Lorsqu'elle aborde les différentes problématiques de la rentrée scolaire, Florence Robine fait montre de conviction et de sérénité. Entouré par ses collaborateurs, le recteur évoque dans le détail les changements, les évolutions, les innovations et les priorités de l'académie de Guyane. 1 La réussite des élèves
« Il s'agit du point essentiel. Il faut élever le niveau de qualification. Toute notre attention est focalisée sur le 1er degré et tout particulièrement sur la maîtrise de la langue française et les problèmes d'illettrisme. Il ne faut pas pointer du doigt les difficultés mais y apporter des solutions. Pour ça, nous allons renforcer et pérenniser les postes d'intervenants en langue maternelle. Nous avons obtenu des postes durables en allant chercher de l'argent dans les poches du ministère. Douze personnes bénéficient d'un contrat spécifique et pérenne. C'est quelque chose à laquelle nous tenons car ça permettra de stabiliser les apprentissages. » 2 Les effectifs
« Nous allons accueillir 1 226 élèves en plus que l'an dernier dans le 1er degré (43 075 au total). On court toujours après les effectifs. Nous avions prévu d'ouvrir 44 classes supplémentaires, mais nous allons devoir procéder à 55 ouvertures. Et pour chacune, un professeur sera présent devant les élèves. Dans le secondaire, il y a 1214 élèves en plus (31 351 au total) pour 147 postes d'enseignants supplémentaires. » 3 Les affectations ? des élèves
« Pour le collège, la 2de et la 1re, tout fonctionne bien. Pour la terminale, il existe des tensions en raison des redoublements. Mais je me suis engagée à ce que tous les élèves qui souhaitent doubler leur terminale soient accueillis. Et s'il s'avère que l'on manque de place, comme en filière STG ou S, nous ouvrirons les classes nécessaires. Il reste également environ 300 élèves non affectés en lycée professionnel, mais une grande partie va partir dans l'apprentissage ou dans le privé. Une commission d'affectation va se tenir le 8 septembre. Il reste des places, mais il existe toujours la question délicate de l'offre et de la demande. » 4 L'école de la réussite
« Une vraie contractualisation a été mise en place avec huit écoles. 2 700 élèves sont concernés par ce projet innovant. Un professeur a été installé dans chaque établissement afin de travailler avec des petits groupes particuliers d'élèves sur des points spécifiques. L'objectif est de décloisonner les classes. S'il donne satisfaction, nous essayerons de généraliser ce système. » 5 Les internats
« Nous nous apercevons qu'il existe un véritable engouement pour les internats. D'ailleurs, nous pouvons dire que nous croulons sous les demandes. Il y a même des listes d'attente. » 6 L'observatoire de la non-scolarisation
« Des groupes de travail ont été définis. Ils se réuniront prochainement. Il est nécessaire d'effectuer un vrai travail en profondeur pour que les enfants et leur famille s'orientent vers les lieux de scolarisation. » 7 Rythmes scolaires
« Nous voulons mettre en place une réflexion mais il faudrait que toute la société guyanaise soit impliquée. Car des décisions vont être prises et il faut que les familles, les collectivités, les entreprises donnent leur avis sur cette question. » LE FAIT DU JOUR - Le Snes appelle à la grève
Le syndicat national des enseignements du second degré prévoit de se mobiliser le jeudi 6 septembre. « On part seuls car il s'agit d'une problématique qui concerne le second degré » , précise le secrétaire départemental de la FSU et co-secrétaire du Snes, Alain Bravo. Le syndicat s'est réuni hier matin dans son local de la cité Mont-Lucas.
L'objectif était d'évoquer les multiples difficultés auxquelles se heurtent les enseignants du second degré alors que s'annonce la rentrée 2010/2011. « On constate à la fois une diminution des moyens et une grande pagaille, regrette Alain Bravo. On constate que la dotation globale en heure a augmenté alors que le nombre de postes a diminué. » Pour le syndicaliste, la situation est « catastrophique » . Il affirme : « Si on veut garder le même taux d'encadrement, il faudrait 350 emplois en plus. Là, on en a supprimé onze. À cette allure-là, on va droit dans le mur. On a à peine les moyens de suivre l'augmentation des effectifs. Chaque année, on prend dix années de retard. On nous parle d'internat d'excellence alors qu'on manque tout simplement d'internat! Il s'agit juste d'une opération de communication. On ne répond pas aux besoins de la population. »
Le Snes milite pour la réactivation de l'observatoire de la non-scolarisation (le recteur a répondu favorablement à cette demande, lire ci-contre). « C'est le seul moyen de lutter contre la déscolarisation » , assure Alain Bravo.
Le syndicat dénonce également la prise en charge des stagiaires. « Le rectorat est pris à la gorge et des collègues débutants vont prendre en charge des élèves dans les pires conditions » , peste Alain Bravo. Le Snes sera reçu par le recteur dans le cadre de sa mobilisation du 6 septembre.
LE FAIT DU JOUR - C'est dit
Carol professeur de musique au collège Paul-Kapel (Cayenne) : Cayenne mieux que Saint-Laurent
C'est ma première année à Cayenne, au collège Paul-Kapel. Auparavant, j'ai enseigné pendant neuf ans à Saint-Laurent du Maroni.
Contractuelle depuis le début, j'ai enfin obtenu un CDI cette année. Seul bémol : malgré mon diplôme en Langues étrangères, on m'a réaffectée cette année en tant que professeur de musique, alors que je demande à enseigner l'anglais depuis neuf ans! D'autant plus que je suis d'origine américaine! Mais cela se décide au niveau de l'Éducation nationale et non au niveau des établissements. J'espère que cela va mieux se passer à Paul-Kapel qu'à Saint-Laurent où l'on manque cruellement de moyens, de matériel... Le fleuve est vraiment oublié et ce n'est pas nouveau. Ici, tout le monde est très accueillant, même si je n'ai rencontré pour l'instant que les autres professeurs du collège.
Jimmy professeur des écoles pour adolescents en difficulté scolaire au collège Zéphir (Cayenne) : Je m'attends à des classes surchargées
Cela fait seize ans que je suis dans l'Éducation nationale. Après avoir démarré en métropole et être passé par la Polynésie pendant quatre ans, j'ai décidé de demander à venir en Guyane. Ce qui m'a attiré ?
L'aventure, la forêt, mais surtout l'échange culturel. Je suis instituteur spécialisé pour adolescents en difficulté scolaire : en gros, on crée des ateliers pour tenter de remettre les élèves en sérieuse difficulté sur les bons rails. Ici, je ne sais pas trop à quoi m'attendre, mais je sais que j'aurais beaucoup d'élèves, vu l'effectif de l'établissement, qui est d'environ 1 200 élèves. Le surnombre d'élèves est toujours un problème pour bien travailler et cela m'inquiète un peu. Ceci étant, j'attaque cette première rentrée guyanaise sereinement. J'en ai vu d'autres!
Flavie professeur d'anglais au collège Nonnon (Cayenne) : Venue en Guyane pour éviter la banlieue parisienne
C'est ma première année en Guyane et ma première rentrée d'enseignante tout court puisque j'étais encore stagiaire l'année dernière. Pour l'instant, je ne suis pas trop stressée, mais on verra le jour de la rentrée des élèves! La Guyane était un choix et mon premier voeu, même si - il faut l'avouer - ce choix a été motivé par le système de points de l'Éducation nationale. N'ayant que très peu de points d'ancienneté, je ne pouvais pas aller dans certaines académies, où la demande est plus forte. L'académie de Guyane étant moins demandée, j'ai pu y obtenir un poste facilement. Je pense que plusieurs enseignants sont dans le même cas ici. Et puis, je voulais voyager et éviter à tout prix la banlieue parisienne.
LE FAIT DU JOUR - Repères
- Manuels scolaires en ligne. De nombreux manuels scolaires sont encore attendus en Guyane. Un retard dans l'approvisionnement que le recteur relativise. « Une bonne partie des manuels va être disponible en ligne, sur internet, précise Florence Robine. Les enseignants pourront ainsi disposer des pages qui les intéressent dans l'attente des manuels. »
- Le civisme des élèves. « C'est bien que nous fassions les efforts pour mettre un professeur devant les élèves, que les collectivités construisent des établissements, mais il faut que les élèves viennent en cours, a insisté le recteur. Il ne faut pas négliger le civisme des élèves. Et les familles doivent aussi s'engager à ce que les enfants se rendent en cours. »