CBJ Caïman : le préfet motive son refus
Kerwin ALCIDE
France-Guyane
09.09.2010
Le préfet estime que la pollution des eaux des marais de Kaw n'est pas hypothétique, notamment en période de fortes pluies. ( photo d'archives)
Enjoint par le tribunal administratif, le préfet a une nouvelle fois rejeté la demande d'exploitation de la société CBJ Caïman. Il motive sa décision.
Fin août, la préfecture de Guyane devait une nouvelle fois statuer sur la demande d'exploitation de la société CBJ Caïman, devenue entre-temps Iamgold Guyane. Elle avait pourtant émis une décision initiale en décembre 2007. Une décision défavorable, comme l'avait souhaité le président de la République Nicolas Sarkozy. Mais Iamgold a saisi le tribunal administratif, demandant d'abord l'annulation du rejet de l'autorisation d'ouverture des travaux. Et que le préfet motive son refus, s'il persistait dans cette voie. Fin mai, le tribunal a enjoint le préfet « de se prononcer sur la demande de la société Iamgold [...] dans un délai de trois mois » . Dans l'arrêté, le préfet renouvelle ainsi son refus qu'il motive à travers 35 points détaillés. « Le projet présenté par la société CBj Caïman met en évidence un cumul d'impacts dont certains présentent un caractère irréversible dans un site exceptionnel » , écrit le préfet de Guyane qui rappelle également que « le plan d'exploitation prévu par le pétitionnaire privilégie les objectifs de production sur ceux de protection de l'environnement » . D'ailleurs, l'essentiel des points soulevés touche à l'environnement. La préfecture a ainsi répertorié 758 plantes vasculaires dont « 35 espèces patrimoniales » , « six espèces strictement endémiques à la montagne de Kaw » et « trois nouvelles pour la science » . La richesse animale est tout aussi exceptionnelle avec « quinze mammifères protégés dont un marsupial » . « Le dossier de demande et, plus particulièrement l'étude d'impact ne permet pas d'apprécier l'ampleur des impacts liés à l'implantation du projet minier envisagé sur les espèces végétales et animales présentes dans le secteur de camp Caïman » . Et même quand Iamgold évoque son plan de réhabilitation, la société ne parvient pas à rassurer le préfet. « Le coût des mesures de remise en état est manifestement insuffisant » , estime le représentant de l'Etat. Il met le doigt sur l'absence de plan de gestion des déchets d'extraction, mais aussi des déchets miniers. Les conditions de gestion et de stockage de ces déchets « ne permettent pas d'écarter les risques de pollution des ressources en eau, des sols, de la faune et de la flore » . Il évoque notamment un risque de pollution des eaux des marais de Kaw, entre autres. « Le risque de pollution des marais de Kaw n'est pas hypothétique et pourrait se réaliser en cas d'événements pluviométriques extrêmes » . S'appuyant sur ces raisons, le préfet a rejeté une nouvelle fois la demande d'Iamgold. Mais rien ne dit que la société en restera là.