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Coup de semonce des pêcheurs

T. F. France-Guyane 12.03.2010

Le point de départ du mouvement de grogne des marins-pêcheurs est un acte de piraterie commis en fin de semaine, à l'embouchure de l'Approuague. (TF)

Une dizaine d'armateurs se sont réunis hier matin devant le siège des Affaires maritimes, à Cayenne, afin d'exprimer leurs inquiétudes concernant la hausse des agressions en mer. Ils réclament l'organisation d'une opération Harpie dans les eaux guyanaises.

Après Harpie, sur terre, les armateurs de pêche réclament le lancement d'une nouvelle superproduction de l'État. Non plus forestière, mais maritime. Une opération à laquelle ils ont d'ores et déjà attribué un petit nom : Bibiqua (nom d'un faucon pêcheur). L'objectif : mettre un terme aux actes de piraterie ainsi qu'à la concurrence aussi déloyale qu'illégale qui sévit dans les eaux guyanaises. Hier matin, une dizaine de chefs d'entreprise ont exprimé leur mécontentement devant le siège des Affaires maritimes, rue Mentel à Cayenne. Gentiment. Mais comme le souligne Jocelyn Médaille, président du Comité régional des pêches, il ne s'agissait que d'un « coup de semonce » .
Faits d'armes en mer
Le point de départ du mouvement de grogne des marins-pêcheurs est un acte de piraterie commis dans la nuit de vendredi à samedi à l'embouchure de l'Approuague (voir encadré). Des prises d'assaut par des hommes en armes qui se soldent par le vol des moteurs, du carburant, des documents, parfois même de la nourriture mais jamais du matériel de pêche.
« Ça prouve que ce n'est pas un conflit de pêcheur à pêcheur » , affirme Joël. Fort de ses trente années d'expérience, il explique : « Il y a déjà eu des faits d'armes en mer dans les années 2000. Mais ils étaient isolés. Là, c'est plus régulier. Ce sont des bandits de grands chemins qui nous piratent. C'est la première fois qu'on voit ça. » Et certains armateurs semblent avoir endossé le costume de victime privilégiée.
Une dizaine d'armateurs ont manifesté devant les Affaires maritimes hier matin. (TF)Une dizaine d'armateurs ont manifesté devant les Affaires maritimes hier matin. (TF)
Marins traumatisés
José Achille, 30 ans, possède trois bateaux. En 2008, des voleurs lui en subtilisent un dans la marina du Dégrad-des-Cannes. Il parvient à le retrouver, mais les moteurs sont définitivement perdus. En 2009, l'un de ses équipages est attaqué en mer. « Mes gars ont eu le temps de les (les agresseurs) voir arriver et de s'enfuir, raconte-t-il. Mais ils ont perdu le matériel qui a coulé. On a tout perdu. » Et dans la nuit de vendredi à samedi, ce sont encore ses hommes qui ont été victimes d'un acte de piratage. « J'ai des gars qui bossent depuis 40 ans dans le métier, mais là ils sont traumatisés, peste-t-il. Ils ne veulent plus aller en mer. » Mais au-delà des questions de sécurité, ce sont celles liées à l'invasion des eaux guyanaises par les bateaux de pêche surinamiens et brésiliens qui préoccupent les armateurs. Un sujet maintes fois évoqué, jamais résolu.
« Un véritable pillage »
« Depuis deux ans, il y a de plus en plus de pêcheurs en mer, constate Joël. On retrouve même des Surinamiens sur l'Approuague. » Une invasion illustrée par des chiffres lancés à la volée. « On a compté quarante-sept bateaux surinamiens entre Albina et Kourou, assure un armateur. Actuellement, au large de Sinnamary, vous pouvez trouver trente navires du Suriname. » Et son voisin de gronder : « Nous, si on s'aventure sur les eaux surinamiennes ou brésiliennes, c'est d'abord le bâton et après la prison. Là-bas, ils ne rigolent pas avec ça. » Une concurrence qualifiée de déloyale. Et d'illégale. « Nos filets ne peuvent pas dépasser deux kilomètres, remarque un armateur. Les leurs font parfois cinq kilomètres. Ils raflent tout. Nous, on prend ce qui reste. C'est un véritable pillage en mer. » Et Jocelyn Médaille de fustiger le manque de moyens mis en oeuvres pour lutter contre ce phénomène.
« Les Affaires maritimes nous disent que leurs moyens ont été réduits de 30%, assure le président du CRP. Donc même s'ils veulent, ils ne peuvent pas faire. L'État ne donne pas les moyens. » les armateurs réclament la mise en place de mesures « exceptionnelles et immédiates » .
Devoir de réserve oblige en période électorale, le préfet Daniel Ferey a indiqué qu'il les recevrait après les Régionales. « On peut attendre un peu, commente Jocelyn Médaille. Mais si on n'est pas entendu, on bloquera Cayenne. »
- La piraterie a le vent en poupe
Si le mouvement de grogne des marins-pêcheurs englobe une large problématique, il prend son origine dans les récentes attaques dont quatre navires ont été victimes dans la nuit de vendredi à samedi. Des actes de piraterie qui se sont déroulés à l'embouchure de l'Approuague. Abordés par des embarcations plus rapides, trois bateaux de pêche n'ont pu échapper à l'agression. Seul un navire est parvenu à prendre la fuite.
Les marins des trois bateaux pris d'assaut ont tous été ligotés à fond de cale sous la menace d'armes à feu. Rosinaldo, Guyanais âgé de 30 ans et marin-pêcheur depuis dix ans, était un membre de l'un des équipages piratés. Il raconte, lèvres tremblantes : « On a passé la soirée à classer les poissons et on est allé se reposer. Vers 3 heures, ils (les pirates) sont arrivés avec des armes. Ils nous ont dit en portugais de rester couché. Ils étaient Brésiliens, c'est sûr. Ils ont vite tiré les moteurs. Ils ont tout pris, on n'avait plus rien. Certains nous ont dit qu'ils allaient nous jeter à l'eau, mais ils ne l'ont pas fait. Après, on a marché deux jours sur la vase, enfin la mangrove, sans boire ni manger. Et on a fini par rencontrer un autre canot dimanche. C'était dur... »
L'un des trois navires a été secouru dans la journée de samedi par la gendarmerie de Régina. En revanche, les matins des deux autres embarcations n'ont pu être récupérés que lundi par un bateau de pêche rentrant au port. Un acte de piraterie similaire a été signalé quelques semaines auparavant dans la région de l'ouest, au large d'Iracoubo.
Pour l'heure, aucune victime n'est à déplorer. « Mais faut-il attendre qu'il y ait un mort pour agir » , interroge Jocelyn Médaille.
- Repère
Une surveillance fixe
Bien que tenu au devoir de réserve, le préfet a indiqué cet après-midi qu'un « élément de surveillance fixe » va être mis en place à la Montagne d'argent. Une couverture radio exceptionnelle va être mise à disposition des pêcheurs en cas d'urgence.
Par ailleurs, Daniel Ferey a indiqué qu'un patrouilleur de l'armée est désormais présent à l'embouchure de l'Approuague.
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04 février 2012