La publication du rapport sur le fonctionnement et l'organisation de vos services semble vous avoir particulièrement choqué. Mais votre personnel a-t-il eu connaissance du contenu de ce document ?
"À partir du moment où il y a eu une grève, qu'une mission a été menée, et que le ministre a demandé un suivi, il est normal qu'on puisse travailler sur la matière. Le rapport avait été donné aux syndicats grévistes de la rentrée. Mais c'est un document interne qui n'a pas vocation à être dévoilé dans le public. Les critiques sont souvent nourries sur l'éducation. Mais tout le monde a ses insuffisances, ses limites, et tout le monde a besoin de progresser."
Les agents administratifs ont réagi de manière assez vive. Comme s'ils avaient seulement pris connaissance de ces conclusions sur le fonctionnement du rectorat.
"Je le répète : c'est un outil de travail interne. Notre personnel a été très affecté par cette publication. Et je veux surtout, une fois encore, réaffirmer que je suis le défenseur des personnes qui travaillent au rectorat, et pour l'éducation nationale en général. Je ne veux pas laisser croire qu'il y ait tant d'insuffisances et d'approximations dans le rectorat. Ce sont des gens dévoués qui s'investissent pour remplir leur mission."
Tout n'est pourtant pas si rose dans ce rapport…
"Il y a effectivement un certain nombre de soucis. Mais quand même, l'éducation nationale remplit une large part de sa mission de service public. Quand quelqu'un croise dans la rue une personne qui travaille au rectorat, il y a mille fois plus de chances que ce soit quelqu'un d'impliqué, d'investi, et de responsable, qui a envie que les enfants réussissent, plutôt que quelqu'un qui se la coule douce !
On a du travail à faire, c'est vrai. Mais le désir, l'envie et la motivation sont présents."
Certains syndicats (notamment l'Unsa-AI) contestent de nombreux points de ce rapport. Avez-vous vous aussi été étonné de certains constats dressés par l'inspecteur général ?
"Je n'ai pas à commenter un rapport de l'inspection générale, ni publiquement, ni de manière privée. Mais on a toujours besoin d'un regard extérieur. Surtout lorsqu'on est pris dans l'action et les urgences permanentes. L'inspection générale vient pour contrôler, analyser, et pour nous permettre de mieux agir. Toutes les administrations ont ce type de rapport, qui s'inscrit dans une histoire, un contexte, et qui suit d'autres rapports."
Justement, l'inspecteur évoque certaines préconisations qui n'ont pas été prises en compte depuis les missions précédentes.
"Comme dans toutes ces missions de conseil, il y a un certain nombre de préconisations… Globalement, beaucoup de choses ont été faites, en tout cas depuis deux ans. Certaines sont certes imparfaites, mais elles correspondent à une évolution, à une amélioration du service de l'éducation de la Guyane. Et depuis la sortie de ce rapport, on a déjà adapté l'organisation, on a aussi revu le plan de formation, on est en train de préparer des concours spécifiques pour les personnels du rectorat, et de travailler sur des processus de décisions."
Le rapport indique par ailleurs que vous avez reconnu avoir eu besoin d'une année pour comprendre le fonctionnement de vos services. Pouvez-vous nous raconter ?
"Tout le monde le sait : il faut du temps pour comprendre la Guyane. Parce que la Guyane ne se livre pas, mais elle se découvre. Un recteur d'une autre académie ne peut pas voir les choses de la même façon. On ne peut être utile aux enfants de la Guyane que si l'on a un rapport intime et personnel avec ceux qui vivent sur ce territoire. Effectivement, je pense qu'une année est nécessaire pour mieux comprendre les enjeux, mais surtout mieux apprécier les personnes et leur manière de travailler. La deuxième année m'a permis de réfléchir et sentir la manière dont je pouvais être utile à ce territoire."
Et cette troisième année qui s'annonce ?
"Il faut mettre en place ce Plan éducation Guyane, car j'ai l'intime conviction que le système éducatif peut et doit être adapté. Aussi bien dans les rythmes scolaires que dans la manière dont on forme les enseignants. On sait que les enfants de Guyane méritent qu'on leur donne plus pour leur permettre de se construire une vie, professionnelle et personnelle. On ne peut réussir que lorsque collectivement, on partage les mêmes objectifs, et que l'on met en œuvre les mêmes moyens."
Comment comptez-vous vous y prendre ?
"Aujourd'hui, il y a deux éléments clés pour l'avenir de l'éducation en Guyane. D'abord, pour le 1er cycle, il faut qu'on mette des moyens considérables sur la maîtrise du français. Le second point concerne l'enseignent professionnel : il faut que l'on soit capable d'offrir, avec des BTS ou des formations d'apprentissage, une envie d'avoir un avenir professionnel beaucoup plus fort. Mais ce sera un travail sur deux ans. Qui est déjà mis en place avec notamment la préparation du concours, et l'accompagnement en terme de formation pour les personnes."
L'ensemble du personnel, les syndicats, et vous-même… tous se sont insurgés contre la publication de ce rapport. On peut se demander si, quelque part, cela ne va pas vous aider à vous rapprocher de vos services, avec qui les liens ont souvent été tendus ?
"Je crois que s'il faut chercher un effet positif à cette publication, c'est qu'avec toutes les personnes du rectorat, agents administratifs, d'entretien, chefs de services, et le recteur, on va se mettre à la disposition des enfants de Guyane, avec une volonté commune. Et on va vous montrer qu'on est capable de réussir."
Reconnaissez-vous avoir pris des mauvaises décisions depuis votre arrivée en février 2008 ?
"En tout cas je sais, mais je ne le dirais pas, quelles sont les bonnes décisions que j'ai prises."
Pourquoi ?
"Je pense qu'il ne faut pas étaler un rapport de l'inspection générale comme il ne faut pas non plus faire de l'autocritique permanente. Je sais ce que j'ai fait et ce que je devais faire."
Aujourd'hui (jeudi), une réunion syndicale a notamment pour ordre du jour "l'état du dialogue social sous Wacheux ?" Cela vous surprend ?
"(Silence…) Quel syndicat ? ... Sans commentaire. Pour dialoguer, il faut être deux !"