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VENDREDI CULTURE

« Notre Barack Obama est déjà né »

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH Vendredi 07 septembre 2018
« Notre Barack Obama est déjà né »
« La Guyane a toujours connu l'immigration. Si on ne joue pas le jeu de l'intégration, on n'arrivera pas à atteindre ce que les Sainte-Luciens de Guyane ont fait » , explique Ruud Daddy (au centre) (Ronan Liétar)

Ruud Daddy sort son nouvel album (Entre parenthèses) le 29 septembre. L'artiste nous donne son point de vue sur les questions qui occupent la Guyane.

Présentez-nous votre nouvel album
Il y a tellement de choses à dire... Mon dernier album Sous le soleil de Yana date de 2012. C'est celui qui m'a fait connaître du grand public guyanais. La phase de production de ce nouvel album a pris quatre ans! Je suis désormais en auto-production et je fonctionne sur fonds propres, ce qui prend forcément plus de temps. Je me suis entouré de Biwa Label et de Sa Soti Yana. Certaines personnes ne me connaissent que sur du reggae et vont me découvrir sur du dancehall coloré, festif avec beaucoup d'apport de musique locale : Kasé kò, Kanmougwé... Ce que je n'avais pas réussi à faire pour le premier album.
Vous donnez l'impression d'être un artisan de la musique dans le sens où vous prenez votre temps pour délivrer votre travail ?
Absolument, je ne suis plus à la recherche du buzz. Je commence à comprendre là où je veux aller. Pour faire ce que je veux faire musicalement parlant, il me faut du temps. Tu peux faire de la musique « bankable » et sortir un titre en deux semaines. Moi ce qui m'intéresse c'est partir d'une idée et la voir évoluer. Si on écoute les maquettes de 2014 et l'album final, il y a une énorme différence. Les titres ont pris de la consistance. C'est comme ça que je vois la musique.
Votre premier album a « vécu » durant quatre ans. Est-ce nécessaire ?
Ce qui fait qu'un album dure, c'est l'appropriation du public. Les messages que j'aborde sont intemporels. Elle est forte date de 2012 et est toujours d'actualité en 2018. Ça ne prend pas de rides. Je n'écris pas par rapport à la mode ou par rapport à un événement.
Vous vous refusez à parler de l'actualité ?
Non, mes messages abordent des thèmes d'actualité. J'essaie simplement d'avoir des messages qui restent d'actualité. Le premier single de l'album A sa mo lé wè a été écrit avant le mouvement social de 2017, pourtant certains vont penser qu'il a été écrit en réaction au mouvement. La situation reste actuelle, la musique aussi.
Quel est le message de ce premier single ?
C'est un message d'espoir sur du dancehall coloré. Souvent on s'attache à ce qui ne va pas : il y a trop de violence, trop de meurtres, trop de drogues... On est dans la société du pire. On ne s'attache jamais à ce que l'on voudrait. Je voulais dire ce que je veux pour mon pays. Un message de positivisme pour changer d'angle de vue.
Avez-vous l'impression que l'on vit dans une société pessimiste, une société où le « coup de gueule » est la norme ?
Je ne dis pas qu'il ne faut pas rouspéter. Mais trop souvent nous dénonçons les problèmes avec virulence sans s'investir dans leur résolution. On se dénonce les uns les autres sans essayer de s'aider.
Lors du dernier Tour cycliste de Guyane, beaucoup ont fustigé le manque de solidarité entre les coureurs guyanais. N'est-ce pas un peu hypocrite sachant que nous ne le sommes pas dans la vie de tous les jours ?
Nos cyclistes ne sont que le reflet de notre société, comme le sont les enfants. Deux voisins qui ne se disent jamais bonjour ne comprennent pas pourquoi les cyclistes ne sont pas solidaires! C'est pour ça que j'essaie de développer des valeurs positives à travers cet album. C'est bien beau de se lamenter, mais à un moment donné : oeuvrons. Ce ne sont que des actions positives qui pourront améliorer la société.
Est-ce possible de vivre positif quand on a le sentiment d'être victime d'injustice, comme la population guyanaise face à l'État ?
Cela s'appelle le lâcher prise. Dans l'album, il y a un titre qui s'appelle Petite parenthèse qui parle de ça. Ce n'est pas parce que la société autour de toi est mauvaise que tu dois être mauvais. La perception des autres ne nous définit pas. Bien sûr il y a des problèmes : nous faisons face à une violence sud-américaine, nous avons des carences dans beaucoup de domaines... Ce n'est pas parce qu'on est à la traine que l'on va toujours le rester. Il faut impulser l'énergie suffisante pour changer les choses. Avoir une perception de la vie différente.
Quel est votre regard sur la nouvelle génération musicale ?
Ils sont balèzes! Il y a toujours du travail, mais globalement ils sont déjà prêts. Ils sont précoces à tous les niveaux : chant, communication...
Qui écoutez-vous chez nos jeunes ?
Poplane en numéro un. Ma fille, qui est adolescente, m'en a fait découvrir pas mal : Chani Man, Lesnah une valeur sûre, Jahsik de Rémire comme moi-même... Ils sont plein d'énergie. Les thèmes qu'ils abordent ne sont pas les miens. Je n'ai pas les mêmes centres d'intérêt. Ils sont encore dans leur jeunesse. Il faut les laisser s'exprimer. Avant, j'étais de ceux qui pensaient qu'il ne fallait pas encourager certains textes explicites. J'ai compris que ce n'est que de la musique. Je prends ça au 10e degré. Il faut juste que l'auditeur soit prévenu. Ce n'est pas la musique qu'on écoute qui nous définit. Le rôle du chanteur est de dépeindre son environnement. Moi je fais exprès d'être à contre-courant et d'aborder les choses différemment.
On parle souvent de la démission des parents. Quel est votre avis ?
Les parents sont eux-mêmes désoeuvrés. En créant des parents laissés pour compte, on crée automatiquement des enfants laissés pour compte. C'est notre société : l'assistanat. Ils n'ont pas les clefs pour gérer leurs enfants.
La Guyane n'a-t-elle pas changé trop vite ?
J'en suis conscient. J'ai étudié l'urbanisme et comment se construit une ville. Cela prend normalement des siècles. Nous, on est passé du hameau à la grande ville en cinquante ans. Mes parents ont connu Cayenne qui était encore la campagne avec des boeufs qui se promènent dans les rues. En une génération, on est passé de la charrette à la Q7! Nos gangans ne s'y retrouvent pas. Tandis que nos jeunes vivent comme ceux de New York avec Snapchat, Insta... C'est la mondialisation. On est un petit pays qui n'a même pas cent ans.
Les Sainte-Luciens de Guyane ont récemment célébré la Fête de la Rose. On cite souvent cette communauté comme un exemple d'intégration réussie.
La Guyane a toujours connu l'immigration. Si on ne joue pas le jeu de l'intégration, on n'arrivera pas à atteindre ce que les Sainte-Luciens de Guyane ont fait. Mes grands-parents maternels étaient Sainte-Luciens. À l'époque de mes parents, quand on te disait que tu étais Sainte-Lucien c'était une insulte, il faut s'en souvenir! Mais ils se sont intégrés. C'était un devoir pour eux et leurs enfants. Tu dois appartenir au pays qui te donne à manger, sans oublier celui d'où tu viens. Avoir l'amour de l'endroit où tu vis.
L'immigration est donc une chance ?
En tout cas, la natalité est une force. Sur tous les enfants qui naissent, tu peux être sur qu'il y aura au moins un astronaute, un futur leader... Notre Barack Obama est déjà né! C'est notre avantage. Il faut avoir de la population pour avoir de l'économie de marché. Le mouvement de 2017 a été la prise de conscience. Une prise de conscience sans action ne sert à rien.
Quel est votre dernier coup de coeur ?
La réussite de Jahyanai King. Son single d'or, sa signature en major. C'est un exemple de réussite et notre jeunesse en a besoin.
BIO EXPRESS
Jean-Paul Malac, alias Ruud Daddy, est né le 28 novembre 1977. Il se fait d'abord un nom dans l'underground guyanais comme étant un chanteur à texte. Il participe à de nombreuses mixtapes et fonde le Yana Kartel avec son cousin Staun... Après « pas mal de morceaux qui ont bien tourné » , Ruud Daddy se lance en solo avec le Sas Prod. S'ensuit un premier album de 14 titres Sous le soleil de Yana qui glâne plusieurs récompenses aux Lindor. En 2014, c'est la séparation avec le Sas. Commence alors la réflexion d'un nouvel album, cette fois en auto-production. Un processus qui prendra quatre ans!

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2 commentaires

Vos commentaires

Betty12 08.09.2018

Très bien dit mr. On doit appartenir au pays qui nous a accueilli sans oublier ses racines.

Avis à tous ces jeunes issus de l immigration récente, qui dénigrent le pays qui a accuelli leur parent et qui leur a permis d être scolarisé et voyager partout dans le monde de part leur pays de naissance.
Perso. Si mes amis ne m avaient pas dit que leur ailleuls ou grands parents étaient saint-lucien, j ne l aurai jamais su. Car, ils sont avant tout : guyanais".

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dtc97300 09.09.2018

Et les Guyanais ne devraient pas oublier qu’ils sont français...alors qu’ils respectent un peu l’état qui les assiste...

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