jan. 09

Un collège en proie à la violence

Thomas FETROT France-Guyane 09.01.2009

Le personnel du collège 4 veut retrouver un peu de sérénité au sein de l'établissement (photo d'archives)

Les actes de violence se multiplient au collège 4 de Saint-Laurent depuis la rentrée de septembre. Ce matin, le recteur assiste à un conseil d'administration extraordinaire, auquel ont également été conviés le sous-préfet, la gendarmerie et le président du Conseil général.

En novembre dernier, alors que s'amorce le mouvement de blocage du département, le cri de colère des enseignants du collège 4 de Saint-Laurent passe quasiment inaperçu. Pourtant, l'ensemble du personnel se mobilise et fait alors valoir un droit de retrait. Intrusions diverses dans l'enceinte de l'établissement scolaire, violences répétées et découvertes régulières d'objets dangereux dans des sacs d'élèves, les professeurs qualifient la situation de « dramatique » . Dans un courrier adressé au recteur, Frédéric Wacheux, ils décrivent « une atmosphère déplorable de peur et d'excitation » . Depuis, quelques mesures ont été prises afin de rétablir un climat de sérénité. Mais tous les personnels du collège attendent des solutions pérennes.
C'est la raison pour laquelle ce matin, le principal du collège a convoqué un conseil d'administration extraordinaire. Evénement exceptionnel, aux trente membres qui siègent habituellement vont se joindre le recteur et le sous-préfet. Le président du Conseil général, Alain Tien Liong, ainsi que la gendarmerie, ont également été conviés à prendre part aux discussions. Ils s'entendront certainement à nouveau narrer le récit de l'incident qui, en novembre, à convaincu le personnel de la nécessité d'une mobilisation. Le lundi 24 novembre, vers 16 h 15, des bouteilles de verre sont jetées en direction du plateau sportif, et éclatent sur le sol alors que trois classes suivent un cours. Un groupe de cinq individus armés notamment d'un sabre, de pierres et d'une pelle, s'introduit dans le collège, lancé à la poursuite d'un ouvrier employé à la construction du nouveau mur d'enceinte. Celui-ci parvient à se réfugier dans le gymnase, où il s'enferme. « Il s'agit de la troisième intrusion de personnes extérieures qui viennent régler leurs comptes dans le collège depuis le début de l'année » , s'émeut alors une enseignante. Mais l'ambiance se dégrade aussi à l'intérieur de l'établissement. Exclu définitivement du collège, un élève manifestement en état d'ébriété est venu à la sortie d'un conseil de discipline insulter et menacer un enseignant et le principal. Bagarres, agressions verbales et physiques, collégiens qui se rendent en cours après avoir bu de l'alcool, la situation décrite par les enseignants en novembre laissait craindre pour la sécurité des élèves comme pour celle des personnels.
Depuis la rentrée de janvier, six vigiles surveillent les allées et venues dans le collège. Mais le conseil de ce matin montre que de nombreuses questions restent encore sans
LES ENSEIGNANTS CONFRONTES A LA VIOLENCE DES JEUNES - Les profs d'Herman avaient donné l'alerte
Les enseignants du collège Matoury III, où fut élève le meurtrier présumé de la pompiste, ont débrayé hier matin. Ils avaient signalé le danger de cet élève et ont l'impression de ne pas avoir été entendus.
C'était trois semaines après la rentrée de 2005. Herman est en sixième adaptée (Segpa) au collège III de Matoury. Il suit un cours d'éducation civique. A la fin, l'élève, qui n'a que 12 ans, coince l'enseignante dans un coin et la tabasse. Trois ans et demi après, Colette Caristan-Louis se souvient très bien des coups qu'elle a reçus et des menaces de mort : « Il me disait :« Je vais te tuer. » »
Pendant deux ans, les enseignants ont multiplié les rapports, jamais suivis d'effets. Mercredi soir, Herman a été incarcéré pour le meurtre de Joseline Ferreira Pires, pompiste à la station Texaco de la Madeleine, à Cayenne.
Les enseignants ont l'impression d'avoir crié dans le désert pendant deux ans. Hier, ils ont débrayé et écrit au recteur pour dénoncer l'absence de réaction de l'administration quand ils signalent la dangerosité d'un élève ou son inadaptation au milieu scolaire.
« Le scolariser à tout prix n'était pas une solution pour lui. Au fil du temps, son état se dégradait, se souvient l'enseignante. Un élève comme lui relève d'une structure spécialisée, avec des soins. »
Au lieu de cela, il est revenu au collège. « Il est devenu la mascotte parce qu'il avait tapé une prof. Les autres élèves voulaient l'élire délégué de classe. Nous avons dû nous y opposer » , raconte un enseignant avant de constater, amer : « Il faisait l'admiration des autres. »
Hier matin, les profs ont discuté du meurtre avec leurs élèves. « La plupart comprennent que ce qu'il a fait est abominable. Mais quelques-uns disent qu'il a eu raison de le faire. Une élève m'a même demandé si on manifestait pour qu'il soit libéré » , témoigne Marie-Laure Médelice.
Apprendre qu'Herman avait avoué le meurtre de lundi soir a été un choc pour cette prof de mathématiques. « Nous sommes tristes pour la famille de la victime, mais pour lui aussi. Sa vie est foutue. Si on nous avait écoutés, il n'en serait pas là. »
Hier, les enseignants du collège III ont débrayé : ils avaient donné l'alerte au sujet du comportement d'Herman, sans être entendus (P.-Y.C.)Hier, les enseignants du collège III ont débrayé : ils avaient donné l'alerte au sujet du comportement d'Herman, sans être entendus (P.-Y.C.)
LES ENSEIGNANTS CONFRONTES A LA VIOLENCE DES JEUNES - REPERES
- Rideaux baissés. Les stations-service du département resteront fermées toute la journée. Les gérants demandent à être reçus par le préfet, après le meurtre d'une pompiste lundi soir à Cayenne.
 
- Marche. Ce matin, un cortège s'élancera à 8 h 30 de la station Texaco de la Madeleine. Les manifestants défileront dans les rues de la ville jusqu'à la préfecture.
 
- Commerçants. Le président de l'Union des commerçants de Cayenne (Ucic) a annoncé, hier après-midi, la fermeture des commerces de Cayenne jusqu'à 10 heures ce matin. Cette fermeture ne concernerait que les petits commerces.
 
- Enterrement. Joseline Ferreira Pires, 31 ans, tuée par balle lundi soir, a été autopsiée hier. Elle doit être enterrée samedi à Oïapoque. Une veillée est organisée ce soir à l'espace funéraire Saint-Antoine, sur la route de Baduel.
 
- Réactions. Rodolphe Alexandre dénonce « un acte complètement immoral et dénué de toute dimension humaine » . Le maire appelle « les autorités à prendre toutes les mesures nécessaires afin d'assurer la quiétude des citoyens de Guyane. »
La chambre de commerce déplore « une fois de plus une agression particulièrement odieuse qui vient de frapper de plein fouet le monde économique guyanais [...] La recrudescence de l'insécurité franchit une nouvelle borne, celle de l'intolérable. »
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10 février 2012