La Chambre des métiers chargée d'amiante
Stéphanie BOUILLAGUET
France-Guyane
01.08.2009
Sylvain Lemki (à g.) président de la Chambre des métiers, Hervé Darivon, responsable de formation et l'ensemble des agents de la Chambre déménageront en août au CFA. (HG)
Les analyses ont confirmé les craintes des agents. De l'amiante a été détecté dans les locaux de la chambre consulaire. L'ensemble du personnel déménage en août.
Obligé de déménager dans l'urgence. Sylvain Lemki, président de la Chambre des métiers, a des raisons d'afficher cet air si soucieux. En janvier, les analyses fournies par l'Apave ont confirmé les rumeurs : les locaux de la chambre consulaire comportent de l'amiante. Certes, ce n'est pas de la poussière - sa forme la plus dangereuse - qui a été détectée. Mais sa présence est attestée. Les treize agents qui y travaillent - certains depuis une trentaine d'années - ont passé immédiatement une visite médicale, avec examen attentif des poumons. Heureusement, tous se portent bien. Mais l'ensemble du personnel doit évacuer les lieux. « En tant que président de la Chambre, je me dois de garantir la sécurité des agents » , explique Sylvain Lemki. Courant août, la Chambre des métiers prendra ses places dans le Centre de formation des apprentis, zone Galmot à Cayenne. « Il y a de l'amiante ici! »
Certains employés se doutaient déjà de la présence d'amiante dans ce vieux bâtiment, construit en 1979. Un ingénieur l'avait même tout de suite repéré, en entrant dans les locaux, il y a une dizaine d'années. « Il était venu en visite et nous avait dit : « Il y a de l'amiante ici! » » , se souvient Hervé Darivon, responsable de formation. Et puis, personne n'y avait plus vraiment pensé. Jusqu'à l'année dernière » . Il y a quelques mois, le personnel entreprend en effet des grands travaux d'archivage. Mais certains employés ne veulent pas monter dans le grenier, persuadés qu'il est bourré d'amiante. Les analyses effectuées en janvier dans les locaux confirmeront leurs craintes. Désormais, tous attendent de déménager au plus vite : « C'est dans l'esprit de tous les agents : ils passent leurs journées dans un bâtiment contaminé par l'amiante. Ils ne peuvent pas travailler sereinement dans ces conditions-là! » Dès la rentrée, les 4 000 adhérents de la Chambre des métiers retrouveront donc leur chambre consulaire au CFA. Hervé Darivon tente de voir le bon côté des choses : « C'est une opportunité pour la Chambre d'établir cette proximité avec les jeunes apprentis. Cela permettra d'établir une mutualisation de nos moyens. » Mais derrière cet optimisme, tous espèrent que cette installation sera temporaire : « Le CFA n'est pas adapté pour nous recevoir, explique Sylvain Lemki. Nous développons l'apprentissage, le CFA ouvre de nouvelles filières à la rentrée. Tôt ou tard, ils auront besoin de places, de salles de cours supplémentaires. Nous ne pouvons indéfiniment occuper une place qui devrait être dédiée aux jeunes apprentis! » « Il faut tout refaire! »
Mais que va donc devenir le bâtiment de la Chambre des métiers ? En plus de la présence d'amiante, il tombe en ruines : problèmes de toiture, d'électricité, fuites d'eau... « Il faut tout refaire! » , résume Sylvain Lemki. Avec quel argent ? Il y a quelques mois, avant la découverte de l'amiante, des études avaient déjà annoncé la couleur : la réhabilitation des locaux coûterait entre 300 000 et 400 000 euros. Il faut à cela ajouter le coût du désamiantage, environ 30 000 euros, selon le président de la Chambre. Après le déménagement, Sylvain Lemki compte frapper à toutes les portes pour trouver une solution. D'ici là, le personnel de la Chambre pourra travailler de manière un peu plus sereine au CFA. - Repères
Historique
L'amiante est devenu populaire lors de la révolution industrielle, au XIXe siècle, pour sa résistance à la chaleur, aux agressions électriques et chimiques et à la tension. Son faible coût en fait un matériau très utilisé, surtout dans le BTP, entre 1960 et 1980.
Le revers de la médaille est découvert au XXe siècle : l'amiante est cancérigène. Les plus exposés sont les « travailleurs de l'amiante » , mais aussi les personnes vivant dans des bâtiments contenant ce matériau.
Que risque-t-on ?
L'inhalation d'amiante est à l'origine de graves maladies pouvant conduire au décès, notamment des fibroses pulmonaires, des cancers des poumons, de la plèvre ou des voies digestives.
En France, Jacques Chirac interdit son utilisation en 1997. Selon un rapport parlementaire, 35 000 décès sont intervenus entre 1965 et 1995. En 1996, l'Inserm évalue à 100 000 le nombre de décès entre 1995 et 2025.
L'Association nationale des victimes de l'amiante se créée cette même année. Il existe une déclinaison locale en Martinique, mais pas en Guyane.
3 500 produits dérivés
Il existerait plus de 3 500 produits dérivés contenant de l'amiante. Certains sont très inoffensifs, d'autres sont autorisés dans certains pays et interdits dans d'autres. Il existe également une catégorie de produits irremplaçables, faisant l'objet d'une dérogation. On évoque dans ces cas précis des garnitures de plaques de freins pour les poids lourds ou les combinaisons thermiques pour les pompiers. Les tuyères de moteurs de fusée (information non confirmée pour Ariane) contiendraient aussi de l'amiante.