Jégo et la Guadeloupe
Yves Jégo est à la Réunion tandis que la Guadeloupe est dans sa deuxième semaine de blocage.
Dix jours de grève générale en Guadeloupe et Elie Domota, leader du collectif contre la vie chère, Liyannaj kont pwofitasyion, annonce poursuivre le mouvement.
Victorin Lurel et Jacques Gillot, présidents des conseils régional et général de Guadeloupe, ont demandé au secrétaire d’Etat à l’Outre-mer « de se rendre sur place dans les meilleurs délais », dans un courrier du 23 janvier.
La veille, Yves Jégo assurait qu’il serait en mesure de présenter un tableau de revendications avec les réponses, pour ce qui concerne l’Etat, dans les vingt-quatre heures, soit le jour où les deux élus guadeloupéens l’invitaient.
Depuis plus rien sur le sujet du côté du secrétariat d’Etat à l’Outre-mer (SEOM). Mardi, à l’Assemblée nationale, il n’a été question que de la motion de censure avec une brève allusion à la Guadeloupe lors du discours de Jean-Marc Ayrault : « Entendez-vous, monsieur le Premier ministre, la colère qui monte dans le pays ? Elle s'exprimera massivement jeudi prochain. Elle touche tous les territoires, y compris l'outre-mer… »
Le président du groupe PS s’est entretenu avec Victorin Lurel, ce week-end et il a rendu groupe au groupe. Mardi soir, le bureau politique du PS lâchait un communiqué enjoignant le gouvernement à négocier en Guadeloupe.
« La Réunion, c’est courage, fuyons ! »
Yves Jégo peut être sûr qu’il ne sera pas interrogé sur le sujet à l’Assemblée nationale lors des questions au gouvernement ; le groupe PS continue de boycotter ces séances. « 80 % des revendications relèvent de la politique de l’Etat, confie un proche de Lurel, le SMIC, le gel des loyers, le personnel dans les hôpitaux et les écoles… Jégo a voulu en profiter pour déstabiliser Victorin Lurel, maintenant, ça se retourne contre lui... »
Les deux hommes se sont parlés au téléphone au moins une fois, et mardi soir, le secrétariat du ministre essayait encore de joindre M. Lurel. Mais son déplacement à la Réunion, jeudi et vendredi, passe mal : « Il n’est venu que deux ou trois fois en Guadeloupe et c’est son septième déplacement à la Réunion. Il va poser la première pierre d’une usine photovoltaïque alors que c’est la crise en Guadeloupe… La Réunion, c’est courage, fuyons ! »
Hier, le SEOM confirmait le déplacement du ministre à la Réunion. Yves Jégo ne s’exprime pas sur la Guadeloupe, et renvoie toute communication au préfet Nicolas Desforges, « représentant de l’Etat sur place ». « On nous rend compte minute par minute, explique un conseiller, et nous tenons plusieurs conférences par jour avec la préfecture. » Mais on dit que la protestation est à son comble, qu’il y a des tensions dans la population, le ministre en sait-il quelque chose ?… « C’est le préfet qui s’exprime en tant que représentant de l’Etat sur place… »
L’esprit maron
C’est la première confrontation de l’Etat Sarkozyste avec l’esprit maron guadeloupéen, après de simples mises en bouche en juin et décembre derniers.
« Les grèves sont aux DOM en colère, ce que les barricades étaient à la révolution de 1848 », écrivait Félix Rhodes, l’avocat nationaliste guadeloupéen. L’UGTG, qui mène le collectif LKP, appartient à la mouvance indépendantiste née du Groupement des organisations nationalistes guadeloupéennes (GONG), avec le parti UPLG (Union populaire pour la libération de la Guadeloupe). Son système de lutte syndicale est radical ; il n’a d’autres buts que déstabiliser l’économie pour démontrer la faillite du système français en outre-mer, système toujours taxé par ses détracteurs de colonialiste.
« L’indépendance n’est pas à l’ordre du jour », affirme M. Domota. Mais il en reste question dans les statuts de la centrale syndicale guadeloupéenne. Le président de la République a dit un jour : « Désormais quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit… » La Guadeloupe est en train de lui démontrer l’inverse. En faisant beaucoup de bruit… Parce qu’elle est loin.