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Hantavirus : "Je ne le souhaite à personne"

Thomas FETROT franceguyane.fr 11.03.2010

Le rat cotonnier, seul porteur de l'hantavirus en Guyane selon l'Institut Paster / photo DR

Début décembre, un habitant de Rémire-Montjoly âgé de 58 ans est mort après avoir été infecté par un hantavirus. Mathieu, 39 ans, a été atteint en août 2008. Il a survécu, après sept mois d’hôpital et trois de rééducation.

Sept mois d’hospitalisation, trois mois de rééducation. Mathieu a frôlé la mort. La faute à une infection par hantavirus contractée en août 2008. Une période douloureuse qu’il évoque un large sourire aux lèvres. « Avoir ça, je ne le souhaite à personne », glisse-t-il. Aujourd’hui, il a recouvré une santé de fer, a repris son activité professionnelle sur les chantiers et profite de chaque instant de vie. Et le décès d’un habitant de Rémire-Montjoly âgé de 58 ans, le 6 décembre dernier, n’a fait que renforcer son sentiment d’avoir effectivement côtoyé la mort de près. S’il n’a aucune idée sur la manière dont il a contracté le virus, Mathieu se remémore parfaitement l’apparition des premiers symptômes. « J’étais assis à une table, raconte-t-il. J’avais un gros appétit, mais quand l’assiette est arrivée, plus rien. J’ai commencé à me sentir fatigué. Pendant les deux semaines suivantes, je me suis soigné comme pour une dengue. »

Ayant constaté que du sang était présent dans ses selles, il se rend à l’hôpital de Cayenne. « On m’a fait des tests pour la dengue et le palu et on m’a dit de revenir deux ou trois jours plus tard, explique-t-il. Je suis retourné bosser, et là j’ai eu une crise grave. Je me suis mis à vomir des glaires et j’avais des difficultés respiratoires. » Retour à l’hôpital. « Dans la voiture, ça allait encore, malgré tout », assure-t-il. Sur place, tandis qu’il attend d’être examiné, son état de santé se dégrade à grande vitesse. «On m’a retrouvé tout bleu dans la salle d’attente », se souvient-il. Et la situation ne s’améliore pas.

« Rapidement, j’ai fait un choc sceptique », raconte-t-il. Dans le coma, il est placé en service de réanimation. Et les problèmes s’accumulent. Principalement au niveau respiratoire. « Mes poumons ont été envahis par un liquide blanchâtre en une demie journée, précise-t-il. Au bout de trois jours, mes parents avaient déjà été prévenus par l’hôpital. On me considérait déjà comme mort… » Pourtant, il survit.

Et les recherches des médecins permettent de découvrir l’infection par hantavirus. Mais il ne l’apprendra que beaucoup plus tard. « L’Institut Pasteur a fait deux campagnes de piégeage chez moi et sur mon lieu de travail pour attraper des rongeurs, mais aucune de ces captures ne s’est révélée concluante », commente-t-il. Mois après mois, son état s’améliore. Non sans mal.

« J’ai perdu 17 kilos pendant mon hospitalisation, soutient-il. J’y ai passé sept mois. En réa, en pneumologie puis en médecine. Après la réa, le service de médecine, ça fait un choc. J’ai même eu le suprême honneur de me retrouver en chambre avec des crackés. » Il est ensuite dans l’obligation de se rendre dans un centre de rééducation de l’Hexagone. « Là, j’ai morflé, lance-t-il. Il a fallu se battre. » D’autant plus qu’il ne sait toujours pas quelle est l’origine de son mal. « Ce n’est que neuf mois plus tard, en rentrant du travail, que j’ai ouvert une lettre de Pasteur qui m’indiquait que j’avais été atteint par un hantavirus », explique- t-il.

Mathieu n’est jamais retourné voir ses médecins. « Sans eux, je ne serais plus là aujourd’hui, souffle-t-il. Mais je n’ai pas pu retourner en réa pour les remercier. À chaque fois que je sens l’odeur de l’hôpital ou que j’entends le bruit d’une alarme, mes jambes flageolent… » Il a toutefois croisé un ou deux médecins par hasard dans Cayenne. « L’un d’eux m’a dit qu’il ne m’avait donné qu’une chance sur cinquante de sortir de réa quand j’étais dans le coma, confie-t-il. Le plus étonnant, c’est que je me souvenais de sa voix. »
 
 Quand Pasteur rassure

Le 6 décembre dernier, un habitant d’un quartier résidentiel de Rémire- Montjoly est mort des suites d’une infection par hantavirus. Ce virus est présent dans l’urine, la salive ou les excréments de certains rongeurs identifiés comme des rats cotonniers. La seule espèce qui héberge le virus. Celuici se transmet par inhalation de poussières contaminées par les déjections des rongeurs.
«Transmission interhumaine tout à fait exceptionnelle»
Le virus est-il transmissible d’un homme à un autre ? Peut-il se propager ? André Spiegel n’hésite pas une seconde avant de formuler sa réponse : « La transmission interhumaine n’a été signalée que de manière tout à fait exceptionnelle (en Argentine, deux médecins seraient morts après avoir soigné une famille infectée, mais dans des conditions qui restent indéterminées, ndlr), assure le directeur de l’institut Pasteur de Guyane. Et le risque que d’autres cas apparaissent est très faible car le virus circule peu. » Pour donner plus de poids à ses propos, le professeur Spiegel ajoute : « Depuis 2005, plus de deux mille personnes ont été testées et seuls deux cas ont été diagnostiqués. » Le premier a survécu et le deuxième est mort des suites de l’infection le 6 décembre dernier. Anne Lavergne est virologue au sein de l’Institut Pasteur. Elle se penche tout particulièrement sur le volet animal des recherches. « On traque l’hantavirus depuis 2001, explique-t-elle. Près de 300 rongeurs ont été testés. Malgré des captures systématiques, nous n’avons rien trouvé. Jusqu’à ce que nous menions des études autour du dernier malade. »
«Impossible de trouver ce type de rongeur en ville»
Ce n’est qu’en 2005, après avoir élargi le cercle de recherches portant sur la fièvre Q à un cycle secondaire de la dengue puis à la rage, que les études s’orientent vers l’hantavirus. « On cherche parce qu’en Amérique du Sud, l’homme modifie l’écologie des rongeurs qui transmettent l’hantavirus », indique Anne Lavergne. Notamment par le biais du défrichage, qui entraîne la disparition de certaines espèces et permet à d’autres de pulluler. « L’hantavirus fonctionne par foyers localisés, analyse la virologue. Ici, le virus a été identifié par piégeage autour du domicile de la personne décédée. » Sur les cinq rongeurs capturés, quatre étaient infectés. « Il est quasiment impossible de trouver ce type de rongeur en ville », rassure Anne Lavergne. Pour l’heure, le moment de l’exposition au virus ainsi que sa période d’incubation restent difficiles à déterminer. « Ce n’est pas comme le palu, explique le professeur Spiegel. Ici, l’exposition est plus sournoise. » Quant à l’incubation, elle varie de quinze jours à deux mois dans les manuels. Seule certitude : la fulgurance de l’incapacité pulmonaire qui a frappé les deux personnes atteintes dans le département.
 
 


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29 juillet 2010