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Le maraké de retour à Camopi

Angélique GROS Vendredi 11 août 2017
Le maraké de retour à Camopi
Brandon dans le défilé des peuples autochtones (AG)

Un maraké, ou Yayépina chez les Wayampi, correspond à un rite de passage de l'adolescence à l'âge adulte. Il a été pratiqué à Camopi samedi dernier. Alors que cela faisait plus de dix ans que ce rite n'avait plus été vu en Guyane, Brandon Yawalou a accepté de revenir sur cette expérience hors du commun qui implique quelques 400 piqûres de fourmis.

« J'avais déjà essayé de passer mon maraké quand j'avais 15 ans et c'est là que mes parents ont découvert que j'étais allergique aux fourmis. Pour moi, c'est un exploit d'avoir réussi. C'est que du bonheur et... de la souffrance! » explique Brandon Yawalou. À 18 ans, ce dernier qui habite Cayenne a passé son maraké - ou Yayépina en Wayampi - ce samedi 5 août à Camopi, son village natal. « Le maraké est un rite de passage de l'adolescence à l'âge adulte, pour les garçons comme pour les filles. Pour les filles, c'est une semaine après les règles car à partir de ce moment elles peuvent donner naissance et deviennent donc des femmes. Pour Brandon, le maraké était prévu à ses 15 ans car il quittait le village pour poursuivre ses études sur le littoral » , explique Dave Bénéteau de Laprairie, qui anime des projets sociaux-culturels depuis plusieurs années à Camopi. « C'est Jacky Pawé, le chef coutumier de Trois Sauts qui m'a invité à venir filmer ce maraké. » Un événement puisque le dernier maraké réalisé dans une communauté amérindienne en Guyane remonte à plus de dix ans.
LES FOURMIS DE LA TRANSMISSION
Un maraké consiste à transmettre la force, la connaissance et le savoir des anciens à la jeune génération en la faisant transiter par des fourmis. « Les anciens là-bas disent que ça permet d'être immunisé contre la fainéantise! » . Durant le maraké de Brandon une dizaine de danseurs de Trois-Sauts et Camopi étaient présents. Chacun d'entre eux l'a piqué avec un éventail tressé de fourmis sur les différentes parties du corps afin de lui donner la force et la résistance nécessaires à la vie. « Les fourmis sont insérées entre les mailles d'un éventail tressé avec le bout d'une plume qui fait office de tube. La fourmi est ainsi coincée en son milieu, les mandibules sortant d'un côté de l'éventail et l'abdomen avec le venin de l'autre. » Après environ 400 piqûres l'épreuve se termine. L'ensemble du rite est rythmé par des chants et danses. Brandon se rappelle de ceux entonnés durant l'épreuve des fourmis : « Je suis le maître des fourmis. C'est moi qui vais te piquer, c'est moi qui vais te donner les choses que tu n'as pas. - la chance, le savoir, le savoir-faire, etc... Les chants me reviennent, surtout quand je dors. C'était très émouvant. » L'épreuve des fourmis est suivie d'une danse, celle du Paku choisie par le père. « La danse du Paku - poisson - est une histoire ancienne. Avant, il n'y avait pas de poissons, ils ne vivaient que de la chasse. Ils sont descendus sur la rive et ont vu des poissons qu'ils ont pêchés. Mais il n'y a plus eu de poisson, et c'est là que les pirahnas sont nés. C'est eux qui poussent les poissons à remonter la rivière. C'est pour me souhaiter abondance et chance. »
GARDER UNE TRACE DE LA CULTURE WAYAMPI
« Ensuite, on court autour du cercle de danse (environ 150 mètres) afin que le poison se répande dans le corps. À la fin, on se sent fatigué et ému. » Les adultes viennent ensuite féliciter le jeune homme. Brandon n'était pas le seul à passer son maraké ce 5 août, il y avait aussi Clinton Mata, 17 ans. « C'est Brandon qui s'est fait piquer en premier et qui a eu le venin le plus fort. À partir de 12 ans, il y a des petits passages où on pique l'enfant pour la punition, pour le rendre sage. C'est entre 16 et 18 ans qu'on passe le maraké » , précise t-il. « Le fait d'avoir rassemblé les danseurs chez nous, ça a poussé d'autres communautés à réfléchir. Les Tekos de Camopi, par exemple, voudraient se réunir plus souvent pour transmettre leurs danses » , indique Brandon. La question de la transmission et de la sauvegarde de leur culture est au coeur des préoccupations des deux jeunes hommes. « Du fait que, nous les Wayampi, devions aller sur le littoral pour nos études quand on retourne voir nos familles on n'a pas grand chose à faire à part chasser et pêcher. Ainsi, on a le temps de se rapprocher des anciens. Peut-être qu'aujourd'hui, on est là pour les Journées des peuples autochtones, car on a la chance d'avoir cette culture et en venant ici on peut en garder une trace par l'image et le son. À Trois-Sauts, nous devons amener ces moyens techniques » .
Le défilé des nations amérindiennes a été très suivi cette année, malgré le boycott d'une des associations représentatives : l'Organisation des nations autochtones de Guyane. Un renouveau politique amérindien est clairement visible. (AG)
IL A DIT Jackie Pawé : Il n'y avait pas d'aîné
Le fait qu'il n'y ait pas eu de maraké depuis longtemps est normal car il n'y avait pas d'aîné. La prochaine étape, après le maraké est d'avoir son premier enfant. Durant ce rite, l'homme devra se tenir debout sur un rocher avec un arc pour se soutenir alors que les autres lui feront des entailles jusqu'au sang dans la peau, du matin jusqu'au soir, en utilisant les dents d'un petit agouti.
(AG)

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