Le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais passé au crible
Arnaud SAINT-MAXENT
France-Guyane
14.12.2011
Les finances, le manque de sécurité et d'hygiène au Chog, ainsi que la situation des centres de santé sur le Maroni, sont aussi pointés du doigt par la Chambre régionale des comptes. (E.L.)
La Chambre régionale des comptes vient de rendre public son rapport sur l'hôpital de Saint-Laurent. Petit tour d'horizon non exhaustif de ses conclusions et préconisations.
Une situation de base handicapante
En préambule de son rapport, la Chambre régionale des comptes dresse un tableau de l'environnement du centre hospitalier de l'Ouest guyanais (Chog) avant de procéder à un rappel historique dans la première partie du rapport, des éléments qui, dès le départ, placent l'établissement dans un contexte handicapant. Sa position géographique en fait l'unique structure de prise en charge sanitaire pour couvrir 60% du territoire guyanais, soit un peu plus de 50 000 km2. À quoi il faut ajouter sa situation transfrontalière alliée à l'absence d'hôpital sur la rive surinamienne du Maroni. La première partie du rapport s'intitule d'ailleurs « Un hôpital local aux missions internationales » . Le Chog est en fait un établissement totalement unique dans le paysage hospitalier national, la population de son bassin d'attraction étant estimé à 80 000 habitants actuellement avec des prévisions à plus de 100 000 dans moins de vingt ans. D'entrée, le rapport pointe l'insuffisance de la capacité d'accueil, qui s'élève à 150 lits au total. L'établissement n'étant pas propriétaire de ses locaux, dont la majeure partie est classée monument historique, il se retrouve en grande difficulté pour envisager toute extension jugée de toute façon trop onéreuse. Une gouvernance prise à défaut
À plusieurs reprises, le rapport pointe le manque de prise en compte de la situation particulière du Chog par les services de l'État, en particulier l'ARS (Agence régionale de la santé), anciennement ARH (Agence régionale de l'hospitalisation). Visiblement, cette dernière favorise de loin le centre hospitalier de Cayenne dans les projets de développement, « oubliant » de tenir compte de l'évolution démographique de l'Ouest guyanais et ne procédant pas au rééquilibrage de l'offre de soin entre l'Est et l'Ouest. Les préconisations effectuées ces dernières années suite à différentes études et allant dans le sens de ce rééquilibrage sont rarement respectées. Il ressort en fait du rapport de la Chambre régionale des comptes que l'ARS semble ne pas prendre la mesure de l'urgence et de l'importance des actions à mener. En interne, le Sros (Schéma régional d'organisation sanitaire) n'est pas non plus respecté, souvent par faute de moyens, et le projet d'établissement établi en 2008 pour une période de cinq ans a lui-même été abandonné à peine signé, les directions du Chog et de l'ARH ayant changé peu après. Il n'existe donc pas, aujourd'hui, de véritable projet d'établissement clairement défini. Un management pointé du doigt
Dans ce contexte de politique « au fil de l'eau » , comme la qualifie le rapport, les tensions au sein du personnel ont été exacerbées ces dernières années avant que la situation ne s'apaise enfin depuis peu. On comprend alors que le management du Chog soit problématique, un management pointé du doigt par le rapport. Manque de communication entre services, même complémentaires, comme l'imagerie médicale et la chirurgie, organigramme jugé peu cohérent voire inefficace, et même défaut de connaissance en interne des effectifs réels de l'établissement ne sont que des exemples des problèmes de management. Ces dysfonctionnements sont aussi expliqués en partie par les grosses difficultés rencontrées par les directeurs successifs à trouver leur légitimité au sein du personnel, ceux-ci étant soit en fin soit en tout début de carrière. Le même problème se pose pour les ressources humaines. Le rapport cite notamment l'exemple d'un DRH parti à peine quatre jours après sa prise de fonction en 2009. L'actuel directeur du Chog, Gérard Barsacq, a pris ses fonctions en juin dernier avec comme objectif, entre autres, de remédier à ces nombreux soucis de fonctionnement. Effectifs méconnus et privilèges irréguliers
Difficile de connaître les effectifs exacts du Chog, des chiffres différents étant avancés, parfois au sein d'un même rapport pourtant émanant du service des ressources humaines, le rapport relève d'ailleurs « une absence de maîtrise de l'évolution des effectifs comme du coût précis de la masse salariale. » Mais en la matière, ce qui ressort surtout du rapport de la Chambre des comptes est la difficulté pour l'établissement de fidéliser son personnel hospitalier. Du coup, « la rotation du personnel est très importante [...] Il atteindrait, selon la DRH, la moitié des effectifs remplacés au moins une fois en cours d'année. » Ce à quoi il faut ajouter un absentéisme important, atteignant, voire dépassant, les 20%. Mais là encore, les chiffres fournis sont « difficilement exploitables. » Pour faire face à ces phénomènes, la direction a décidé des mesures incitatives, offrant des conditions de salaire et des avantages flirtant avec l'illégalité. « Ainsi, 10 praticiens hospitaliers, dont deux contractuels, perçoivent des rémunérations supérieures à 8 000 euros net/mois, en cumulant divers avantages dont certains sont irréguliers. » Parmi ces avantages/incitations, on trouve le versement de 15 mois de salaires, le prêt de véhicule, la participation au loyer ou encore le paiement de voyages aller-retour en métropole. Le coût de ces « mesures incitatives » a été estimé par le Chog lui-même à plus de 3, 6 millions d'euros par an. La Chambre des comptes préconise notamment la création d'un institut de formation d'infirmière au sein du Chog, qui ne forme actuellement que des aides-soignantes, afin de recruter du personnel local. À quand un nouvel hôpital ?
Selon le rapport de la Chambre régionale des comptes, la solution aux différents problèmes que rencontre le Chog réside dans la construction d'un nouvel hôpital à Saint-Laurent. Ce nouvel établissement est dans les cartons depuis 2002, année de l'acquisition d'un terrain de cinq hectares sur le site des Malgaches. Depuis, plusieurs projets ont été couchés sur le papier allant de 257 lits en décembre 2006, dont un pôle psychiatrie, à 158 lits en avril 2008. En 2007, le Chog et l'ARH signaient un CPOM (Contrat pluriannuel d'objectifs et de moyens) prévoyant la réalisation de ce nouvel hôpital et un avant-projet était présenté en novembre 2010 pour un montant de près de 86 millions d'euros. Mais la Chambre régionale des comptes relève « l'absence de réflexion de fond » ainsi qu'une « absence de lisibilité quant à la pertinence du programme retenu en 2007. » Elle préconise surtout, en préambule à l'ouverture de cette nouvelle structure, que l'ensemble des problèmes d'organisation soit réglé. En clair, un nouvel hôpital à Saint-Laurent est largement souhaité, avant tout dans l'intérêt des patients, mais on peut craindre que le projet reste en l'état encore quelques années.
Sabayo — 15.12.2011 recommander (0)
Fausse piste
Ça n'est pas à Saint Laurent qu'il faut bâtir un nouvel hôpital (ou au moins une nouvelle maternité), mais sur l'autre rive du Maroni. Cela permettrait aux femmes surinamiennes d'accoucher chez elles et à leurs enfants de pouvoir vivre et participer au développement de leur propre pays, sans être tentés de prendre une autre nationalité.
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