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Les Réunionnais de Guyane racontent leur histoire

R.F. Mercredi 15 février 2017
Les Réunionnais de Guyane racontent leur histoire
Colin Lebeau et Henri-Charles Gabriel témoignent dans le film (RF)

Évacués de la Sakay (Madagascar) en 1975, cinq familles de fermiers réunionnais vont tout recommencer en Guyane, à la Carapa, à Macouria. Méconnue, cette histoire sera racontée demain à l'Encre, au travers d'un film de cinquante-deux minutes.

Les familles réunionnaises de la Carapa (Macouria) ont ouvert leurs portes, albums photos et souvenirs intimes à Olivette Taombé et sa caméra, pour un film empreint d'histoire et d'émotions : De la Sakay à la Carapa. Il sera diffusé demain soir (1) à Cayenne. Cette journaliste réunionnaise s'est penchée sur une histoire absente des manuels scolaires : celle de l'exil de 200 familles, de La Réunion à Madagascar d'abord, puis vers l'Hexagone et la Guyane. Au-delà des récits de vie, elle dévoile un chapitre amer de l'histoire coloniale.
« En une heure, on ne peut pas tout dire mais ça résume bien le parcours en tout cas! » commente Henri-Charles Gabriel, entrepreneur guyanais qui a vécu de près cet épisode et qu'on retrouve dans le documentaire.
Ce résumé est construit des témoignages de ces Sakayens devenus Macouriens. On voyage dans le temps et entre les continents, grâce aux albums de famille et reportages d'antan.
DE L'ENFANCE HEUREUSE À L'EXPULSION
« C'est notre maison de Madagascar, là où on a grandi » , raconte, nostalgique, l'une de ces témoins, le doigt sur une vieille photo. « Il y avait des champs d'eucalyptus, des eucalyptus partout! » se souvient un autre. Des souvenirs d'une enfance « simple mais si heureuse » refont surface. Sur fond de rires d'enfants - la nouvelle génération guyanaise - ils comparent les fruits et légumes de là-bas et d'ici, les techniques de travail de la terre, si différentes.
Arrivent ensuite des souvenirs plus douloureux. « L'expulsion » , le départ, le déchirement. L'arrivée en Guyane, en pleine forêt, loin de l'eau courante, de l'électricité ; cette terre nouvelle difficile à apprivoiser. Ce n'est pas facile d'en parler, s'aperçoit-on face à l'émotion dans la voix et sur les visages.
Et puis l'allégresse rejaillit. Le documentaire se finit sur une note culturelle. Car c'est au milieu de la Fèt Kaf (en décembre 2014 à la Carapa) qu'il a été tourné, entre danses, musiques et spécialités de l'océan Indien. À l'écran, un joyeux syncrétisme culturel, avec des musicalités et saveurs réunionnaises malgachéisées et/ou guyanisées. Pas de doute, leur coeur indien est bel et bien amazonien désormais.
(1) Demain, 19h30, à l'auditorium de l'Encre (Cayenne). Le film sera diffusé sur La 1ère (dates encore inconnues).
(2) Le projet devait concerner 300 familles au départ.
Rencontre avec les lycéens
Hier matin, Olivette Taombé rencontrait la 1ère L option cinéma du lycée Lama-Prévot, à Rémire-Montjoly, pour travailler l'écriture documentaire. Après un visionnage du film et une explication de la réalisatrice sur ses choix, la construction du document, etc. chaque élève a proposé son écriture de cette histoire.
Comment ils arrivent à la Sakay puis à la Carapa
Années 1950. La Réunion est surpeuplée, le chômage grimpe ; l'île de Madagascar, elle, est toujours une colonie à développer. L'opération Sakay est lancée : le Bumidom envoie des familles réunionnaises cultiver les terres de la Sakay. En vingt ans, 200 fermes sont créées. Prospères, elles rayonnent sur l'océan Indien.
La prospérité s'arrête en 1975 avec la révolution malgache et l'indépendance.
Le gouvernement rapatrie rapidement ses ressortissants français. « Je suis arrivé là-bas vers 6 ans et je suis parti quand j'avais la vingtaine. C'est presqu'un quart de vie passé à la Sakay! » se rappelle Henri-Charles Gabriel, alors employé du Bumidom. « Sauf qu'il y a eu une très mauvaise négociation entre Madagascar et la France. On est arrivé sur un terrain vierge, on a tout construit et on est reparti sans rien! » La grande partie est envoyée dans des camps de rapatriés, dispersée en France.
Cinq familles (2) acceptent de tout reconstruire en Guyane. « À l'époque, la Guyane devait avoir 25 000 habitants. Ici aussi il y avait tout à développer. Étant nous-mêmes originaires des Doms... on a dit ok. » Colin Lebeau complète : « Nous, on a été chanceux quelque part, de rebâtir un projet. Il y a environ 90 familles qui ont vraiment tout perdu. Il y a aussi eu des suicides! »
Chance puis désillusion. « C'était la grosse galère! racontent en choeur Henri-Charles et Colin. On est arrivés dans la précipitation. » La ferme clé en main promise ne l'est pas : boue, mangrove, forêt, il y a vraiment tout à construire. Mais la vraie désillusion arrive lorsqu'on leur demande de signer des prêts. « Au départ, on nous avait proposé un troc, on laissait la ferme à Madagascar pour retrouver une ferme ici. » Il faudra reconstruire et, en plus, repayer!
Des photos de famille sont ressorties des placards pour le film (DR)
ET AUSSI
- Une réinsertion réussie
La communauté réunionnaise locale est difficilement chiffrable (« Ça bouge beaucoup! » ) mais ils seraient entre 500 et 1 000 aujourd'hui. Tous ont recréé un espace familial. Certains se sont mariés avec des locaux. « On y vit bien » sourit Henri-Charles. « On s'est bien guyanisé » surenchérit Colin, qui confie toujours « parler réunionnais et manger réunionnais » quand même. « Les enfants travaillent dans tous les secteurs de la vie guyanaise. » L'agriculture a été un peu mise de côté, même si quelques-uns relancent leur activité. Colin, par exemple, développe un élevage de gibiers.

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3 commentaires

Vos commentaires

Carapa 16.02.2017

"Les réunionnais de Guyane racontent leur histoire"
J'habite la métropole, mais je connais la Guyane depuis le début des année 1980 et m'y rend régulièrement, pratiquement tous les ans et l'histoire de ces Réunionnais, je la connais particulièrement bien ayant été un ami proche de Robert Le Gallic, un breton originaire de ma commune et qui fut l'un des responsables du Bumidom et particulièrement chargé, en tant qu'ancien responsable de la Saky à Madagascar, de la réinsertion de ces familles réunionnaises chassées de Madagascar. Je considère et je pense que personne ne peut le nier, qu'il est le fondateur de ce quartier de la Carapa où sont justement installées ces familles réunionnaises, lui même avait épousé une réunionnaise. Il était profondément attaché à ces familles qu'il ne pouvait s'empêcher d'aller visiter à chaque fois qu'il se rendait en Guyane. Par amitié pour lui, j'aimerai que l'on rappelle son rôle dans l'histoire des réunionnais de Guyane dont il était si fier. A titre d'information, pour ceux que cela intéresse, j'ai en ma possession un CD, tiré d'un film tourné à l'époque en 16mm retraçant cette épopée si proche mais déjà d'un autre temps. J'aimerai donc, que son nom ne soit pas oublié.
Moi-même avec mon ami Robert Le Gallic, j'ai participé au développement de ce quartier en créant avec lui le morcellement des Champs Virgile...

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KATY973 17.02.2017
CARAPA

je réagis dans le documentaire il y a un extrait d'archives
ou Mr LE GALLIC s'exprime,
il n'est pas oublié

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laterit 17.02.2017

Bonjour "Carapa", nous sommes le producteur du film. Oui, Robert Le Gallic figure bien dans le film. Nous espérons que vous aurez l'occasion de le voir. Nous serions intéressés de voir les images que vous avez sur CD. n'hésitez pas à prendre contact avec nous http://www.laterit.fr/

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