuisances cependant comme l'explique Guy Faoucher, « quand il y a des plaintes de voisinage nous inter venons pour enquêter » précise t-il.
Au coeur du stockage de déchets
Le projet d'installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND) à Wayabo, mené par Séché environnement fait couler beaucoup d'encre. Les riverains qui sont souvent des agriculteurs sont vent debout alors que Séché environnement tente de les convaincre de la sécurité de leurs installations
Qui est Séché environnement ?
Créé en 1985 par Joël Séché, Séché environnement est spécialisé dans la valorisation et le traitement des déchets ménagers et industriels ainsi que dans les métiers de services à l'environnement. Avec l'acquisition cette année de deux entreprises spécialisées dans le traitement des déchets dangereux il poursuit sa stratégie de développement à l'international sur les marchés des déchets dangereux, secteur dans lequel deux tiers de ses entreprises se situent. Le groupe a inauguré à Changé, Mayenne, en septembre la première chaudière dédiée à la valorisation des Combustibles solides de récupération (CSR) développée en France. Les CSR sont des déchets non recyclables et combustibles, comme de petits bouts de papier. La filiale qui dirigera les opérations en Guyane sera Séché eco services qui regroupe les activités de services du groupe : dépollution, traitement des fluents, démolition et désamiantage. Il est notamment intervenu en Guadeloupe pour la réhabilitation du site de la Gabarre. Il regroupe 220 personnes environ pour un peu moins de 100 millions d'euros de chiffre d'affaires.
PLUS D'INFOS - Séché environnement en chiffres
T2400 salariés dans le monde
40 filliales nationales et internationales
500 millions de chiffre d'affaires
6 installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND) en activité et une fermée
118 Gwh produite par les ISDND en 2016
3 QUESTIONS À ... Sébastien Catalano, ingénieur environnement à l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) : Il y a un risque de situation de monopole
L'implantation d'une installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND) est-elle incontournable en Guyane ?
« J'ai entendu des arguments comme : il n y a plus d'installation comme ça en Europe. Mais il faut bien se dire qu'en France, on compte 120 installations du genre et que même en Europe en terme de flux de déchets, la valorisation énergétique est au même niveau que le stockage qui représente entre 30 et 40% des déchets.
C'est un autre contexte en Guyane avec 86% des déchets qui finissent encore à la décharge. Aujourd'hui le taux de valorisation des déchets est de seulement 15% donc il faut bien une installation de stockage pour mettre les déchets quelque part et je dirais encore plus à moyen terme puisque les deux installations autorisées sont bientôt saturées. »
Que pensez-vous du projet de Séché Environnement ?
« Séché environnement est un leader européen et français. Aujourd'hui, il se déploie vers la valorisation énergétique des déchets. C'est un opérateur comme les autres qui a forcément l'avantage par rapport à la collectivité puisqu'il n'est pas soumis au code des marchés publics. C'est bien en partie le sens de sa stratégie et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui son projet est sur la table en concurrence directe avec celui de la CACL (communauté d'agglomération du Centre-littoral), un projet public avec une délégation de service public dont le prix est négocié sur vingt ans.
Il est évident que s'il y a un projet privé sans concurrent il y a un risque de situation de monopole. Nous, clairement, on est contre aucun acteur d'importance et sérieux sur notre territoire mais on reste sensible à l'enjeu de maîtrise d'une politique publique au niveau du coût et de la durée. »
Que penser des volets valorisations énergétique des ISDND ?
« L'Ademe pilote aujourd'hui une orientation sur la valorisation énergétique des déchets car les filières qui vont vers la récupération et la valorisation matière sont peu développées en Guyane. Pour rappel, 8 mgW de déchets sont inscrits dans le programme de production d'électricité de la CTG et de l'État. Si on devait faire un rêve à l'Ademe c'est clairement celui d'un projet public mutualisé entre la CACL et la Communauté des communes des savanes, porté par une collectivité et qui ferait de la valorisation énergétique une priorité. »
Propos recueillis par Angélique GROS

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