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Des enseignants livrés à eux-mêmes

Marine JACQUES Mercredi 11 janvier 2017
Des enseignants livrés à eux-mêmes
Des membres de l'Unsa éducation en grève devant le rectorat hier (MJ)

Des militants de la fédération Unsa éducation ont manifesté, hier devant le rectorat, pour dénoncer les conditions de travail des enseignants qui exercent, notamment, en site isolé. Ils sont confrontés à des difficultés et les élèves en pâtissent.

L'absence totale de gouvernance, la mauvaise gestion du personnel et des salaires, le manque de respect, l'absence de positionnement du recteur, l'humiliation des personnels sur site isolé et le manque de formation sont les motifs du mouvement de grève amorcé hier par l'Unsa (1) éducation. « La direction régionale des finances publiques est basée en Martinique. Quand il y a un problème, nous n'avons pas d'interlocuteur » , déplore Pascal Briquet, secrétaire régional de la fédération Unsa éducation. Quand des désaccords sont intervenus avec la mairie de Cayenne au sujet des activités pédagogiques complémentaires, l'Unsa a reproché au recteur de ne pas avoir pris position. Youssoufi Touré a quitté ses fonctions. Il sera remplacé jeudi par Alain Ayong Le Kama. La nomination d'un nouveau recteur va-t-elle changer les choses ? Pascal Briquet dit n'avoir aucune « perspective » à ce sujet.
« IL Y A UN DÉCALAGE ENTRE CE QUI EST ANNONCÉ ET LA RÉALITÉ »
Alain Ayong Le Kama va se confronter aux difficultés des enseignants. La plupart ne sont pas formés aux spécificités de la Guyane. Beaucoup de contractuels qui ont un niveau master ou licence seraient embauchés « pour combler les postes » , d'après Emmanuel Octavie, responsable Unsa du secteur Maripasoula-Papaïchton. Ces contractuels n'ont pas, pour la plupart, les compétences pour enseigner en situation d'interculturalité. Idem pour les titulaires qui se retrouvent mutés dans les sites isolés car ils ne disposent pas d'un barême suffisament élevé pour enseigner ailleurs en Guyane. « Il est vrai qu'une réunion d'information a lieu à la rentrée mais il y a un décalage entre ce qui est annoncé et la réalité » , explique Emmanuel Octavie. La réalité sur le terrain, Emmanuel Octavie la connaît bien. Cela fait huit ans qu'il est sur le fleuve. Il enseigne la biotechnologie à Maripasoula. Durant toutes ces années, il a été confronté à la dépression de ses collègues dont certains, ne supportant plus l'isolement, sont allés jusqu'à se suicider.
SUR LE FLEUVE, LE CHOC EST CULTUREL
Du jour au lendemain, ils doivent s'adapter à des conditions de vie « d'un autre temps » . Les moyens de communication sont réduits, les transports aussi, et ils ont des difficultés à trouver un logement décent. Le coût de la vie est plus élevé. Il existe une indemnité de sujétion géographique (ISG) mais elle n'est versée qu'aux titulaires. Entre la barrière de la langue et la découverte de nouvelles coutumes, les enseignants ont un choc culturel. Ils doivent appliquer des programmes qui ne sont pas adaptés à leurs élèves. « Il faut apprendre l'histoire de Rome à des enfants qui ne connaissent pas l'histoire de leur propre peuple et qui ne sont pas lecteurs arrivés au collège » , témoigne Emmanuel Octavie. Malgré toutes ces difficultés, il continue d'enseigner à Maripasoula par militantisme. Il se joint à la fédération des métiers de l'éducation pour revendiquer un meilleur accompagnement des enseignants et l'attribution d'une ISG aux titulaires comme aux contractuels qui correspond à environ 20 fois le salaire de base.
(1) Unsa : union nationale des syndicats autonomes
3 QUESTIONS À ... Jérémie Lorius, professeur d'histoire contractuel et membre du syndicat Sud éducation. Il a enseigné à Grand-Santi : « Au début on le vit mal »
Dans quelles conditions avez-vous été envoyé à Grand-Santi ?
L'institution envoie des professeurs non-formés devant les enfants. Quand je suis arrivé à Grand-Santi, ma première formation n'a eu lieu qu'au bout de six mois. On nous demande d'enseigner comme dans l'Hexagone alors qu'il n'y a pas les mêmes conditions. On « maltraite » les enfants en essayant de leur imposer des méthodes qui ne leur correspondent pas. Au début, on le vit mal. Il m'a fallu deux ans pour apprendre à être professeur sur le fleuve.
Et concernant la rémunération ?
La première année, beaucoup d'enseignants perçoivent leur salaire avec deux à trois mois de retard. Entre 2014 et 2015, une titulaire a même reçu une feuille de paie avec 7 centimes d'euros de versement. Une solidarité entre les professeurs se crée et les restaurateurs acceptent de faire des notes.
Comment vous êtes-vous adapté ?
J'ai dû me repositionner. Un exemple concret : au moment de réaliser une carte géographique, je me suis aperçu que pour eux, la couleur de l'eau n'est pas forcément bleue.
Propos recueillis par M.J.

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1 commentaire

Vos commentaires

Méridien 12.01.2017

60% des demandeurs d'emploi ont un niveau inférieur au bac. Et la Guyane se mobilise autour d'une miss ! Cela donne envie d'en pleurer.

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