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Suzanne Amomba, la négresse libre devenue Madame Paillé

Audrey VIRASSAMY Mercredi 04 juillet 2012
Suzanne Amomba, la négresse libre devenue Madame Paillé

Née en Afrique, Suzanne Amomba a vécu dans la colonie au XVIIIe siècle.

PERSONNAGES CÉLÈBRES : ENTRE MYTHE ET RÉALITÉ (3/6).« J'ai la même robe que Madame Paillé. » Voilà une affirmation entendue récemment. Affirmation qui ne se base sur... rien. Car si on possède des documents attestant de la vie de Madame Paillé, il n'existe aucune image de la dame, et encore moins de photo.

Suzanne Amomba, ancienne esclave, affranchie, a vécu dans la colonie au XVIIIe siècle. Ce qu'on sait d'elle provient des archives nationales, des archives d'Outre-mer et du livre de Marie Polderman, La Guyane française de 1676 à 1763 : mise en place et évolution de la société coloniale, tensions et métissages, paru en 2002.

Suzanne Amomba est née en Afrique, à la fin du XVIIe siècle. Impossible de connaître sa date de naissance ou même sa date d'arrivée dans la colonie. Si dans la croyance populaire, elle a été affranchie par son union avec Jean Paillé, il n'en est rien.

En réalité, Suzanne Amomba est affranchie par son maître, le lieutenant François de la Motte Aigron. Le 29 juin 1704, elle épouse par consentement mutuel Jean Paillé, soldat de la garnison de Cayenne, maître maçon et tailleur de pierre à l'église Saint-Sauveur de Cayenne. Une union rendue possible parce que Jean Paillé était de condition modeste mais aussi parce que le Code noir, appliqué dès 1685, autorisait ces unions.

Le couple obtient une concession à Macouria en 1709. Un rapport, en 1737, indique que l'habitation, qui produit et exporte de l'indigo, du roucou, du café et du cacao, possède 66 esclaves.

Hormis cette habitation, les époux Paillé sont propriétaires d'une maison située rue des Casernes à Cayenne, dans le secteur de l'actuelle caserne Loubère, aux bords du Vieux port. Jean Paillé décède en 1739. Le couple n'a pas d'enfant et sa femme devient sa seule héritière.

Femme, noire, âgée, riche, analphabète, seule : Suzanne Amomba Paillé suscite l'intérêt. Elle cherchera à se remarier, la colonie lui refusera ce droit et tentera même de la mettre sous tutelle.

Au terme d'une bataille judiciaire, elle parviendra à rédiger son testament en 1748. Suzanne Amomba Paillée décède en 1755. Ses biens sont répartis en trois parts : une pour sa sépulture, une pour des oeuvres sociales et l'église et une dernière part pour des personnes privées.

C'est surtout pour la deuxième part de son héritage que la « légende » de la Dame s'est construite. En effet, dans son testament, Suzanne Amomba Paillé demande à ce que la donation de son habitation, des 55 esclaves qui y résident et la somme de 6 435 livres servent à « établir des écoles pour que les enfants de l'un et l'autre sexe puissent recevoir l'éducation chrétienne convenable à leur état » .

Pour l'anecdote, selon Martine Sagne, directrice adjointe du Musée des cultures guyanaises, qui a étudié son histoire, il semble invraisemblable que Suzanne Amomba ait été connue, de son vivant, sous le nom de Madame Paillé.

En effet, les termes Sieur et Dame n'étaient pas utilisés pour des personnes de couleur. On retrouve ainsi dans tous les documents des références à « Suzanne Amomba, négresse libre » ou « épouse de Jean Paillé » . Enfin, l'orthographe « Madame Payé » apparaît pour la première fois lorsque la ville de Cayenne fait une demande pour la dénomination de la rue au ministre des Colonies en 1898.

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