Le pont, comme au bon vieux temps
Guillaume AUBERTIN
France-Guyane
17.03.2010
Ralentissement à hauteur du pilier n° 13. Curieux, les automobilistes levaient le pied hier pour tenter d'apercevoir le quadripode placé sous le pont. (GA)
Après quatre mois de galère et de travaux, les Guyanais ont repris leurs habitudes avec la réouverture du pont du Larivot. Les navettes qui partent de la pointe Liberté continuent de déverser quelques passagers vers le centre de Cayenne. Les usagers, eux, espèrent que les collectivités territoriales s'organiseront pour pérenniser cette liaison.
Mauvaise nouvelle pour les croupias, acoupas et autres « ti djol » de la rivière de Cayenne : le pont du Larivot a enfin rouvert! Trente-trois ans après son inauguration, l'ouvrage s'est donc refait une « petite beauté » . Et depuis hier matin, les pêcheurs ont commencé à réinvestir les trottoirs qui longent les 1 225 mètres de l'édifice pour y poser leurs lignes, comme au bon vieux temps. « Je crois que je suis le premier aujourd'hui » , sourit Ti-Claude, le nez au vent. Pour ce retraité de la DDE, contraint à se rendre sur les plages de Montjoly depuis quatre mois pour s'adonner à son loisir favori - la pêche - « la fermeture du pont du Larivot aura beaucoup coûté » . À l'État, aux particuliers, aux entreprises... et aux pêcheurs. Car même si le poisson ne se bousculait pas à l'hameçon de Ti-Claude hier, « tout le monde sait que c'est un super coin pour pêcher. Et lorsque la marée sera meilleure, dès ce week-end, je pense qu'il faudra venir tôt pour avoir une bonne place » .
Inspection de la pile n°13
Le pêcheur a retrouvé ses bonnes vieilles habitudes. Tout comme les automobilistes qui, dans les deux sens, ne pouvaient pas s'empêcher de ralentir au niveau du très célèbre pilier n°13. Thierry, lui, a pu descendre de sa mobylette et inspecter les travaux. Pour cet habitant de Macouria, « il y a eu des tests, donc ça devrait tenir » , se rassure-t-il comme il peut. Et de lâcher, avant de renfourcher son cyclo : « Je vais quand même me dépêcher de traverser, car j'ai toujours un peu peur que ça s'effondre » . Thierry peut rouler tranquille. Les essais réalisés la veille ont été concluants.
Du coup, le trafic a repris de plus belle, hier. Avec notamment de nombreux poids lourds qui ne regretteront sans doute pas le CD5 auquel ils s'étaient pourtant habitués. Avant la fermeture du pont, 12 à 13 000 automobilistes traversaient quotidiennement la rivière de Cayenne.
La pêche à la ligne est à nouveau ouverte. Mais peu de poissons ont mordu à l'hameçon de Ti-Claude hier matin. (GA)
La navette à l'eau ?
Mais si la circulation était relativement dense durant toute la matinée, certains automobilistes utilisaient encore la navette entre la pointe Liberté et le canal Laussat. Comme Cédric, qui vit à Soula et « préfère prendre le bateau pour se rendre au marché » . « C'est moins cher, ça va plus vite, et on ne galère pas pour se garer » , explique-t-il en attendant la navette. La liaison maritime est toujours gratuite. Mais ça ne durera pas. « Maintenant, poursuit Cédric, il va falloir que les collectivités se mettent d'accord pour organiser tout ça, ce qui n'est pas gagné » . Lui pense que ce système peut et doit être pérennisé. Mais à quel prix ? « S'ils pouvaient faire payer 1 euro, voire 1, 50 euro, ça serait bien! Je pense que les gens continueraient d'utiliser les navettes » . D'ici à deux semaines, la gratuité de la ligne sera abandonnée. Pour l'heure, on ne sait toujours pas qui héritera du bébé. Ni dans quelles conditions.
À la pointe Liberté, les usagers de la navette fluviale sont évidemment beaucoup moins nombreux qu'avant. (GA)
La pointe libérée
À la pointe Liberté, les usagers de la navette étaient toutefois moins nombreux qu'avant la réouverture du pont. « Entre 9 et 11 heures, j'avais à peine une dizaine de personnes dans le bus » , témoignait un chauffeur. Alors qu'avant, c'était plein tout le temps » . Dans sa petite cabane à sandwichs bien connus des usagers de la navette, Dossel remarquait lui aussi une nette diminution du passage. À midi, ses pains aux saucisses qui, jadis, partaient comme des petits pains, sont toujours là à attendre les clients. « C'est sûr que depuis aujourd'hui (hier), il y a moins de travail, constate le « sandwich man » . Et ce n'est pas moi le patron, mais s'il n'y a plus de navettes, on devra forcément partir » .