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Les droits et les devoirs de la gratuité des manuels scolaires

Kerwin ALCIDE France-Guyane 01.09.2010

Début juillet, la Région avait réuni les chefs d'établissement afin de préparer la prochaine rentrée scolaire. À cette occasion, le dispositif de gratuité des manuels scolaires a été évoqué (photo d'archives)

Depuis 2004, la Région attribue une dotation aux lycées dans le cadre du dispositif de gratuité des manuels scolaires. Unanimement salué pour ses bienfaits, ce dispositif connaît néanmoins quelques ratés notamment par un faible taux de retour essentiellement dans les classes de terminale.

« J'émets des réserves parce que les usagers, parents comme élèves, doivent savoir qu'il y a un coût qui est supporté par la Région » . Flore Peyraud, proviseur du lycée FéIix-Éboué n'est pas opposée au dispositif de gratuité des manuels scolaires mis en place par la Région Guyane depuis 2004. « Toutes les Régions de France n'ont pas fait cet effort » , concède-t-elle, très affairée autour de la toute prochaine rentrée scolaire. Elle reconnaît que ce dispositif est intéressant, car il permet aux parents de bénéficier de manuels scolaires à titre gracieux même s'ils n'ont pas tous les manuels.
Les élèves de seconde, première et terminale reçoivent au moins trois manuels gratuitement. Souvent les livres de français et de mathématiques figurent dans le lot. L'établissement, lui, détermine le troisième ouvrage qui sera remis aux élèves en fonction des séries.
« Nous avons choisi trois manuels à cause du coût » , explique Marie-Josée Lalsie, conseillère régionale chargée de l'enseignement lors de la précédente mandature. Elle a participé à la mise en place de ce dispositif, une promesse de campagne de la gauche lors des régionales de 2004. « Il fallait tout construire » , poursuit la femme politique qui a participé à la rédaction du règlement intérieur en compagnie de chefs d'établissement et membres de la Fédération des conseils des parents d'élèves (FCPE). « La dotation au départ était très modeste » , confesse Marie-Josée Lalsie.
Un livre sur quatre disparaît
La Région avait injecté 14 2 000 euros pour cette première année. Une enveloppe qui a augmenté sans cesse, pour atteindre la bagatelle de 724 000 euros de 2004 à 2008. La gratuité des manuels scolaires « permet à l'ensemble des élèves d'avoir des livres » , poursuit l'ancienne conseillère régionale. « On ne peut pas faire des études, si on n'a pas les livres » , reprend Flore Peyraud.
Dans son lycée, les élèves ont en moyenne cinq à six manuels et elle reconnaît volontiers qu'ils achètent les ouvrages pédagogiques manquants. Mais le bât blesse sur l'attention portée aux ouvrages gratuits. « Je suis consternée par leur propension à les perdre, à les détériorer » . Les problèmes se posent essentiellement avec les pensionnaires des classes de terminale. « Nous sommes obligés de faire pression, du chantage » , confie Flore Peyraud qui annonce un taux de retour quasiment de 100% pour les secondes et les premières. « Et pour cause, ils reviennent l'année d'après » , lâche le proviseur dans un rire. Pour les terminales, ce taux avoisine les 75%. Beaucoup d'élèves « prétextent » les révisions du bac pour ajourner les retours des manuels.
Des livres couverts obligatoirement
D'année en année, le lycée Félix-Éboué est ainsi obligé d'utiliser la dotation pour acheter les manuels manquants au détriment d'un nouvel investissement.
Devant ce constat, Flore Peyraud, la mine fermée, annonce que l'établissement pourrait envisager de ne plus donner de livres gratuits aux terminales. Une décision qui, si elle se confirmait, pourrait provoquer une vive réaction chez les parents désormais habitués à ce coup de pouce. D'ailleurs, depuis qu'elle est à la tête de cet établissement cayennais, Flore Peyraud a vu des parents défiler au lycée à cause de ces manuels scolaires. Certains y ont fait des scènes « outrancières » , « des scènes d'une violence verbale rare » , explique-t-elle. Le lycée Félix-Éboué s'est donné comme règle de ne pas accepter les livres non couverts. « C'est la seule chose que nous demandons, de couvrir les livres. Ce n'est pas pour le plaisir mais pour les protéger, car un manuel doit durer quatre ans » . Devant la fermeté de l'établissement, certains parents oublient que la gratuité des manuels scolaires entraîne des droits, mais aussi des devoirs...
- Repères
- 390 000 euros pour 2010. Pour cette rentrée, la Région Guyane a voté une enveloppe de 390 000 euros pour le dispositif de gratuité des manuels scolaires. Une dotation est attribuée aux établissements chaque année en fonction des besoins. Certains établissements d'enseignement professionnel utilisent cette enveloppe pour acquérir des trousseaux d'outils pour leurs élèves. La somme de cette année, supérieure aux derniers exercices, doit permettre aux trois nouveaux lycées de constituer un fond documentaire, c'est-à-dire créer leur bibliothèque.
- « Un travail de gestion » . Le lycée Félix-Éboué ne compte pas moins de 1 150 lycéens qui bénéficient de ce dispositif, soit plus 3 400 manuels à gérer par an. « Un travail de gestion » , confesse Flore Peyraud qui enrage alors que des parents continuent à ramener les livres bien après la fin de l'année scolaire. Elle a eu des retours lundi et mardi alors que le personnel disponible s'affaire essentiellement autour de la rentrée de vendredi.
- Les secondes rentrent sans manuel
Dès demain, les enseignants du lycée Félix-Éboué doivent se retrouver pour préparer la rentrée mais surtout faire le choix des ouvrages pédagogiques. Une opération retardée en raison de la réforme de l'enseignement qui touche principalement les classes de seconde. Le nouveau programme scolaire qui découle de cette réforme n'a été dévoilé qu'à la fin du mois d'avril, trop tard pour les éditeurs qui n'ont pas eu le temps de faire les spécimens avant les grandes vacances. « Nous n'avons pas reçu tous les spécimens » , confirme Flore Peyraud qui précise que les professeurs devront tout de même faire leur choix demain. Un choix rapide qui pourtant, ne sortira pas d'affaire les secondes. Car il reste l'acheminement des manuels. L'avion coûtant trop cher, les libraires ont, en temps normal, recours au bateau qui peut prendre jusqu'à deux mois. En d'autres termes, les élèves feront leur rentrée des classes sans manuel scolaire. Mais Flore Peyraud se veut rassurante : « Malgré la réforme, certains contenus perdurent » . Les élèves pourront ainsi utiliser les précédents manuels en attendant. Ce sont les parents qui se montrent les plus inquiets par cette situation. Ils auront à acheter les manuels scolaires plus tard, certainement quand ils auront moins de disponibilité financière.
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11 février 2012