« Ici, on part de zéro »
Audrey VIRASSAMY
France-Guyane
16.12.2011
Une rencontre entre professionnels était organisée hier à la Région. (AV)
Hier, en prélude au Salon de l'agriculture, organisé demain et dimanche au lycée de Matiti, une table ronde était organisée à la cité administrative régionale autour de l'installation des agriculteurs.
La pluriactivité est-elle un frein ou un atout ? Les conditions d'installation d'un agriculteur sont-elles adaptées aux spécificités de la Guyane ? Quels sont les exemples de succès dans les autres départements d'Outremer ? Voici quelques-unes des questions débattues, hier, à la cité administrative régionale, lors d'une table ronde entre les acteurs du monde agricole. Jean-Sébastien Eude est de ceux-là. Exploitant une parcelle de 70 hectares à Wayabo, cet éleveur bovin s'est installé il y a cinq ans. « D'ici l'an prochain, j'aurai mis en valeur la totalité de mon terrain, explique-t-il. À ce moment, selon la convention passée avec l'Epag, le terrain lui sera alors cédé. Mais avant d'en arriver là, l'exploitant agricole mesure le chemin parcouru. Un chemin laborieux. « Le plus dur, c'est toujours l'accès au foncier. Moi, j'ai de la chance puisque ça n'a pris qu'un an, grâce au projet Wayabo qui se montait à ce moment-là. Mais d'autres peuvent attendre bien plus. » Pour s'installer et bénéficier de la dotation de jeune agriculteur, Jean-Sébastien Eude, titulaire d'un bac B (l'équivalent du bac ES d'aujourd'hui, ndlr) doit alors passer un bac agricole qu'il obtiendra grâce à la validation des acquis et ses trois années d'expérience. « Comme les Gaulois »
Mais obtenir le foncier et l'aide financière n'est que la première étape. « Ici, on part de zéro. Lorsqu'on obtient un terrain, c'est de la forêt. Il faut déforester avant de pouvoir mettre quoi que ce soit en valeur. Et ce sont des terrains sans accès, sans eau, sans électricité. On ne peut pas vivre sur place, d'autant plus qu'il n'y a pas, non plus, de ramassage scolaire. Et justement, le fait de ne pas vivre sur place augmente les vols. Il y a un mois, on m'a tout pris : une débroussailleuse, une tronçonneuse, un groupe... On a même tué une de mes vaches, ce qui me fait une perte de 4 000 euros. Cela m'oblige à prendre un gardien, ce qui occasionne des coûts supplémentaires. » Des coûts d'autant plus difficiles à supporter que l'exploitation ne produira pas avant deux ans encore. D'ici là, une seule solution : être pluriactif. Jean-Sébastien Eude propose alors des prestations de service agricole avec le tracteur qu'il a pu acheter grâce à sa dotation de jeune agriculteur. Mais le revers de la médaille est immédiat : « Le temps à travailler ailleurs, c'est du temps qu'on ne passe pas sur son exploitation. Et puis ce n'est pas le but du jeu. Le but c'est de produire et de vivre de sa production. Il y a des aides, mais elles sont mal adaptées à la Guyane. On nous propose des aides à la modernisation mais ici, on en est encore à la création. En Guyane, nous sommes la première génération d'agriculteurs. On doit passer de l'époque des Gaulois à 2011 en cinq ans. Parce que ce sont les Gaulois qui ont déforesté. Les autres, après, ont installé les fermes. » Pour l'exploitant agricole, « il n'y a pas de réelle politique unanime du développement de la Guyane. On ne produit que 20% de la viande consommée en Guyane. Il y a un marché énorme et on n'arrive pas à le combler. Quand on voit que même les yaourts produits ici sont faits à partir de lait et de fruits venus de métropole, on se dit que, s'il n'y a plus de bateau, la Guyane meurt de faim... » - Programme du salon
Samedi
10 heures : ouverture du salon au lycée agricole de Matiti, 10 h 30 animation avec le groupe Tchô Pagra, 11 heures : animation tonte de moutons, 11 h 30 : animation manipulation des petits ruminants 12 heures : animation taille des onglons, 12 h 30 : animation broyeurs de végétaux, 13 h 30 : animation allaitement artificiel, 14heures : animation chien de berger, 14 h 30 : animation tonte de moutons, 15 heures : animation manipulation de petits ruminants, 15h 30 : animation taille des onglons, 16 heures : table ronde : « optimiser la conduite fourragère sur les élevages de ruminants en Guyane, un défi à relever aux multiples avantages » , 17 heures : animation chien de berger, 17 h 30 : animation broyeurs de végétaux plateau artistique : MC Lilee, CRB 10, Los Mujeres et francis Nugent 18 heures : animation allaitement artificiel, 19 heures : anniversaire du lycée Matiti.
Dimanche
9 heures : ouverture du site, 10 heures : animation tonte de moutons, 10 h 30 : animation manipulation de petits ruminants, 11 heures : animation taille des onglons, groupe de danse Jars, 11 h 30 : animation broyeur de végétaux, 12 heures : animation allaitement artificiel, Punch en musique avec Dlo Coco, 12 h 30 : animation chien de berger, 13h 30 : animation tonte de moutons, 14 heures : animation manipulation de petits ruminants, 14h 30 : animation taille des onglons, 15 heures : animation broyeur de végétaux, 15 h 30 : animation allaitement artificiel, 16 heures animation taille des onglons, 16 h 30 : animation chien de berger, 17 heures : animation allaitement artificiel.