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Des livres numériques en langues guyanaises

R.F. Mercredi 09 mars 2016
Des livres numériques en langues guyanaises
Voilà à quoi ressemblera un livre numérique bilingue. Celui-ci est en teko. (RF)

Les intervenants en langue maternelle (ILM) travaillent depuis plusieurs semaines, avec le rectorat, à l'élaboration de livres multimédias bilingues.

Les quatre intervenants en teko et wayãpi, en atelier la semaine dernière avec un conseiller pédagogique (RF)
Pila waiwi la'i omã'e oiko (1) (Le petit poisson se promène). Voilà la première ligne de l'historiette wayãpi-français qu'a imaginé Karl Mane pour ses élèves de Camopi. Une histoire conçue sous forme de livre numérique (avec de l'image et du son). Car la tablette va s'inviter dans les classes des quelque 2 500 élèves de maternelle accompagnés par des intervenants en langue maternelle (ILM).
Comme lui, ses collègues ont écrit un scénario et pensé à des illustrations pour élaborer ce livret, tout au long de la semaine passée. Montage, enregistrement des voix, réécriture... Ce matin-là, l'heure est aux derniers ajustements et corrections. Les enjeux sont importants.
« ON EST EN TRAIN DE PRENDRE UN VIRAGE »
Dix-huit ans après la création du dispositif ILM, « on est en train de prendre un virage » , commente Didier Maurel, conseiller pédagogique départemental pour les langues et cultures amérindiennes. Ce virage : l'intérêt apporté désormais à l'écrit. « Comme on va travailler l'écrit, il faut que tout le monde écrive de la même manière, qu'il y ait une norme graphique, justifie-t-il. Cette norme existe, puisque pour ces langues-là l'écriture a été inventée dans les années 70 ; seulement il faut que (les ILM) eux-mêmes se l'approprient et soient capables de répondre aux Pourquoi tu choisis telle ou telle chose ? quandils vont travailler avec des enfants. » C'est à cette problématique-là que Didier Maurel prépare les quatre intervenants durant la séance.
SORTIR DE LA LOGIQUE DU FRANÇAIS
L'exercice n'est pas si évident. S'ils parlent depuis toujours leurs langues maternelles, leurs cerveaux ont été habitués aux logiques de construction du français, apprises à l'école. Et puis il y a ces mots qui n'existent pas dans chaque langue. Comme « inselberg » : Karl le traduit par « montagne » .
Il y a aussi les prononciations qui varient d'un secteur à l'autre... « Les Wayãpi, vous êtes éclatés en trois communautés. Parfois il y a des prononciations un peu différentes, remarque Didier Maurel, s'adressant aux ILM. On est obligés d'intégrer ces variantes dialectales. Je ne me sens pas en droit de te dire Tu ne prononces pas bien, moi je prononce bien. Donc il faudra qu'on note une variante. »
« Ça fait bizarre quand on lit après » , rit Jean-Marc. « Ce qui se passe, c'est que tu as été formé dans le moule du français et que tu as du mal à sortir de ça » , répond le formateur, prenant en exemple le nom de l'auberge d'Awala-Yalimapo : Simili. Si on écrit « Si » , on prononce « Shi » .
UN DISPOSITIF UNIQUE
« L'Unesco recommande l'usage des langues maternelles pour rendre plus efficaces les apprentissages » , rappelle Pierre Bouquet, chargé de mission réussite éducative au rectorat. On ramène ces langues à l'intérieur du système éducatif, en utilisant la langue et la culture de façon didactique. »
Si cette approche n'a rien de nouveau, tout comme l'utilisation de la tablette, le fait de lier les deux est, lui, innovant. La Guyane est la seule académie à l'expérimenter. En plus de l'intérêt pédagogique... « Les populations croient rapidement, la production du papier est chère. Le numérique répond aussi à cette contrainte. »
(1) Les claviers azerty ne nous permettent pas de mettre des ~ (des tildes) sur certaines lettres. Il en manque donc ici sur les deux i de « waiwi » et sur le e de « omã'e » .
Comment ça marche ?
Chaque livret se présente sous la forme suivante : en haut une ligne en langue maternelle ; au milieu, une illustration ; en dessous, la traduction française ; tout en bas, une petit icône permet de déclencher du son. Une voix lit alors la ligne en question et le mot prononcé est instantanément surligné, syllabe par syllabe. Comme un livre classique, l'enfant va et revient, tournant les pages à l'aide de son doigt.
Des textes simples, pensés pour différents niveaux. Tel celui de Karl Mane, en wayãpi. Il narre les aventures d'un petit poisson qui rencontre des familles d'autres poissons, à l'instar du pacou... Une façon, aussi, de découvrir les différentes espèces locales. Jean-Marc Chaine, jeune ILM à Trois-Sauts, a choisi d'apprendre aux élèves les sentiments. « J'ai imaginé un petit papillon qui vole et fait des rencontres. Là, il se retrouve avec le poisson, il est inquiet. Il y a aussi la joie, la tristesse... »
D'autres usages pour la tablette
Au-delà du livre numérique, la tablette pourrait apporter bien d'autres possibilités aux jeunes enfants. L'arrivée de l'objet connecté ne changera pas que leur quotidien.
« C'est la première fois que je travaille sur une tablette, commente Karl, ILM depuis onze ans, avec un peu d'appréhension. Il va falloir qu'ils s'adaptent aussi, mais ça sera un plus pour eux. »
« Ils vont découvrir au fur et à mesure les usages qu'ils pourront en faire » , note Pierre Bouquet. La tablette faisant également office de caméra ou d'appareil photo, avec la capacité, en plus, d'accueillir nombre d'autres logiciels, le panel du possible est large. Pierre Bouquet prend en exemple les saynètes : « Ils pourraient se photographier et/ou filmer une partie de leur quotidien ; parler et animer des petits films avec leur voix, etc. »
La tablette créerait aussi du lien avec la famille, les petits pouvant montrer le résultat de ces exercices à la maison. Le travail audio pourrait gagner du terrain : « L'enfant s'enregistre, écoute sa phrase, puis écoute une phrase type. »
En Guyane, Isabelle Siong innove déjà en la matière. L'ILM hmong filme et photographie sa classe de maternelle, à Javouhey, pendant le repas par exemple. Le lendemain, elle ressort ce support et interroge les enfants sur ce qu'ils ont fait la veille.
« À 4 ans, l'enfant ne sait pas parler de quelque chose qui n'est pas présent, il n'est pas capable de bien répondre, explique Didier Maurel. À l'aide du petit film, elle les fait parler, se rappeler de ce qu'ils ont vécu. »
ET APRÈS ?
Autour de 80 tablettes
Chacun des 44 ILM guyanais sera muni de deux tablettes, pour des groupes de six à sept élèves. Avant les vacances de Pâques, certains pourront commencer à profiter de ces histoires bilingues. Mais encore en format papier.
Acheminer les tablettes numériques ne sera pas une mince affaire. Pierre Bouquet est optimiste. Il espère une arrivée de l'outil en classe avant la prochaine rentrée scolaire.
Les prochains livres en bushinenge
Les prochains ILM à préparer leur livre multimédia le feront le mois prochain, à Saint-Laurent. Place au bushinenge. À la fin de l'année, près 60 titres seront disponibles dans toutes les langues locales. Plus de la moitié a été réalisée.
Suivra une autre formation, visant cette fois l'accompagnement pédagogique : comment utiliser ce support avec les enfants, combien de leçons...
Des élèves bilingues et connectés
Il y a deux jours, l'Institut Montaigne, à Paris, présentait un rapport proposant de se servir de tablettes numériques dès la maternelle, pour lutter contre l'échec scolaire. Chez nous, un travail a déjà démarré en ce sens, mariant numérique et langues maternelles.

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1 commentaire

Vos commentaires

Paassy 09.03.2016
Il était temps.

On s’intéresse enfin aux langues Guyanaises.
Il reste beaucoup à faire.
Par exemple, à quand un journal ou des émissions télévisées respectant les langues autochtones, en consacrant comme il est fait ailleurs (Calédonie, Polynésie, Mayotte, etc...) une partie d'antenne pour ses locuteurs ?
Le média public (Guyane 1ere) ne fait aucune place pour les langues autochtones, c'est dommage.

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