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La Guyane durant la Première Guerre mondiale

Propos recueillis par Bernard DORDONNE Samedi 10 novembre 2018
La Guyane durant la Première Guerre mondiale

Le président de la Collectivité territoriale Rodolphe Alexandre revêt sa casquette d'historien le temps d'évoquer avec nous la Guyane au temps de la Première Guerre mondiale dont nous commémore dimanche le centenaire.

Quels sont les préparatifs de l'État de guerre ?
Les réels préparatifs de mobilisation commencèrent à partir de juin 1914. Les premières directives du chef de l'administration coloniale recommandaient des enquêtes politico-militaires vis-à-vis des pays limitrophes, notamment du Suriname, alors colonie hollandaise, où s'étaient répandues des « nouvelles tendancieuses » à l'encontre de la France. Cependant, les juifs hollandais installés à Paramaribo s'organisaient et manifestaient ouvertement des opinions favorables à la France, oblitérant ainsi les stéréotypes pro-germaniques!
Est-ce qu'il y a eu une mobilisation générale ?
Toutes les communes reçurent des télégrammes de l'administration coloniale leur indiquant les mesures de défense à adopter. Cette publication fut portée à la connaissance de tous les habitants par les moyens dont disposaient les municipalités, telles que les affiches ou au son du tambour. Parfois, les cloches des églises retentissaient pour avertir la population que la France et ses possessions territoriales Outre-Mer étaient en état d'alerte. Faisant suite à la mobilisation, l'administration militaire fit exécuter quelques travaux militaires dans différents points stratégiques de l'Île de Cayenne, davantage pour exercer, voire attiser l'esprit de combativité que pour défendre la colonie contre une agression probable... Dès lors, les jeunes Guyanais mobilisés, nullement préparés à la guerre, n'ayant jamais fréquenté une caserne en temps de paix, ni connu la signification réelle du service militaire, rejoignirent courageusement et avec entrain leur caserne d'affectation où ils devenaient des conscrits.
Quel était l'état d'esprit des Guyanais ?
L'administration militaire avait du mal à trouver les effets pour habiller les soldats, en raison des problèmes de navigation avec les Antilles. La population frappée d'admiration et de sympathie suppléait la carence de l'État-major en apportant quelques vivres aux soldats enrôlés. De plus, l'absence d'une parfaite coordination entre le service de recrutement et l'administration laissa percer de nombreux problèmes, notamment vis-à-vis des jeunes soldats enrôlés dans les communes. En effet, ces derniers, bien que reconnus « bons pour le service armé » et descendus de leur commune pour rejoindre la caserne, attendaient vainement leur conscription dans une situation économique des plus aléatoires. La mobilisation provoqua indéniablement une certaine désorientation de l'économie du pays, notamment les petits orpailleurs vers le chef-lieu de la colonie. Cayenne se dépeuplant ainsi que les communes de l'intérieur de la Guyane.
C'est le principe de l'assimilation ?
La déclaration de guerre et la mobilisation en France suscitèrent un ardent patriotisme qui prit l'allure d'un réflexe de sentiment filial du devoir envers une France qui avait honni l'esclavage et favorisé l'émancipation de la race noire. En conséquent, les évènements qui se déroulaient en Métropole étaient suivis avec un intérêt passionné et les dépêches retraçant les succès des Alliés étaient lues avec enthousiasme devant une population qui assiégeait littéralement les bureaux télégraphiques.
Une pétition, signée par de nombreux Guyanais, et adressée au gouverneur le 7 août 1914, révèle cet engouement patriotique.
Les Guyanais essayèrent par tous les moyens de soulager la misère et la souffrance de la France, en laissant partir ses fils, en fournissant son or et en organisant toutes sortes de souscription en faveur des soldats et victimes de la guerre. Nées le plus souvent d'une improvisation spontanée et généreuse, des manifestations patriotiques s'organisaient pour la contribution de la libération du sol français : des tombolas, des quêtes, des kermesses étaient organisées pour subvenir aux associations qui déployaient une initiative patriotique au profit des soldats. Par la suite, l'administration prit le relais de ces manifestations en organisant des commémorations solennelles, telles que la Journée de l'Orphelin et des Armées dont la recette fut de
14849,25 francs ou encore la Journée des Poilus qui répondait à l'appel du Comité des parlementaires français.
Les Guyanais veulent verser l'impôt du sang en venant au secours de la Métropole ?
« À ce moment en effet, les deux classes de 1912 et 1913 enrôlées et dirigées sur la France en octobre 1913 se trouvaient encore sous les drapeaux, en même temps que des jeunes engagés volontaires qui auraient devancé l'appel de leurs classes. Ce premier contingent colonial a son histoire et elle est des plus douloureuses.
On se rappelle dans quelle proportion considérable, il fut éprouvé à son arrivée en France, au cours d'un hiver particulièrement rigoureux. On expédia nos petits soldats en Afrique où ils devaient trouver un climat meilleur et l'on réforma une notable quantité. Il en resta heureusement assez pour recevoir aux premiers jours de la guerre les premiers coups de l'envahisseur, à côté des vaillants soldats de l'Est et du Nord de la France, qui formaient des troupes de couverture. Rappelés d'urgence et dirigés rapidement à travers l'Algérie, le Maroc et la Méditerranée et presque toute la France du sud au nord, ils gagnèrent les premiers champs de bataille où ils furent décimés : Charles Saint Vincent, Mouttet-Oret, Luneville, Marne et l'Aisne.
Les Guyanais dans leur ensemble avaient réclamé leur part de dévouement au secours de la Métropole. Aussi, les jeunes gens de la classe 1910-1911 et les réservistes territoriaux se présentèrent-ils spontanément pour la plupart, afin de répondre à l'appel qui leur avait été notifié par le commandant du bureau de recrutement. La mobilisation toucha tous les hommes recensés et reconnus aptes au service militaire et s'exerça d'une manière générale sur toute la population masculine mobilisée de 18 à 45 ans. Cependant, seuls les contingents appartenant aux classes de 1900 et 1916 reconnus « bons absents » et aptes à servir en Métropole furent dirigés vers les fronts belligérants de l'Europe en guerre.
La population était dans une effervescence malgré le départ de ses fils ?
Les départs des contingents étaient salués par tout un cérémonial. Des manifestations qualifiées de patriotiques étaient organisées au moment de ces départs à l'hôtel de ville du chef-lieu. Le gouverneur et les notables de la cité venaient saluer la vaillance de ces soldats qui partaient pour la plupart comme engagés volontaires, sous les ovations de la foule, fière de cette contribution à la sauvegarde de la Métropole. Des cadeaux étaient remis aux partants, tandis que des jeunes filles déclamaient des poèmes de leur inspiration.
Un chant dédié aux premiers conscrits de 1913
« Voyez les conscrits guyanais!
Ils sont heureux
Voyez dans leurs yeux la prunelle
S'enflammer de mille étincelles
Ils ont déjà les mouvements
Du fier soldat
Ils ont l'ardeur qu'ont les enfants
De nos climats
Tu peux compter, ô noble France
Des Guyanais sur la vaillance! »

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1 commentaire

Vos commentaires

Georges de Cayenne 10.11.2018
Soldat Borical

N'oublions pas ce jeune guyanais, le petit soldat Saint-Just BORICAL, mort à Fleury en 1916, à 29 ans, dont les restes ont été retrouvés en 2011, et dont malheureusement il n'a pas été possible de retrouver sa famille en Guyane. Mort pour la France dans une guerre stupide qui n'aurait jamais du être déclarée, mais ça, c'est une autre "histoire"...

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